Le moment est tout indiqué pour prendre un peu de recul, même si je rechigne à renouer avec cette vulnérabilité-là.

Probable effet secondaire du confinement, cet en-dedans forcé rechigne à répondre aux insupportables « Ça va ? », et détale quand il y a trop de lumière.

Ceci est en quelque sorte un bilan imposé, car 2020 m’a réhabituée à l’absence d’autrui.

De toute façon, tout a été tellement pénible pour tout le monde, et je suis moi-même si privilégiée, que cela serait assez déplacé de me plaindre.

Malgré tout, le retour du froid et de ses jolies d/c/ouleurs m’a fait renouer avec un moi spectral, suspendu à quelques centimètres au-dessus du sol.

Et le problème, maintenant, c’est qu’il demande son dû.

La fièvre me ronge dans l’ombre de ma solitude, désormais extrême. Des mois entiers sans parler à personne, amplifiés par un déménagement loin de la ville, et l’on continue de me demander si tout va bien ?

Tell me why I feel so bad, honey
TV’s flat and nothing is funny
I get sad and stuck in a cone of silence

Aimee Mann– Video

L’écriture a donc jailli dans le secret de ma machine. Un morceau par ci, un morceau par là : la fière dissection de chaque petite membrane, l’arrachage soigneux de chaque cuticule, et la peau qui se déchire à mesure que la croûte se soulève.

Que mon blog cesse de crier famine : les renforts arrivent. D’ailleurs, j’ai décidé de ne plus m’excuser : ni pour le retard, ni pour la longueur, ni pour les sujets.

Enfermement

life keeps offering me more and more perspective and context.

Il y a déjà presque un an, le premier confinement m’a fait l’effet d’un boomerang. La première semaine, en particulier, a été atroce.

Un tel niveau d’anxiété n’étant pas tenable, j’ai fait de mon mieux pour me changer les idées, à défaut de me détendre.

Cela a pris la forme de nuits collées devant Buffy, de carnets remplis de peinture, et d’une overdose de black metal.

Tout le reste : au point mort.

Des projets collaboratifs ? Nope.

Publier des trucs ? Nope.

La moindre velléité de socialisation ? Nope, nope, nope.

Cet enfermement m’a atteinte plus que je ne pensais. Moi, l’ermite.

Je n’ai commencé à émerger qu’en juin – pile au moment où notre déménagement a réquisitionné mes dernières forces.

Déracinement

Déménager, donc : tout ce que ça remue, en rangement, en tri, en lâcher prise.

Le travail de titan que ça demande, la charge mentale que ça dévore, et surtout : a-t-on bien choisi ?

J’ai longtemps rêvé d’avoir une maison à nous, mais j’ai quand même pris cher quand c’est arrivé.

Chaque matin, je me levais avec la sensation de vivre chez quelqu’un d’autre. Je sentais leur présence, leurs habitudes.

Pendant des semaines, tout le monde nous félicitait, tandis que moi, j’avais l’impression d’avoir été téléportée dans une maison de location que je n’arrivais pas à aimer.

Cela m’a pris des mois avant de commencer à me sentir chez nous, et plus de temps encore avant de me sentir chez moi.

L’erreur fatale que j’ai faite, je pense, c’est d’aménager mon atelier en tout dernier. Était-ce une punition que je m’infligeais pour expier la douleur du déracinement ?

Car je l’aimais bien, notre appart. Je l’aimais même beaucoup. J’y avais mes petites habitudes : rejoindre le centre ville à pied, poster mon courrier entre midi et deux, sortir flâner rue Vasselot – sauf le lundi parce que tout est fermé.

Il y a six ans, quand nous avons décidé de quitter Paris, j’étais si heureuse de dénicher ce bel appartement dans un quartier calme, bordé de très belles maisons. Un véritable havre de paix, dont la quiétude s’est certes dégradée au fil des années, mais que j’avais investi avec enthousiasme, et où j’avais commencé à prendre racine.

En théorie, cet énième déménagement aurait dû relever de la routine.

En réalité, j’ai eu la plus grande peine à quitter ce qui était devenu un véritable refuge.

Le déménagement est un deuil à sa manière, m’écrivait Maureen. Un peu de mon âme reste à chaque endroit que j’ai connu, et c’est toujours un déchirement même quand je pars pour le “mieux”.

Une telle bouffée d’oxygène, si vous saviez.

Résilience

Aujourd’hui, je me sens mieux. Les mois noirs m’ont poussée à nidifier : le repos et le calme sont-ils le secret de la vie éternelle ?

J’en ai profité pour terminer l’aménagement de mon bureau et de mon atelier, les deux pièces où je passe le plus clair de mon temps. Et ça n’est qu’en faisant ça que j’ai commencé à décompresser et à me sentir bien.

Défaire les derniers cartons et retrouver mes objets préférés, après en avoir été séparée pendant des mois, m’a fait beaucoup de bien au moral. Comme si je m’autorisais enfin à investir et imprégner ce nouveau nid.

Du reste, vivre 1/ dans une maison 2/ dont on a la responsabilité 3/ en pleine campagne représente plusieurs changements radicaux pour moi.

Il faut s’habituer très vite à un nouveau type de charge mentale. On dit souvent que, lorsqu’on est propriétaire, un nouveau problème apparaît dès que l’on vient d’en résoudre un autre. Je peux confirmer que cette affirmation est bien en-deçà de la réalité.

Cependant, mes sources de joie sont nombreuses, et je suis dorénavant en mesure de les savourer.

Pour commencer, quel BONHEUR de ne plus être parasitée par les bruits que faisaient certains de nos voisins quand on vivait en appartement. Allé-fucking-luia, sérieux.

Quel kiff aussi de vivre désormais dans un environnement calme et spacieux, propice au travail artistique et à l’écriture.

Au début, je me morfondais d’être privée de la stimulation visuelle et intellectuelle que m’apportait Rennes. Ne plus pouvoir profiter des petites expos par ci, des librairies par là… Aujourd’hui encore, certaines choses me manquent, à quoi bon le nier ?

Mais être coupée de toute cette agitation-là va aussi me permettre de me consacrer à l’art, et de « retrouver ma propre compagnie », pour paraphraser Taous. Et ça, je crois que c’est bien.

Le calme, l’espace, la nature à perte de vue, le parfum de l’humus au petit matin, un atelier rien qu’à moi et surtout, surtout, ♥︎ du temps libre ♥︎ — ce trésor béni des Déesses que je dois, en vérité, à mes privilèges de classe, ainsi qu’à mon choix de ne pas avoir d’enfant.

Indépendance

Dans un registre moins poétique, j’admets tirer une grande satisfaction d’avoir réussi à limiter le montant de nos charges mensuelles.

Lors de notre recherche immobilière, en faisant nos comptes, nous avions en effet estimé que pouvoir continuer à voyager – hors pandémie – et à nous faire plaisir était un critère tout aussi important qu’habiter dans une jolie maison.

Que l’on ne voulait pas sacrifier ces plaisirs sur l’autel d’un prêt plus court ou de taux d’intérêt très légèrement moindres. (Je ne remercierai d’ailleurs jamais assez les personnes qui ont fait le choix inverse et m’ont dit en souffrir, car ça m’a incitée à être vigilante à ce sujet.)

Cet équilibre financier me permet d’envisager un peu plus sereinement mon avenir proche, dans lequel je compte me consacrer davantage à mes activités artistiques. Parce que mine de rien, l’heure tourne.

La perspective de pouvoir créer chaque jour, de manière construite et non anecdotique, est ma source principale de motivation depuis maintenant plusieurs années. Créer est l’une des seules conditions grâce auxquelles je tolère mon existence (l’autre étant la musique).

Toutefois, je me suis longtemps inquiétée de voir ma principale source de revenus se tarir, dans la mesure où je ne veux compter que sur moi-même à ce niveau.

Mais mon but dans la vie, c’est de faire ce qui me nourrit le plus, intellectuellement et émotionnellement. Je sais que mon activité artistique pourra m’apporter bien plus que ce que j’imagine. Questionner l’idée que l’argent serait la principale clé du bonheur en fait partie.

Solitude

Parmi les autres trucs qui se sont passés en 2020, j’ai enfin pu mettre un mot sur mon oscillation constante entre l’introversion et l’extraversion : il paraît que ça s’appelle l’ambiversion. (À chaque fois que je lis ce mot, mon cerveau me crie « amphibiversion », parce que je pense à No Grenouille .)

Amphibie-vertie, ok, mais je préfère quand même être seule, la plupart du temps. Être seule, c’est avoir du temps pour faire « mes trucs » sans être dérangée : écrire, peindre, écouter la même musique pendant des heures, observer les mésanges, tout ça.

C’est être libérée de devoir faire la conversation. C’est préserver mon énergie et mes capacités d’attention, et les dédier toutes entières aux muses.

C’est échapper, presque, à l’espace et au temps. Je peux revenir à l’état d’idée, quand je suis seul·e. Je n’y suis plus pour personne — je disparais.

Ermite

Je télétravaille à 100% depuis bientôt 5 ans. D’ordinaire, je compense cette solitude quotidienne par des déplacements professionnels quasi mensuels, et par des promenades régulières en ville – quelle que soit cette ville.

Ce n’est que lorsque 2020 a annulé toutes ces parenthèses sociales que j’ai réalisé qu’elles me sont plus précieuses que je ne le croyais.

Aujourd’hui dans ma vie, il peut s’écouler plusieurs jours, voire semaines, d’affilée sans que je ne voie ni ne parle à personne, à part ma moitié. Si je croise la factrice le midi, c’est exceptionnel. Elle est parfois la première personne à qui je parle de la journée.

Je suis sans doute devenue une ermite. Je ne sais pas encore si ça va finir par me taper sur le système, ou si je vais réaliser qu’en fait, c’est la bénédiction que j’attendais depuis toujours.

Thank goodness for the Internet

Depuis un an, ma sociabilité n’est plus possible que grâce à Internet.

À tout instant, si le besoin se fait sentir, je peux trouver une présence, aussi diffuse soit-elle.

Les réseaux sociaux fabriquent une proximité lointaine qui me réconforte. Ils me permettent parfois de ressentir des émotions qui ont déserté mon quotidien.

Une chose me chatouille, cependant. Ces systèmes nous donnent suffisamment à lire sur les autres pour que notre empathie s’active, mais pas assez pour bâtir une véritable amitié. Et ça arrange tout le monde, n’est-ce pas ? Prendre, mais ne pas trop s’engager.

L’inverse est aussi vrai : je me languis de mes vrai·es ami·es et adelphes, en particulier de celleux qui refusent de passer des heures sur le net.

Certaines de ces relations se nourrissent quasi exclusivement du présentiel et, on pourrait dire, du low-tech (courrier papier + téléphone).

Si je les utilisais de bon cœur au début, le degré de satisfaction tend à décroître à mesure que le rythme ralentit, et que la distance géographique s’alourdit.

Comment remplacer des sollicitations quasi quotidiennes par un courrier tous les trois à six mois mois ? Spoiler : cédur. Au moindre déséquilibre, tout menace de vaciller. Y’a une pression.

Sacrifice

Je repense souvent aux personnes que je suivais, que j’aimais, et qui ont décidé de quitter les réseaux sociaux.

On a parfois l’impression que quitter Instagram constitue un acte de bravoure suprême, tant la dramaturgie mise en œuvre à ce moment-là est travaillée.

Mais il faut reconnaître que décider de quitter un réseau social, ça peut être vraiment dramatique. Ça peut arriver suite à du harcèlement, à des menaces.

Quand ça arrive, on s’en va pour soi, parce que notre bien-être individuel est plus important que toutes les relations du monde. Mais en partant, on se prive aussi d’une socialisation positive, et de la compagnie de personnes avec qui on s’entendait plutôt bien.

Certaines relations peuvent être assez puissantes pour continuer malgré la disparition de ces interactions numériques quotidiennes.

Cependant, ce qui se passe souvent, c’est ceci : chaque jour, des personnes disparaissent de notre radar, et nous du leur.

On se réveille un matin et l’autre, jadis si familier, ne fait simplement plus partie de notre vie. L’apparente proximité se métamorphose en un lointain souvenir en l’espace de quelques jours.

Nous nous accommodons vite et bien des disparitions numériques. Les visages et les pseudos se brouillent ; les autres sont si nombreux·ses qu’on les confond souvent. Interchangeables. Quelqu’un se souviendrait-il de moi, si je disparaissais ?

It was only us, we were inseparable.
But gradually, she passed into another distant part of my memory,
until I could no longer remember her face, her voice, even her name.

Steven Wilson – Perfect Life

Déséquilibre

J’ai du mal à accepter qu’une relation qui compte beaucoup pour moi puisse ne pas autant compter pour l’autre.

Ce qui me blesse, c’est :

  • le fait d’aimer plus que je ne suis aimée ;
  • le fait de me soucier plus des autres qu’iels ne semblent se soucier de moi ;
  • le fait d’envoyer des signes d’amour aux autres, et de ne pas obtenir de réponse satisfaisante en échange.

J’ai un lourd passif en matière de surestimer mon importance aux yeux des autres.

Moins ressentir, quand on est hypersensible, c’est quand même ressentir beaucoup : j’essaie de mieux guider mes émotions dans l’espoir d’atteindre, non pas cette chose abstraite que l’on nomme « bonheur », mais une forme d’ataraxie.

Si les autres m’aiment, c’est bien ; s’iels ne m’aiment pas, tant pis. Cela ne m’empêche pas de ressentir des émotions pour elleux, même longtemps après.

Évanouissement

D’ailleurs, je ressens souvent de la nostalgie pour des choses qui ne se sont jamais produites, ou qui n’existent plus.

J’ai souvent envie de reprendre contact avec d’ancien·nes ami·es. Mais cela m’apparaît de plus en plus comme une démarche égoïste.

Certes, l’espoir du positif peut l’emporter sur les souvenirs du négatif, puisque de l’eau a coulé sous les ponts.

Mais – et c’est un gros mais –, on ignore dans quel état se trouve la personne en face.

Parfois, on ignore aussi le nôtre ; or, reprendre contact n’aide pas forcément à aller mieux. En apparence inoffensif, un court message peut ruiner des semaines, des mois ou des années de souffrance et d’efforts.

Il est arrivé que je m’obstine à réécrire à tout prix, à guetter si mes messages avaient été lus, et à espérer une réponse des semaines durant. J’entretenais l’espoir que tout n’était pas terminé.

En vrai, c’était juste une énième façon de me faire du mal. S’acharner est une forme d’auto-sabotage.

Malgré tout, cette mélancolie à sens unique me saisit encore parfois.

Il arrive que je saisisse les premières lettres du nom qui me mènera au profil fatidique. Et je continue à être attirée/repoussée comme un aimant par certaines chansons qui me transportent au cœur de relations éteintes. Pas besoin de nouvel échange : je jouis du vertige que provoquent ces voyages dans le temps. Ça fait mal, et c’est si bon.

Avec le temps, la rancœur laisse place à l’indifférence. Je nous souhaite de vivre la meilleure vie possible, loin les un·es des autres.

we can still support each other, all we gotta do’s avoid each other

Même si, sur le net, c’est difficile vu que l’on aime les mêmes choses et que l’on suit les mêmes personnes…

À suivre…

Ce billet étant très long, j’ai décidé, exceptionnellement, de le découper en 3. Je vous donne rendez-vous très bientôt pour la deuxième partie.

Marie

À l’écoute : Draconian – Under a Godless Veil

Déjà 13 commentaires

  1. Tellement de trucs que je ressens aussi et sur lesquels tu poses des mots sur la pandémie, l’amitié, l’art et tout le bordel…
    Ça fait du bien de voir que d’autres peuvent vivre la même chose surtout quand c’est pas très glorieux !
    J’espère que tu continueras à trouver tes marques dans ton nouveau chez toi (ou alors qu’un jour tu le quitteras si ça te convient pas, qui sait ?) Il me tarde de lire la suite !

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  2. Certains passage me parlent beaucoup. C’est à la fois rassurant et terrifiant de sentir des angoisses (je crois que le mot n’est pas trop fort) partagées alors que comme tu le dis si bien « Ces systèmes nous donnent suffisamment à lire sur les autres pour que notre empathie s’active, mais pas assez pour bâtir une véritable amitié. »

    Par contre je suis plus circonspect sur mon adhésion (qui n’était pas demandée j’en suis bien conscient) à la suite : « Et ça arrange tout le monde, n’est-ce pas ? Prendre, mais ne pas trop s’engager. »

    Ce n’est peut-être qu’un biais perception mais me vient plutôt souvent l’idée que dans une autre vie j’aurai aimer pouvoir développer quelque chose de plus concrets/forts/amicale pas juste superficiel. Trop de déceptions et d’investissements inégaux dans les relations ? Toujours trop peureux tout simplement ?

    Merci de partager tout cela en tout cas.

    PS : certaines relations sont si ténues qu’on pourrait les penser insignifiantes voire inexistante mais revêtent parfois une importante surprenante à nos yeux quand on prend le temps d’y repenser. Les quelques mots échangés par-ci par-là et nos coups d’œils à nos productions respectives me sont précieux en tout cas et me manqueraient beaucoup.

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  3. Oui moi aussi j’ai hâte de lire la suite encore une fois marie tes mots touche en plein cœur encore merci pour tout

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  4. Ma chère Marie,
    encore une fois, ton billet résonne en moi très fort. Ces mots que tu viens de poser, je les ai pensés plus d’une fois dans ma tête. Le courage me manquant pour écrire… Je plussoie tellement en ce qui concerne l’amitié, la solitude, le déménagement, ce sont des choses qui sont en quelque sorte en mouvement perpétuel mais qui sont immuables quelque part …
    Je t’embrasse

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  5. Quel billet…
    Tu parles de recul, ce qui me laisse imaginer à quel point tu as tourné chaque mot, chaque phrase, encore plus qu’une pièce en L durant une partie de Tetris mental. Le résultat est que chaque mot tombe « juste ».
    C’est étrange de parler de justesse dans ce contexte, peut-être ai-je besoin de l’employer parce que tes mots font écho mes réflexions actuelles… Parce que personne ne peut dire que tu es « juste » en parlant de toi, tu es simplement et authentiquement Toi :).
    En tous cas tes phrases résonnent, je les sens chargées d’émotions.

    Nous avons tous vécu le confinement différemment, et souvent le second bien différemment du premier.
    Mais dans cet isolement imposé, qui n’a rien, qui n’aura jamais à voir avec une solitude choisie, tant de choses me manquent :
    tant de joies, de sourires, de doutes aussi (les doutes ne sont que l’indications que nous avons un choix qui se présente à nous), tant de projets surtout, énormément, terriblement.
    Et si jamais j’arrive à en trouver quand même c’est quand je tourne la tête pour dire « hey tu as vu ? » que le vide se fait sentir. Mais ça c’est autre chose.
    Je ne m’étalerai pas plus sur le confinement, car j’aurais envie de parler de l’épée de Damoclès au dessus de chaque supposition, projet que nous faisons et comment j’ai l’impression que certains trouvent bien leur compte à nous enfermer ainsi, c’est comme nous mettre sur une autoroute qui n’a pas de sortie.

    Dans cet isolement, l’écriture est revenue chez moi, au départ j’en ai été très content, elle m’avait manqué. Je voyais cela comme une retrouvaille avec moi-même (d’autant que le premier confinement fut une sorte d’alignement de planètes qui m’a permis de travailler sur moi). Plus le temps passe et plus je me dis que l’écriture avait aussi simplement pris une place qui s’était libérée… Et aujourd’hui je sens d’autres passions revenir (génial) alors que d’autres se mettent en retrait, à force d’être trop contraintes et froissés par le contexte actuel (pas génial du tout).
    J’espère trouver un équilibre et ne plus être à fond dans 1 seule passion à la fois.

    Mais j’en reviens à ton billet.
    Un déménagement, on pourrait effectivement dire que c’est un déracinement, mais qu’est-ce qui empêcherait de considérer un déménagement comme un « rempotage » ?
    Une plante qu’on rempote n’a plus la même allure, elle n’a plus la forme qu’on aimait tant, et même au début, soyons francs, elle est totalement en vrac !
    Puis elle prend ses marques doucement, au prix de quelques feuilles, branches qui finiront par tomber. Jusqu’au matin où elle prendra le soleil comme si elle avait toujours été là.
    C’est comme un pavé jeté dans un lac clair, l’eau se trouble, clapote, claque contre la rive. L’harmonie est brisée, seul le temps apaisera la surface de l’eau, qui redeviendra clair une fois qu’elle aura retrouvé son calme.

    Peut-être (et c’est un gros peut-être, je ne veux pas te donner l’impression que j’analyse) que tu as aménagé ton atelier en dernier parce que tu voulais t’obliger à faire le reste avant, que c’était comme déballer les jouets avant la vaisselle. « Non je n’ai pas le temps pour ça, je Dois terminé ça avant, il Faut m’occuper de cette pièce, etc » (des majuscules sur les mots assez durs que nous employons souvent sur nous). Ou bien simplement, tu avais besoin que le reste soit déjà organisé, et non avoir ton atelier entouré d’un chaos de cartons.

    Tu as quitté ta zone de confort, ton petit nid qui visiblement a été salvateur, témoin d’un changement important dans vos vies (voire le début d’une nouvelle vie, hors de Paris). Je te propose quelque chose : ce refuge, tu t’en souviendras toujours : au besoin tu peux même fermer les yeux et t’imaginer y être encore. Il sera toujours ton refuge. Alors ne lui dis pas Adieu… Dis-lui simplement Merci.
    Merci d’avoir était ce dont vous aviez besoin, merci pour tout ce que vous y avez vécu, merci d’avoir été l’étape qui vous a permis de passer à la suivante.
    Les mots de Maureen sont très justes, mais si tu laisses un petit morceau de ton âme dans un lieu, ne peux-tu pas combler ce bout d’âme que tu perds par un un bout d’âme de ce lieu, tel que tu le voyais, et ainsi le conserver près de toi ?

    Aujourd’hui, tu n’as plus la personne qui vient tout juste de quitter Paris. Non tu es celle qui a déménagé d’un appartement à Rennes. Tu t’es tellement enrichie durant cette période. La prochaine étape t’enrichiras encore. Sûrement que tes habitudes rennaises te manqueront, mais à l’image du voisinage qui devenait de plus en plus bruyant, les choses que tu appréciais n’auraient peut-être pas durées et au final tu les quittes tant qu’elles sont belles.
    Un peu comme quand des vacances durent trop longtemps (il parait que cela arrive) et que ton chez toi te manque et que ce lieu que tu trouvais idyllique en arrivant commence à te devenir insupportable (il parait aussi que ça arrive ^^).

    Je te souhaite d’aimer follement ton atelier, d’avoir l’impression d’avoir ta batcave, ton laboratoire secret, ton grenier aux trésors.

    Si je me retrouve dans tes mots c’est que depuis plusieurs semaines je commence à me dire « si la vie devait rester ainsi, pourquoi rester en ville, ou l’achat m’est impossible (du moins pas compatible avec mon envie), et pourquoi ne pas tout plaquer et aller me mettre au vert.
    Cela m’effrayer terriblement, la peur de rajouter de l’isolement là où il y en a déjà beaucoup, de couper le lien social qu’il me reste, « d’officialiser » le fait vivre seul, une sorte de renoncement.
    Tout en gagnant en qualité de vie (d’un point de vue matériel et environnemental). Mais c’est un pas que je n’ose pas encore franchir, sûrement parce que j’espère encore le faire à 2 ou que j’ai encore un peu de rêve qu’il serait possible de trouver le compromis parfait. Ou bien simplement que je me dis un peu trop souvent « s’il t’arrive un accident chez toi ça serait bien que la première personne qui s’en inquiète ne le fasse pas après 1 semaine ».

    Tu parles d’internet et de low tech. Je téléphone plus qu’avant aujourd’hui. (ça ou des messages vocaux sur les chats, qu’on utilise un peu à la manière d’un répondeur).
    Je crois qu’il est si important d’échanger des lettres. Je veux dire : j’ai dans mes mails des dossiers pour des personnes. Mais ce n’est pas pareil et même si un incendie est toujours possible, je crois plein en une perte de mails que de lettres. Peut-être ai-je aussi besoin de matérialiser certaines relations (oui, indéniablement) pour me rassurer de leur existence, de leur réciprocité, que ce n’est pas moi qui m’invente un lien. Ce besoin de connexion, de partage, qui me donne tellement d’énergie, qui me fait me sentir à ma place, qui donne raison aux différentes étapes de ma vie. Sûrement que j’en ai fait une sorte de clé de voute et que c’est pour cela que chaque désillusion est un drame et en même temps, je crois que je suis en paix avec cette façon de vivre. Les claques sont dures mais les sourires sont grands, et j’ai envie de grands sourires.

    J’ai appris quelque chose récemment :
    Je ne sais jamais ce que pense l’autre, si il/elle a envie que je lui parle, lui écrive. Bien sûr il y a plein de moments où la question ne se pose pas. Mais quand elle se pose ? Comment savoir ?

    La seule solution est de lui demander.

    Et selon sa réponse, la discussion peut continuer ou non, lui donner, prendre de ses nouvelles. Soulever les pierres du passé sans tomber sur une vipère ou sur un escargot écrasé (traumatisme d’enfance).
    Des fois ce qui fait le plus mal n’est pas que la relation se termine, c’est toute cette période où l’espoir est toujours là, c’est « et si » qui sont comme des aguilles plantées dans une poupée vaudou à notre effigie.
    Parfois il n’est pas possible d’avoir cette conversation qui permettrait de finir l’histoire comme il faut, diminuer le temps de rancoeur (même si elle reviendra par moment) et vite passer à l’indifférence. J’ai un concept que j’ai appelé « la vérité manquante » : quand dans une relation, il me manque des morceaux pour arriver à en faire le deuil, si l’autre ne veut pas me les donner, alors je peux me les inventer.
    C’est avec parcimonie, c’est juste pour avoir de quoi tenir et passer à autre chose. Suivre l’intuition, et jamais en inventant un film énorme qui finirait en rumeur sur l’autre etc. Non, juste une cale sous le coeur, en attendant mieux. En faisant très attention parce que si on la retire pas à forme on arrive avec 10 ans de mécanismes pansements qui n’étaient pas faits pour durer autant et qui finissent par être plus entravants que bienveillants.

    Peut-être que j’aurais pu découper ce commentaire en 3 :)

    Merci pour tes mots, ce partage.

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  6. Quel cadeau une nouvelle fois de te lire et de découvrir tes photos, tes dessins… quelle poésie !
    J’adore passer des heures à naviguer de billet en billet, relire des vieux postes. Je suis toujours éberluée par tes images. Par la façon dont tu regardes le monde et dont tu me permets de le voir. Tu es vraiment une artiste ! Ça fait tellement de bien, d’autant que les musées sont fermés avec ce foutu Covid (j’arrive pas à dire LA Covid !). Et puis surtout on a l’impression d’être dans le laboratoire d’un artiste, dans son monde, dans ces yeux, c’est bien plus précieux qu’un simple musée où l’on touche seulement au « résultat ».
    J’ai adoré certains ciels, certaines tombes, ta Shera tellement choute, tes articles sur tes cartes de vœux (bob l’éponge, bien faire et laisser braire, dont j’ai victorieusement mon petit exemplaire), ton choix d’avoir du temps pour toi et pour créer plutôt que d’avoir un enfant. Enfin plein de choses que je ne peux te retranscrire, alors je te dis seulement MERCI pour tous ces cadeaux !!

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  7. Coucou Marie,

    En premier lieu, merci d’avoir pris le temps de poster ce billet, c’est très plaisant de te relire à nouveau, texte pur parsemé de morceaux de vie.
    En second temps, je tiens à m’excuser de ne pas avoir vu que ce déménagement ne te réjouissait – ou pas que – pas tant que cela au moment où il s’est produit, je n’avais pas pris la mesure de la difficulté que c’était pour toi de quitter ton appartement où tu avais disséminé des bouts de ton âme. Egoïstement, j’avais calqué mes envies (la nature, ne surtout pas vivre en ville, voir le moins de gens possible) sur les tiennes et je n’avais même pas réellement envisagé le fait que l’arrachement puisse être compliqué à gérer.

    Pour revenir à ton billet, j’ai particulièrement été touchée par cette phrase :
    « Moins ressentir, quand on est hypersensible, c’est quand même ressentir beaucoup : j’essaie de mieux guider mes émotions dans l’espoir d’atteindre, non pas cette chose abstraite que l’on nomme « bonheur », mais une forme d’ataraxie. »

    Depuis que j’ai découvert les écrits d’Epicure au lycée, je ne jure que par l’ataraxie et quelques principes stoïciens également. La philosophie de l’ataraxie me parle énormément, je ne sais pas si c’est un trait commun aux hypersensible, mais ce ne serait pas étonnant puisque nos émotions sont si présentes, si étouffantes parfois, que l’absence de troubles apporte une véritable sérénité.
    J’espère que le printemps venu, tu parviendras à définitivement t’ancrer dans ta maison, dans ton jardin, dans espace. Ton atelier est très joli d’ailleurs !
    Une fois les mains dans la terre de ton terrain, je suis certaine que tu apprécieras encore plus ton environnement <3

    A bientôt, avec la hâte coutumière que j'ai de lire ton prochain article.

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  8. Alors c’est peut-être pas là-dessus que tu attendais le plus de retour par rapport à cette première partie de bilan mais ta sensation d’habiter chez les anciens propriétaires dans ta maison achetée résonne drôlement par rapport à mon expérience personnelle. Et c’est marrant parce que j’avais jamais entendu qui que ce soit en parler avant.
    Je ne sais pas si c’est parce que ce premier achat est arrivé tard dans ma vie et que j’allais de location en location avant, si c’est parce qu’on a passé les premières semaines/mois à découvrir les surprises laissées par la propriétaires précédente et dû refaire pas mal de tuyauterie d’évacuation, ou si parce qu’on n’a pas pu se projeter à fond dans la déco du fait de l’arrivée de notre fille peut de temps après avoir investit les lieux mais j’ai mis beaucoup de temps à assimiler que j’étais « chez moi » et que c’était « ma » maison et pas juste là où j’habitais. ça va faire bientôt 3 ans qu’on est dedans et ça y est, maintenant c’est ma maison, et je ne sais pas à quel moment j’ai basculé, si c’est le temps ou un événement particulier, mais ça m’a fait bizarre pendant tout un temps au départ de me rendre compte que je n’arrivais pas à réaliser que c’était chez moi.
    Du coup c’est cool de lire que je ne suis pas seul :)

    Et sinon rien à voir mais en lisant la phrase « le parfum de l’humus au petit matin » j’étais déjà en train de respirer le pois chiche et d’avoir l’eau à la bouche avant que mon cerveau n’arrive à lire « humus » et comprendre la phrase. Sur ce je termine ce commentaire et je vais chercher un gâteau parce que c’est un signe je pense, mon estomac va plus vite que mon cerveau :D

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  9. Quelle joie de lire ce nouveau billet !
    ET comme d’habitude, grosse envie de revenir sur plein de choses.

    Tout d’abord, l’achat immobilier. En effet, je pense que c’est un bon choix de garder un bon reste à vivre pour gérer les imprévus et profiter un peu. Sans compter qu’en matière d’imprévus, les maisons ça en regorge. On a eu le droit, en vrac à l’électricité hors d’usage, aux canalisations qui explosent, à la pompe du puit en panne, aux gouttières qui fuient, aux infiltrations et autres joyeusetés. Je dirais par contre que le souvenir des précédents habitants s’est assez vite évaporé mais j’ai mis du temps à me sentir vraiment à l’aise. Le déclencheur ? L’installation d’un bureau idéalement situé et le temps surtout. Le temps de me sentir mieux dans tous les domaines de ma vie, ce qui m’a d’ailleurs aidé à véritablement m’installer.

    Et n’oublions pas qu’un déménagement compte comme l’une des plus grandes sources de stress dans une vie (avec une naissance ou un changement de vois professionnel) donc c’est parfaitement normal de se sentir déphasée après tout ça.

    La vie à la campagne également est un grand changement. Personnellement, il m’a fallu du temps pour doser sachant que je travaillais au sein même du village ou nous habitons actuellement. Aujourd’hui (et ça rejoindra également ce que j’ai appris sur l’amitié cette année), je choisis scrupuleusement mes engagements : j’ai fait le choix de renouer avec deux ou trois copines et d’approfondir des amitiés choisies.

    Une bonne astuce pour varier les contacts peut être de te renseigner sur le tissu associatif local pour voir si quelque chose te parle…

    Hâte de te lire comme toujours ! et à bientôt.

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  10. Bonsoir,
    Quel bonheur de plonger dans tes mots choisis avec tant de soin que chaque phrase est une gourmandise que je déguste dans le temps long des blogs que j’aprécie tellement.
    J’ai tes dessins sous les yeux tous les soirs en me couchant et j’aime cette petite proximité que ca crée un peu.

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  11. Coucou Marie !

    Je cogite beaucoup sur les disparitions numériques en ce moment, notamment parce qu’une personne que je suis ne donne plus de nouvelles et n’est plus active nulle part depuis avril dernier… et nous sommes entièrement impuissantes (j’en ai discuté avec quelques personnes) puisqu’on ne connait personne qui la connaisse IRL et que nous n’avons pas d’autres coordonnées. C’est l’incertitude la plus totale. Mais comme tu le soulignes il peut se passer un temps important avant qu’on réalise cette disparition.
    Quand on met ça en perspective avec l’ampleur que peuvent prendre des brouilles en ligne et les tensions que ça génère, c’est assez désemparant.

    Je me suis mise en pause d’Instagram de mon côté : l’appli est désinstallée, je réponds juste aux quelques messages sur ordi. C’est très reposant et je vais continuer autant que nécessaire !

    (oh et Ambiversion quel joli mot :) )

    Irène

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  12. Chaque ligne de ton billet résonne énormément en moi, je ne sais pas bien comment commenter autrement qu’en disant : « mais ouais, pareil ! »

    Année étrange que 2020. Ma vie a suivi un peu le même schéma : angoisse paralysante du début de confinement, fuite dans la musique, retour à la surface puis réalisation que moins je socialise – moins je suis sociale. Il avait fallu un grand chamboulement dans ma vie pour que j’abandonne la solitude qui avait fini par être un poids il y a quelques années ; c’était un travail de longue haleine que de faire taire l’introversion, au moins un peu. Et après ces derniers mois, c’est compliqué de faire comme si je n’étais pas une handicapée notoire de la conversation et comme si le small talk ne me donnait pas envie de m’échapper de mon enveloppe charnelle. Bref, je ne sais plus vraiment où je me trouve, ni comment je peux qualifier ma vie sociale et mon envie (ou non?) d’en avoir une.

    Merci d’avoir partagé tout ça, j’ai hâte de lire la suite <3

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  13. Merci pour ce billet, Marie. C’est toujours comme un matin de Noël de te lire.

    Ce que tu écris à propos des amitiés Internet, je ressens ces derniers temps à propos des amitiés adultes « tout court ». Je suis déménagée au tout début du « Grand Ralenti » et presque toutes mes amitiés que je me suis faite était autour d’un sport d’été se sont enfumées dès l’hiver. Ça me désole de réaliser qu’elles étaient moins profondes que je croyais.

    Ce que Philippe a écrit plus haut à propos du déménagement comme un rempotement est très beau. Je te le souhaite. Tu vas te refaire des repères. Tu m’as mis Rennes sur la carte, (c’est SÛR que je visite si je vais en France) et je ne doute pas que tu trouveras de la poésie dans ton nouveau chez toi aussi.

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