Je rentre tout juste du Royaume-Uni, où j’ai vu l’un de mes « graals » de visites : le memento mori de Sparham, dans le Norfolk, à l’est de l’Angleterre.
Cela faisait des années que je rêvais de le voir. Quelle émotion de me trouver enfin face à face à cette peinture sur bois de la fin du 15e ou début du 16e siècle ! Elle est conservée dans l’aile nord de l’église St Mary the Virgin. Son impact visuel est resté intact, malgré l’état de l’ouvrage, très abîmé.


Ce memento mori se divise en deux parties :
- à droite, un couple de cadavres endimanchés qui se font face. Le cadavre féminin porte une robe recouverte de pois noirs, une ceinture noire recouverte de fleurs dorées, assorties à son collier. Elle tend un bouquet de fleurs au cadavre masculin. Au-dessus des deux personnages se trouvent des phylactères écrits en latin. Le texte est issu du Livre de Job dans la Bible, et peut se traduire ainsi :
L’homme, né de la femme, vit peu de jours, rassasié de tourments ; comme fleur, il germe et se fane
(source) ; - à gauche, un cadavre recouvert d’un linceul, qui semble pointer vers les fonts baptismaux. Le phylactère est lui aussi issu du Livre de Job, et fait référence à ce passage :
Pourquoi donc m’as-tu fait sortir du sein maternel ? J’aurais expiré, nul œil ne m’aurait vu ; je serais comme n’ayant pas été, on m’aurait porté du ventre à la tombe
(source)
Dans le contexte de l’époque, encore marquée par la peste noire, ces panneaux peints servaient à rappeler à la communauté que nous devons toustes mourir, et que la Mort emporte aussi les riches.
Une leçon à méditer encore aujourd’hui, même si les individus continuent à être hiérarchisés même après leur décès, à cause du coût prohibitif des obsèques.
Si vous passez par le Norfolk, ne manquez pas la tombe macabre de Thomas Gooding à Norwich.
À noter : ce billet est un premier jet que je pourrai compléter au fil du temps.

En savoir plus sur le memento mori de Sparham dans le Norfolk
Livres
- A Little Book of Miracles & Marvels de Mike Harding, Londres, Aurum Press, 2008. Un super petit livre illustré, qui regorge d’œuvres fantastiques à voir au Royaume-Uni. (Cerise sur le cupcake : je l’ai chiné en brocante pour trois sous au nord du Pays de Galles il y a quelques années.)
- Forgotten Churches. Exploring England’s Hidden Treasures de Luke Sherlock, avec d’incroyables dessins de Ioana Pioaru, Londres, Frances Lincoln, 2025
Web
- TG0719 : Memento Mori portraits, St Mary’s church, Sparham
- Memento Mori, Wikipédia, consulté le 19/04/2026




L'ourse bibliophile
4 mai 2026
Tes photos laissent deviner la force de ces peintures, merci pour ce partage. (Et les commentaires qui prolongent les connaissances, donnent des pistes de visites… j’adore, donc merci tout le monde !)
Marie
5 mai 2026
C’est chouette, oui ! Quelle chance d’évoluer toustes ensemble sur cette petite planète, et d’y déposer nos découvertes, lubies et émotions. Ça circule, ça circule.
Jennifer
30 avril 2026
Quel plaisir d’avoir de « petits » posts en plus des autres, on sent l’envie que tu as, sur le moment, de partager sans avoir à trop travailler tout ce qu’il y a autour. J’ai appris de jolies choses et la beauté de ce memento mori wow, je comprends ton besoin de le découvrir en vrai ! Et j’ai hâte de voir de quelle manière il va t’inspirer dans ton art.
Marie
1er mai 2026
C’est chouette que ce format te plaise aussi ! Merci Jennifer pour ton soutien continu et l’intérêt que tu portes à mes publications bigarrées.
Myrtiria
28 avril 2026
Incroyable ! Merci pour ce partage !
Marie
29 avril 2026
Avec plaisir, Myrtiria !
Sempra
28 avril 2026
Wow, merci pour la découverte !
Le niveau de détails et leur conservation est impressionnant, je suis absolument émerveillée par leurs vêtements et leurs accessoires.
Et la représentation des personnages accompagnée de ces citations bibliques précises me touche particulièrement je dois dire. On imagine bien l’état d’esprit dans lequel l’artiste devait se trouver, c’est vraiment émouvant.
Marie
29 avril 2026
Savoir que cette œuvre t’émerveille, même à distance, grâce à mes photos pas terribles, ça me remplit de joie ! Merci beaucoup pour ton message.
Sempra
29 avril 2026
Elles sont très bien tes photos !
Marie
1er mai 2026
Mih ❤︎ Merci !
Nannig
21 avril 2026
C’est improbable qu’une peinture sur bois si vieille soit accessible juste en allant dans l’église ! (Mais c’est cool !)
Marie
26 avril 2026
Ouais, c’est vrai ! D’un côté, je me dis « groumpf, l’hydrométrie » et « grompf, les risques de dégradation et de vol », de l’autre, je me dis que ça a du sens que cette œuvre soit conservée dans son environnement historique.
Magalie
21 avril 2026
La plus belle danse macabre ( et ma première) que j’ai eu le privilège de contempler reste celle de Église Saint-Germain de La Ferté-Loupière, avec le Dit des trois morts et des trois vifs. Il y a, dans ces silhouettes figées, quelque chose qui saisit profondément, une émotion presque indicible, comme si le temps lui-même suspendait son souffle.
J’ai aussi eu la chance de découvrir de La Chaise-Dieu.
Depuis, je garde au coin du cœur une liste, non exhaustive, de danses macabres que je rêve d’aller voir un jour, comme autant de rendez-vous silencieux avec l’histoire…
En attendant de pouvoir les rencontrer, je voyage autrement, à travers tes photos, tes mots, tes fragments de lumière posés sur ces lieux, et d’une certaine manière, cela me touche presque autant. …
Marie
26 avril 2026
Bienvenue sur l’astre pourpre, Magalie ! Merci beaucoup pour ton commentaire. Ça me fait plaisir que nous partagions cette passion pour les danses macabres. Connais-tu l’association Danses Macabres d’Europe ? Les recherches et travaux qui y sont partagés pourraient t’intéresser et t’aider à compléter ta liste.
Je partage ton avis, les peintures de La Ferté-Loupière sont saisissantes. J’ai moi aussi été troublée quand je les ai enfin vues de mes propres yeux. C’est très différent de l’expérience que j’avais pu avoir en les croisant au gré de mes lectures. Je ne désespère pas de publier les photos que j’y ai prises un jour…
Matoo
21 avril 2026
Il reste quelques danses macabres dans des églises en France, mais bien moins conservées que celle-ci !!! ^^
Marie
21 avril 2026
Tout à fait, notamment en Bretagne : à Plouha (Kermaria-an-Iskuit), à Kernascléden, ainsi que des restes d’une rencontre entre les trois morts et les trois vifs à Nostang.
Cependant, je ne pense pas que l’on puisse considérer les peintures de Sparham comme une « danse macabre », bien qu’elle soit qualifiée de la sorte sur le cartel que j’ai consulté sur place.
Selon l’ouvrage Itinéraire des danses macabres de Hélène et Bertrand Utzinger, une danse macabre, c’est une suite hiérarchique de personnages entraînés par des morts. Chaque personnage vivant est accompagné par un mort. Il y a souvent un dialogue qui est présent entre le mort et le vivant.
Certes, à Sparham, les phylactères indiquent bien un dialogue, mais ce dialogue a lieu a priori seulement entre les deux morts à droite, et entre le mort et le spectateur ou la spectatrice à gauche.
Il n’y a pas de personnage vivant représenté dans les deux scènes impliquant ces cadavres, c’est pourquoi j’ai préféré, par précaution, parler seulement de memento mori dans mon billet.
Il y a bien un autre meuble sur lequel sont peints deux personnages vivants : St Walstan et Thomas de Canterbury. Mais sans connaître comment ces différents panneaux peints étaient agencés l’un par rapport à l’autre, j’ai du mal à dire s’il y a un lien entre eux et les cadavres.
Je vais continuer à investiguer et je mettrai sans doute mon article à jour. Merci Matoo, grâce à toi j’ai pu préciser un peu ma pensée à ce propos.
Matoo
22 avril 2026
Ah mais merci beaucoup pour ces précisions importantes ! Je comprends beaucoup mieux pourquoi tu as en effet employé memento mori (à dessein donc). J’avais vu aussi les restes de fresque de Kernascléden, c’est dommage on n’a très peu de traces de cette ancienne mode. ^^