Deux mois de retard sur mes émois trimestriels : il est grand temps de boucler ceux-ci avant de laisser la nouvelle année remettre les compteurs à zéro, fût-ce de manière symbolique.

Frissons

Si vous lisez mes ruminations depuis longtemps, vous commencez à le savoir : je réfléchis en permanence aux relations que j’entretiens avec autrui. Qu’elles soient historiques, fortuites, ancestrales, anecdotiques, actives, passives, et tout ce qu’il y a au milieu.

Je vois l’aspect relationnel de ma vie comme une espèce de pelote de laine géante, avec plein de fils entremêlés. Avec des reflets, des longueurs et des matières différentes.

Je considère aussi ces relations comme une forêt.

Des bois apaisants auprès desquels je viens me réchauffer, à même l’humus.

D’autres dévastés depuis longtemps, mais qu’il m’est impossible d’abandonner.

Et, dans l’ensemble, un mélange hétéroclite de friches, herbes folles, feuilles mortes, plantes carnivores, épines, lichens, mousses, brindilles et autres racines profondément enfouies.

Les grands débroussaillages de ma vie me marquent de façon durable. Pas tant comme un hématome qui s’estompe petit à petit avant de disparaître, mais plutôt comme une blessure à vif qui laisse une cicatrice en se refermant.

Au milieu de ce souvent-désastre, il y a des jeunes pousses qui ne demandent qu’à vivre, ainsi que quelques fantômes dont, à dire vrai, je ne sais que faire.

Ce genre de réflexion grignote une énergie que je consacrerais avec joie à autre chose.

Frictions

On ne parle jamais des chagrins d’amitié.

Ainsi parla Lucie, que j’écoutais religieusement tout en dégustant une part de cheesecake dans le vieux Rennes. Je portais un t-shirt Lingua Ignota ce jour-là.

On centre tout sur les relations et les ruptures amoureuses, mais personne ne parle jamais des ruptures amicales.

Pourtant, celles-ci nous marquent souvent tout autant – pour ma part, je les trouve au moins aussi douloureuses, si ce n’est plus encore.

Pourquoi ce silence autour d’un des aspects les plus fondamentaux de l’existence ?

Si les ami·es sont la famille que l’on se choisit, quid lorsqu’iels s’évanouissent, ou lorsque nous n’avons pas d’autre choix que nous échapper nous-mêmes ?

Disons-le tout net : c’est un drame éprouvant, de perdre un·e ami·e.

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On arrive parfois à s’en remettre – un peu, à peu près. Avec plus ou moins de résilience, plus ou moins de grâce.

Mais les à-coups nostalgiques ne cessent jamais tout à fait. Incontrôlables, ils aiment se manifester au pire moment, et m’accabler pendant des jours.

Et ce mal résiste à tous les remèdes.

Seule l’écriture me permet de canaliser ces émotions paradoxales.

D’un côté, cela me soulage de ne plus avoir à me débattre dans une relation pesante.

De l’autre, je ne peux m’empêcher de me demander et si…, malgré le temps qui passe.

Fractions

Choisir ce que je consulte, ou ce que je ne consulte plus, en conscience, m’a aidée à passer le cap.

M’astreindre à ne plus fréquenter certains endroits me permet de laisser certaines plaies guérir.

C’est de la bienveillance élémentaire envers soi – qu’on a tendance à sous-évaluer, parce que notre santé mentale nous semble souvent moins importante que l’intensité de nos émotions.

Or, c’est faux.

Je n’ai rien retiré de positif de ces mois passés à me demander chaque jour ce que j’avais bien pu faire pour que telle ou telle relation déraille.

Cela ne m’a pas fait du bien de relire plusieurs fois chaque reproche adressé dans d’anciennes lettres.

Mais, malgré moi, je continue à arborer fièrement les traces de cette obsession pour mes relations morbides.

Le prix à payer est cher : perdre le réflexe d’être honnête, puisque l’honnêteté crée du conflit ; et perdre le réflexe de parler, puisque lorsque je parle cela crée du conflit aussi…

Le vrai bonheur, c’est une forme de simplicité.

Ne plus être esclave de ses émotions.

Accepter ce qui vient pour ce que c’est.

Et cela se sent, quand l’autre nous respecte et nous parle avec gentillesse, même des sujets qui fâchent.

Les personnes avec qui je me sens bien, et avec qui j’ai envie d’échanger au quotidien, ce sont les gens qui ne me donnent pas l’impression de me soumettre à un chantage permanent.

La bienveillance ne se mérite pas.

Néanmoins, vaut-il mieux laisser tout ça faner, ou prendre le risque de remuer le marais des morts ?

if someone is not ready to hear you, love you, accept you, you cannot make them.

you cannot force open an emotional door that is locked tightly shut.

if you try to force it, you may break the doorknob.

and this is the thing about enduring vulnerabilities: they don’t go away. you can’t erase them. you can only accept them and manage them, and hopefully identify them when you see them popping up.

you can lose your head and become convinced that their approval is the most important thing on the planet.

let it go, if you can. you cannot force people to see what they truly do not want to see. and if you try too hard, it can backfire badly.

De même, je n’ai plus envie de faire des efforts pour communiquer avec des personnes qui ne sont pas prêtes à écouter ce que j’ai à dire.

Ysbwriel.

Fermentations

Ultime sujet d’effervescence mentale, qui risque de faire grincer quelques dents mais tant pis : le rapport de mes ami·es à mon blog.

Le fait qu’iels le lisent, ou pas ; qu’iels le commentent, ou pas ; le fait qu’on en parle ensemble, ou pas.

Mon blog, le grand absent de certaines de mes relations quotidiennes, alors que c’est le plus grands et le plus anciens de mes projets créatifs.

M’imaginer sans l’astre pourpre, c’est comme imaginer un puzzle sans la pièce située en plein milieu.

Un trou à travers moi, quoi.

Je suis déçue. Et j’observe, décontenancée et anxieuse, le jeu de ce que l’on dit et de ce que l’on ne dit pas – de ce que l’on sait mais qu’on fait mine de ne pas savoir.

Lorsque je publie un billet ou un dessin dont je suis fière, qui attire l’attention sauf celle des personnes dont je me sens la plus proche, je m’interroge.

A fortiori lorsque ces personnes sont elles-mêmes créatives, et font mine de ne rien voir passer.

Mes blogs successifs ont toujours été des curiosités relationnelles : tantôt de précieux déclencheurs de rencontres, tantôt d’inévitables perturbateurs interpersonnels.

Cette apparente indifférence pour ce qui compte le plus pour moi me démange.

De l’autre côté, les personnes que j’estime inaptes à me comprendre continuent à découvrir le pot aux roses.

Des émotions paradoxales, disais-je…

Marie

Déjà 23 commentaires

  1. C’est beau, Marie.
    En tant que jardinière, ta métaphore du jardinage et de la naissance de jeunes pousses à la suite d’un grand débroussaillage (qui peut se faire violement à la débroussailleuse ou presque tendrement à la main, choisissant une à une les plantes à enlever) me touche beaucoup.

    «De même, je n’ai plus envie de faire des efforts pour communiquer avec des personnes qui ne sont pas prêtes à écouter ce que j’ai à dire.»
    Et comme tu as raison ! Si autrui ne prête pas à attention à nous, il n’est pas intéressant de perdre du temps à interagir avec lui, notre énergie est précieuse et la gaspiller vainement est délétère.

    Je rebondis sur les ruptures amicales. Je suis tout à fait de ton avis, elles peuvent être épouvantables.
    Pendant deux ans et demi, j’ai refusé de parler avec ma meilleure amie suite à un acte qu’elle a fait (dans le but de m’aider certes mais sans me respecter) et ce fut très difficile, pour elle comme pour moi. Nous nous revoyons depuis 6 mois et c’est un véritable plaisir !
    La perte des ami.e.s est largement aussi difficile à supporter qu’une rupture amoureuse, clairement.

    Je t’envoie beaucoup de tendresse, j’ai été touchée par ce que tu exprimais lorsque des proches ne réagissent pas suite à des publications d’oeuvres que tu as produites. Me concernant, tu es parvenue à m’ouvrir l’esprit vis-à-vis de l’Art et je t’en remercie :)

    À bientôt !

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    1. Merci beaucoup Marion pour ton message qui m’a touchée et que j’ai lu pile au bon moment. ♥︎

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  2. Hello,

    Ce billet me parle beaucoup et les photos associées sont top et enrichissent la lecture.

    Cette année j’ai du faire le deuil d’une amitié plurielle, un groupe d’amis qui a explosé en vol et moi, au milieu, qui tente de garder les affinités que j’ai avec chacun d’entre eux. C’est plus difficile que ce que je pensais et j’avoue ne pas savoir ce que ça va donner.

    Mais en lisant ton billet, j’ai percuté aussi que je me suis fait une amie aussi cette année. Ça n’arrive pas souvent et tout s’est fait naturellement et, pour une fois, je crois que je suis même entier dans cette amitié. Ce n’est pas juste une partie de moi que je présente.

    Merci pour ton billet.

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    1. Merci Brice, ça m’a touchée que ce billet (plutôt négatif ?) ait une issue heureuse de ton côté. Comme quoi : on peut vraiment transformer le plomb en or.

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  3. Tu parles si bien de ce sujet. <3
    La complexité des relations amicales m'a souvent laissée dans la perplexité la plus totale, je ne leur ai laissé prendre une place importante dans ma vie qu'une fois adulte.
    Au collège (!) j'avais une seule amie, avec qui j'ai perdu peu à peu tout contact dans les années qui ont suivi. 10 ans après, il m'arrive encore régulièrement de rêver d'elle. J'ai l'impression que mon inconscient me fustige pour cette relation que j'ai laissé s'étioler. Et de temps en temps je tape encore son nom dans la barre de recherche facebook, au cas où elle réapparaisse…
    Je ne pense pas que je serai un jour en paix avec ça…

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    1. Je comprends totalement… Au tout début de La Lune Mauve, il y avait une amie que j’aimais beaucoup qui publiait souvent des articles et avec qui j’échangeais quasi tous les jours. Mais du jour au lendemain elle a disparu… On était plusieurs à s’inquiéter, au point de lui avoir écrit des courriers, d’avoir tenté de contacter ses proches identifiés pour avoir des nouvelles, en vain…

      C’est d’autant plus perturbant de ne retrouver aucune trace d’une personne qui a compté que, de nos jours, où on est tous et toutes fliquées, et qu’Internet regorge de détails perso sur à peu près tout le monde, SAUF sur les quelques personnes dont on s’inquiète.

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  4. Bonsoir :)

    C’est tout à ton honneur d’avoir autant d’attention envers tes relations avec autrui. Mais oui, cela peut faire ruminer ou nous ronger, alors que les relations sont censées nous apporter quelque chose de positif.
    Heureusement il arrive aussi (du moins pour mon cas) de m’imaginer des conversations avec des proches, cela m’aide, ne serait-ce que pour faire le tri dans tout ce que j’aimerais leur dire ^^

    J’aime bien ta métaphore de la pelote de laine… au final, autant pour la forme, les couleurs, que pour la complexité on pourrait tout aussi bien dire que c’est une planète…

    Je vois souvent les relations comme des livres… Il y a ceux qu’on garde au pied du lit, parce qu’on a prévu de les lire ou qu’on les a déjà lus depuis longtemps mais qu’on aime les avoir près de nous. Il y a celui qu’on trimbale partout dans notre sac, quitte à s’en vouloir de tant l’avoir user.
    Puis il y a ceux qu’on a dans la bibliothèque, parce qu’on les a rangés depuis longtemps. Parfois précieusement, pour les conserver, parfois simplement pour ne plus les voir.
    Puis à l’heure du tri, on les reprend, on les relit une dernière fois, pour vérifier qu’on est bien détaché (spoiler : ça ne se résume pas à un simple attachement présent) et des fois on se sépare de certains, d’autres iront dans des malles faute d’oser les jeter…

    Ce n’est jamais simple de faire un tri, surtout que c’est rarement par choix. Même si on le décide de nous même, c’est souvent suite à une déception ou à une blessure. Je dirai qu’il est normal que cela soit marquant… tout comme cela nous construit.

    Je suis bien de ton avis concernant les ruptures amicales… logiquement une amitié ne s’arrête pas, ou alors elle s’éteint petit à petit…
    Une rupture, une vraie, quand tout s’arrête d’un coup, sans qu’on ne comprenne vraiment pourquoi, sans vraiment reconnaître cet·te ami·e… c’est très dur.
    Certes on ne partage pas la même chose que durant une relation amoureuse, mais justement : il y a des amitiés qui nous ont vu dans jours les plus sombres comme les plus joyeux, avec qui on a tout raconté, et un beau jour tout s’arrête et pendant des mois on continue à se dire « je le lui raconterai » par automatisme…

    Si on remet le nez dedans, c’est comme enlever un bandage, gratter une croûte, re ouvrir une cicatrice… Sans parler de la confiance perdue (en l’autre, en nous) qu’on aura un peu plus de mal à donner la prochaine fois.

    Je crois que nous sommes tous, à notre manière, marqués par nos relations… Pour ma part c’est aujourd’hui pas mal d’isolement, proposer les choses une fois mais ne pas courir après les gens… sûrement pour sentir qu’ils/elles ont vraiment envie de passer du temps avec moi. Tout ça parce que quelqu’un qui disait vraiment apprécier ma compagnie m’a oublié du jour au lendemain.


    Néanmoins, vaut-il mieux laisser tout ça faner, ou prendre le risque de remuer le marais des morts ?

    Il faut reconnaitre les personnes qui n’ont rien à avoir avec les gens qui nous ont abîmé et ne pas faire aux autres ce qu’on n’a pas aimé subir.
    C’est bête, mais si une personne que j’ai connu en 2010 m’a vraiment blessé, ça ne changera pas mes rapports avec ceux que je connais d’avant. Par contre pour toutes les futures rencontres ça sera plus dur.
    Aujourd’hui je vois la confiance comme quelque chose qu’on choisit plus ou moins donner à quelqu’un qui un jour nous trahira. Mais pour certaines personnes je suis prêt à courir le risque, je me dis qu’elles le valent.

    C’est compliqué quand on a différentes sphères et qu’on ne partage pas peu l’intégralité de notre univers avec autrui.
    Cela peut nous laisser l’impression d’errer dans le vide… De ne pas être compris, de ne pas avoir d’attache complète. Se demander où aller quand on a besoin de se recharger…

    Il est normal de chercher la reconnaissance ou simplement l’avis de personnes qu’on estime, leur silence fait parfois mal. Des fois aussi on l’attend beaucoup et quand on ne l’a pas tout de suite cela nous blesse puis le retour vient après et on se sent un peu bête.

    J’ai beaucoup dit « c’est normal », et je le pense. On est souvent dur avec soi-même, même si les autres nous complimentent, nous encouragent, cela n’aura pas le même impact selon la personne qui s’adresse à nous.
    Bon courage pour traverser ce brouillard, les émotions sont compliqués mais elles nous nourrissent, nous inspire, nous font nous sentir vivant (même si c’est à double tranchant).

    C’était un billet aussi sensible que très joliment illustré.

    Très belles fêtes si on n’échange pas d’ici là (j’ai quelques billets de retard je sais).

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    1. Merci beaucoup Philippe d’avoir pris le temps de dérouler ta propre pelote de réflexions avec moi ! 🙏🏻

      Il est normal de chercher la reconnaissance ou simplement l’avis de personnes qu’on estime, leur silence fait parfois mal. Des fois aussi on l’attend beaucoup et quand on ne l’a pas tout de suite cela nous blesse puis le retour vient après et on se sent un peu bête.

      C’est vrai ! Mais parfois cela a du bon de donner un coup de pied dans la fourmilière.

      Plus globalement, il faut que j’apprenne à avoir moins d’attentes, voire à ne plus en avoir du tout, pour ne plus être déçue. Si je n’attends rien, je ne peux qu’être agréablement surprise… J’essaie d’appliquer ce principe depuis deux ans, avec plus ou moins de succès en fonction des personnes et des périodes.

      Comme toi, je n’ai plus envie de courir après les gens. Les petits traumatismes amicaux du genre quelqu’un qui disait vraiment apprécier ma compagnie m’a oublié du jour au lendemain, je les connais et ils marquent longtemps. On finit par apprendre à se protéger, à se dévoiler moins vite.

      Même si au fond on peut se sentir très seul·e et désirer la connexion ; on sait aussi que cela peut faire du mal. Mais est-ce que cet entre-deux est soutenable, désirable ? Je ne sais pas ; la romantique en moi répond tout de suite que non…

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      1. …il faut que j’apprenne à avoir moins d’attentes, voire à ne plus en avoir du tout, pour ne plus être déçue

        Oui et non… enfin c’est encore Dewey qui en parle le mieux

        C’est le juste compromis entre : ne pas être blessé.e si l’attente n’est pas comblée et ne pas oublier comment rêver ni espérer.
        J’aime dire qu’il faut toujours laisser une petite place pour les bonnes surprises, c’est comme partir trop vite sans jamais se retourner, des fois on rate quelque chose (et des fois on s’est retourné très vite pour rien… si la vie était simple on s’ennuierait…).

        Ce qui est sûr, c’est que dans ce monde, c’est souvent l’opinion des autres qui nous permette de réaliser des choses, atteindre certains objectifs (ne serait-ce que professionnellement). Mais dans le fond, l’estime la plus précieuse et la plus fragile est encore celle qu’on a envers soi-même. Et tu peux en avoir beaucoup :)

        Merci à toi, d’avoir abordé ce sujet si sensible. Passes une très belle fin d’année.

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  5. Magnifique texte, et qui tombe à point nommé !
    Il me parle tout particulièrement, car dans le cadre de la finalisation de mon nouveau livre, je suis en train de finaliser un dernier texte sur le même thème ! Un vaste sujet de réflexion que toutes ces personnes qui entrent dans notre vie par une porte, et en sortent par une autre (ou une fenêtre !). J’aurai sans doute l’occasion de vous citer, je vous en reparlerai.
    Merci encore pour toute cette richesse photographique et littérraire.
    Bien amicalement,
    Martine Schnoering.

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    1. Merci beaucoup, Martine, pour cette connexion. Cela me touche et j’espère que les racines qui ont commencé à pousser suite à cette rencontre fortuite persisteront longtemps.

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  6. La plupart des mes ami-es ne lisent pas mon blog non plus ou ne m’en parlent pas en tout cas… je me demande si au fond, ce n’est pas aussi parce qu’ielles ont le sentiment (à juste titre probablement) de déjà me connaître sans cela et de pouvoir échanger de vive voix. Ceci dit, mes ami-es proches lisent moins de blogs que moi de manière générale, donc j’accepte aussi cet état de fait. Même si parfois cela me ferait super plaisir de recevoir un message qui me dise « j’ai lu ce que tu as écrit »…

    Sur la question des chagrins d’amitié, je n’ai pas vécu de grand chagrin je crois, plutôt des ruptures progressives sans que des mots aient été mis dessus. En général, je sais les expliquer, voire je me dis que c’est pour le mieux. Et qu’on ne peut pas cultiver un nombre infini d’amitiés, alors parfois les chemins se séparent… Mais il reste quelques regrets, des relations que j’aurais aimé cultiver davantage, ne pas laisser s’éteindre (cependant, il y a rarement une seule personne responsable dans ces cas là !)

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    1. Merci pour tes rebonds, Irène !

      La plupart des mes ami-es ne lisent pas mon blog non plus ou ne m’en parlent pas en tout cas… je me demande si au fond, ce n’est pas aussi parce qu’ielles ont le sentiment (à juste titre probablement) de déjà me connaître sans cela et de pouvoir échanger de vive voix.

      Mais est-ce que tu discutes avec elles et eux des sujets dont tu parles sur ton blog, spontanément ?

      on ne peut pas cultiver un nombre infini d’amitiés, alors parfois les chemins se séparent… C’est vrai ! Et ça m’ennuie ; mais c’est vrai. On est soi-même qu’une personne parmi toutes les personnes connues par l’ami·e. À ce titre, comment espérer être « le » ou « la » ? C’est un espoir fou.

      En y réfléchissant, je crois que mon malaise se situe-là : dans ce déséquilibre de l’importance revêtue par telle ou telle relation pour moi, par rapport à celle qu’elle a pour l’autre.

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      1. Je pense que je discute un peu de ces sujets oui, quand j’en ai l’occasion… davantage quand je me trouve seule avec l’un-e d’entre elles ou deux, car les réunions de groupe c’est moins évident je trouve. J’ai peut-être un peu trop peur d’aborder des sujets militants pas familiers à tous et toutes et susceptibles de tendre l’ambiance… Je me questionne beaucoup là dessus en ce moment, ça me fait mal de savoir que des amis de longue date sont indifférents (de l’extérieur en tout cas) à des sujets importants pour moi ou ne font pas d’effort particulier, même si malgré tout dans mon entourage beaucoup de personnes sont sensibilisées à ces questions.
        (Parfois c’est juste une utilisation différente des réseaux sociaux et d’internet tout simplement)

        Je comprends la sensation de déséquilibre… Je l’ai pas trop, j’ai une forme de lâcher prise, peut-être parce que je lie facilement des liens et que j’ai un amoureux et quelques potes proches géniaux. J’ai même peur d’avoir été parfois la personne un peu trop détachée par rapport à des gens qui auraient voulu me voir / se rapprocher davantage :s

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        1. J’ai même peur d’avoir été parfois la personne un peu trop détachée par rapport à des gens qui auraient voulu me voir / se rapprocher davantage :s

          Je connais aussi ce sentiment, et en effet ce n’est pas super confortable. Mais bon… On ne peut hélas pas vivre une vie avec tout le monde.

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  7. J’y pense, tu aimeras peut-être cette histoire… en CM1 et CM2 j’étais très amie avec une camarade de classe qui est devenue ma meilleure amie, on était arrivée dans cette ville en même temps à peu près, et on en est reparties en même temps vers deux endroits différents, y restant juste ces deux années. On a donc fait nos rentrées à deux endroits différents, et si durant le collège elle est venue une ou deux fois chez moi, on a perdu totalement contact au lycée. Elle avait changé d’adresse postale entre temps, je n’avais plus de moyen de la contacter… la dernière lettre que je lui avais adressée est restée sans réponse, définitivement pensais-je.
    Et puis, il y a presque trois ans, j’ai trouvé une lettre un matin dans la boite aux lettres de mon appartement grenoblois. J’ai regardé l’expéditeur, et c’était elle ! Elle avait retrouvé mon nom dans l’annuaire et envoyé une réponse, 8 ans après, en espérant que l’adresse était la bonne. Autant dire que ça a fait ma journée et même ma semaine… même si ma réponse reste de nouveau en suspens pendant des années, j’ai eu le sentiment d’une histoire enfin bouclée et j’ai réalisé à quel point en réalité cette relation continuait à me tarauder (depuis la lettre j’ai un vrai sentiment d’apaisement)

    Répondre

    1. C’est fou, et c’est beau ! Cela donne de l’espoir.

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  8. Catherine LUTHI

    22 décembre 2019

    Un texte qui me parle !
    Malheureusement, j’ai eu quelques ruptures de relations amicales. J’ai réussi à fermer la porte quand la ligne rouge était franchie. Pour être honnête, c’est surtout par peur d’avoir encore mal et la perte définitive de confiance. Heureusement j’ai gardé des amies sincères et bienveillantes et cela réchauffe le coeur. Pour moi, nous sommes des bateaux qui se croisent dans la nuit, en plein soleil avec bonheur la plupart du temps. Ne jamais se forcer en amitié ! Si on se force c’est que quelque chose ne va pas. C’est ma conclusion : si cela ne se fait pas c’est que cela ne doit pas se faire. Surtout pas de regret ! Repartir à l’aventure et croiser un nouveau vaisseau, ne pas se décourager. La vie est une aventure….
    Quand je vois un @ de La lune mauve, je sais que je vais passer un bon moment et découvrir une partie du monde que je ne connais pas encore. Et souvent des textes « c’est pas faux !  »
    Joyeuses fêtes de fin d’année !
    Et je vous souhaite à tous une année 2020 douce, tendre, joyeuse et créatrice.
    Et déjà heureuse par avance de se retrouver l’année prochaine.

    Répondre

    1. Merci beaucoup Catherine pour vos pensées, et vœux !

      J’aime beaucoup la métaphore des bateaux qui se croisent… Porteurs d’une histoire, d’individualités différentes.

      Et ça : Ne jamais se forcer en amitié ! Si on se force c’est que quelque chose ne va pas., c’est si juste. Je crois que c’est pour ça que j’ai cessé de m’investir dans certaines relations ; quand cela devient trop poussif et qu’il n’y a plus du tout de spontanéité, de naturel. Quand on se sent « obligé·e » de faire quelque chose, quand on se doute que l’autre attend tel ou tel type d’interaction… C’est usant.

      Par ailleurs, ce que vous dites à propos de l’astre pourpre me touche ; vivement 2020 et les nouveaux projets créatifs qui nous attendent !

      Répondre

  9. L’importance que tu accordes à tes relations avec autrui et tes mots sur l’amitié me touche beaucoup.

    Je n’ai connu que deux ruptures amicales, dont une qui m’a profondément meurtrie et cette douleur ne s’est estompée que récemment (ça fait près de 10 ans je crois pourtant), malgré le fait que la relation pourrissait depuis longtemps.

    J’ai laissé et laisse encore des amitiés s’effriter (ou s’envoler ?) naturellement, car je n’ai plus l’énergie de les entretenir ou lorsqu’il me semble que l’effort est trop asymétrique.

    Je suis reconnaissante par le bout de chemin mené ensemble, mais j’ai appris à ne plus m’en attrister et le regretter. Ou peut-être qu’à chaque amitié qui meurt, ma carapace se renforce encore un peu plus ?

    Sur le rapport de mes ami·es à mon blog, il y a deux catégories. Quelques amis me lisent et mon blog peut être l’occasion d’amorcer une discussion entre nous. D’autres pas du tout, car iels ne le connaissent pas, voire s’en moquent complètement.

    Quand j’étais au lycée, ça me blessait énormément et je comprends tout à fait que cela soit une source d’interrogations pour toi.

    Comme cela te tient visiblement à cœur, je ne peux que te conseiller d’aborder le sujet directement avec tes ami·es. Pris dans le quotidien, je pense que les gens oublient de verbaliser leur soutien ou adhésion, qui leur semble évident, comme si on pouvait lire dans leurs pensées. Je ne sais pas si c’est une tendance qui s’est accentuée avec les like et les RT, mais j’en ai souvent le sentiment.

    Répondre

    1. Merci beaucoup Llu pour ce partage de pensées et de souvenirs… C’est toujours intime. L’asymétrie dont tu parles est en effet un des gros soucis ; même si j’essaie de questionner le réflexe « c’est toujours moi qui fais tout ». Vraiment ? C’est difficile de mesurer l’investissement émotionnel réel.

      Mais on peut faire confiance à son flair. (« Trust your guts ».) Quand la relation moisit depuis trop longtemps, à un moment il faut s’épargner. Pourquoi consacrer plus de temps à quelque chose qu’on a déjà essayé de sauver, alors que l’on pourrait consacrer ce temps à autre chose ? L’acharnement thérapeutique a ses limites.

      Enfin, parler directement de mon ressenti avec les personnes concernées me met mal à l’aise, car j’aurais l’impression d’être très égocentrique… Je n’ai pas envie de « demander des comptes » sur l’attention et le temps consacrés, ou pas en l’occurrence, à « mes trucs ».

      J’en arrive simplement à la conclusion que les amitiés qui s’enrichissent à l’épreuve du réel, de rencontres, de discussions de vive voix, de projets communs, passent outre sans problème ce désintérêt (relatif) pour mes émois numériques. Par contre, si la relation n’est que numérique, là on entre dans une zone de turbulences assez pénible et qui ne finit rarement bien (si je me fis à mon expérience).

      Répondre

  10. « On ne parle jamais des chagrins d’amitié »… C’est drôle qu’on utilise le mot d’amour pour des choses extrêmement différentes – de la relation romantique à la relation familiale – mais qu’on ait eu besoin, au contraire, de trouver un mot différent pour cette relation-là. Pour qu’on ne puisse pas confondre ? Car c’est, justement, souvent si proche… et les ami·es peuvent être des partenaires de vie plus légitimes qu’un·e conjoint·e – ou au moins autant. Ou pourraient l’être, si c’était plus légitime dans note société.
    (Rien de révolutionnaire dans ce commentaire, juste ce qui me traverse la tête en te lisant, avec un brin de mélancolie.)

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    1. Tu as absolument raison, et je n’avais jamais pris le problème par ce bout-là. C’est vrai que c’est curieux d’avoir un mot spécial pour l’amour pour ses ami·es (même si à ce moment-là, j’ai une pensée très tendre pour ma BFF avec qui on se dit « je t’aime » sans problème – mais c’est la seule exception).

      Et sinon, oui oui oui pour la légitimité des partenaires de vie. Par certains aspects, certaines relations que j’ai ou ai pu avoir avec certain·es ami·es me font penser à une relation entre adelphes, un côté « on est de la même famille, pour toujours, quoi qu’il arrive ».

      À partir du moment où nos chemins se sont croisés, il y a un avant et un après – mais bon, on pourrait dire ça pour toute relation qui compte, sans doute.

      Le platonisme qui existe dans une relation amicale est, du coup, la seule chose qui séparerait cet amour-là d’un amour amoureux ?

      Répondre

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