Je souris quand je lis qu’Édimbourg serait trop gothique et sombre, car c’est exactement la raison pour laquelle j’adore cette ville.

« Edi » a été un tel coup de cœur l’an dernier que nous y sommes retourné·es au mois de février, afin de continuer notre découverte de la capitale écossaise.

Comme j’ai plein de choses à partager avec vous, je vais publier plusieurs billets, un peu comme je l’ai fait pour les Highlands, mais en moins rapproché.

J’ouvre donc le bal aujourd’hui avec un premier lot de curiosités, d’anecdotes macabres et de recoins obscurs à ne pas manquer si vous passez un jour à Dùn Èideann (le nom gaëlique d’Édimbourg).

Sur la piste de Burke et Hare

Vol de cadavres et cages à cercueils

C’est au National Museum of Scotland (NMS) – dont je vous reparlerai en détails bientôt – que se trouvent les 17 cercueils d’Arthur’s Seat.

Cercueils miniatures d'Arthur's Seat
Cercueils miniatures d'Arthur's Seat

Découverts en 1836, ces cercueils miniatures continuent à intriguer les historien·nes. Une des théories les plus plausibles voudrait la fabrication de ces cercueils ait fait suite aux 17 meurtres commis à Édimbourg au début du XIXe siècle par William Burke et William Hare, deux émigrés irlandais.

La nuit venue, rencardés par les sacristains, les fossoyeurs et autres croque-morts, Burke et Hare déterraient, en toute illégalité, les cadavres fraîchement inhumés afin de les revendre contre monnaie sonnante et trébuchante aux anatomistes de la ville, notamment au célèbre Robert Knox (en anglais), un médecin, anatomiste et naturaliste controversé.

À cette époque en effet, Édimbourg était dotée d’une excellente réputation en matière de progrès médical. C’est notamment grâce aux dissections de cadavres que ces avancées scientifiques ont été possibles.

Cependant, la seule source légale d’approvisionnement de corps à disséquer – les corps des criminels exécutés – commençait à se tarir à cause d’une évolution législative. Par conséquence, la demande en cadavres frais dépassait de plus en plus l’offre.

Les voleurs de cadavres (bodysnatchers) et autres pilleurs de tombes (grave-robbers) – que l’on appelait également les « résurrectionnistes » (resurrection men) –, comme Burke et Hare, y virent donc une opportunité en or de se faire un max de thunes.

Devant la menace de voir le cadavre d’un être cher être profané par ces individus sans scrupule, les proches des défunts ont peu à peu pris l’habitude de veiller sur leurs corps non seulement jusqu’à leur enterrement, mais également après celui-ci.

Les familles les plus aisées allaient même jusqu’à acheter des cercueils blindés (en anglais), ou à installer des cages à cercueils (mortsafes) qui empêchaient les « résurrectionnistes » de voler le corps de leurs proches.

On peut voir deux de ces cages à cercueil au fantastique cimetière Greyfriars Kirkyard à Édimbourg :

D’autres exemples de cages à cercueils (en anglais), découverts grâce à Dolly Wood.

Comme le vol de cadavres devenait de plus en plus difficile, le commerce macabre de Burke et Hare commençait à prendre un coup dans l’aile. Pour pallier cette chute de revenus, les deux compères ont donc commencé à assassiner eux-mêmes des gens – en général des personnes vulnérables, comme des prostituées – pour pérenniser leur activité, avec l’aide de leurs épouses.

Leur méthode pour tuer quelqu’un en comprimant son thorax sans laisser de trace a même donné naissance au mot anglais burking !

« Reliques » de William Burke

Mais l’histoire de Burke et Hare ne s’arrête pas là. Au bout d’un an de meurtres, les deux compères et leurs épouses furent arrêté·es. L’inspecteur en chef décida de soumettre Hare à la question de façon à incriminer les autres en échange de son immunité. Finalement, seul·es Burke et sa femme furent jugé·es.

Si sa femme fut innocentée faute de preuve suffisante, William Burke quant à lui fut condamné à mort, et pendu peu de temps après.

Son corps fut disséqué et son squelette exposé au musée anatomique de l’école de médecine d’Édimbourg (Anatomical Museum of Edinburgh Medical School), où il est toujours accroché. Je n’ai hélas pas encore pu le visiter, car ce musée est souvent fermé au public (en anglais).

Mais il existe d’autres « reliques » de Burke à Édimbourg. Son masque funéraire ainsi qu’un petit livre dont la couverture a été réalisé avec sa propre peau (brr…) se trouvent au Surgeon’s Hall Museum – un musée absolument fantastique, qu’il ne faut pas manquer si vous aimez les curiosités. Par contre, attention, il y a des choses assez « hardcore » exposées, surtout à l’étage…

En plein centre ville, dans la célèbre Victoria Street, se trouve également « le plus petit musée du monde (en anglais) », à l’intérieur de la boutique The Cadies & Witchery Tours.

Ce « musée » ne contient en réalité qu’une seule pièce : un portefeuille fabriqué avec la peau de Burke (brr, bis).

Perdurer dans le temps grâce des objets produits post-mortem avec sa propre peau, le comble pour un voleur de cadavres ! L’arroseur arrosé, en quelque sorte.

Influence de Burke et Hare sur la culture populaire

Burke et Hare étaient des crapules de la pire espèce, et leurs méfaits ont durablement marqué la culture populaire britannique. Leurs crimes ont inspiré de nombreux livres et films, notamment Cadavres à la pelle avec Simon Pegg et Andy Serkis (que je n’ai pas vu mais, franchement, vu l’affiche, j’ai comme un doute).

À part moi, je me dis qu’il est également possible que le nom de William Burke ait inspiré J. K. Rowling, l’autrice de Harry Potter, pour appeler la boutique préférée des mages noirs Borgin and Burkes (traduit par « Barjow et Beurk » en français).

Parmi les objets vendus dans cette boutique, citons notamment des ossements et des crânes humains ainsi que des cordes de pendus… Difficile de croire à une simple coïncidence, d’autant que J. K. Rowling a vécu plusieurs années à Édimbourg : elle a donc forcément entendu parler de Burke et Hare.

Si cela vous intéresse, j’ai réuni toutes les adresses liées à Harry Potter à Édimbourg dans un billet dédié, que je viens d’ailleurs de mettre à jour.

Pour en savoir plus sur Burke et Hare :

The Magdalen Chapel

La Magdalen Chapel est un autre lieu qui m’a laissé une forte impression à Édimbourg : c’est une minuscule chapelle cachée en plein Cowgate, juste avant l’entrée du Grassmarket. C’est grâce au livre Secret Edinburgh, An Unusual Guide que j’ai découvert son existence.

Cette chapelle a été construite en 1541, et est connue pour ses vitraux, qui sont les seuls vitraux écossais rescapés du Moyen-Âge : en effet, la plupart des autres ont été détruits pendant la Réforme écossaise menée par John Knox, dont l’objectif était de débarrasser l’Écosse de ce qu’il considérait comme de « l’idolâtrie catholique ».

Des p’tites têtes rigolottes, mi-yétis, mi-trolls…
Des p’tites têtes rigolottes, mi-yétis, mi-trolls…

Ces vitraux font d’ailleurs partie des 101 objets mémorables d’Édimbourg (en anglais).

Toutefois, ce n’est pas tant pour les vitraux que j’avais envie d’en pousser la porte, mais surtout pour le mur de brods, ces panneaux de bois sombres soigneusement calligraphiés.

Ceux-ci servaient à garder une trace des dons que faisaient les Hammermen, des artisans édimbourgeois maniant « le marteau et la main » tels que des forgerons, des armuriers, des chaudronniers, des horlogers mais aussi… des chirurgiens. Comme l’indique mon petit guide, ces panneaux sont une forme très raffinée de livres de comptes.

La Magdalen Chapel est un lieu un peu étrange : ce n’est pas une froide chapelle dépeuplée, mais une chapelle chauffée et aménagée, qui sert de bureau aux personnes assurant la permanence. Il faut sonner à la porte pour qu’on vienne vous ouvrir.

Dernière anecdote macabre : il paraît que la grande table située dans la pièce servait jadis à déposer les cadavres des Covenanters exécutés ! Édimbourg est décidément une ville au passé bien sombre (pour mon plus grand plaisir, évidemment).

L’epic fail du Warriston Cemetery

Pour terminer, que serait un voyage sans quelques ratés ?

J’avais lu le plus grand bien du Warriston Cemetery, un des beaux cimetières d’Édimbourg. Cela représentait une trotte à pied, mais comme nous comptions de toute façon aller du côté de Stockbridge, la distance nous semblait tout à fait faisable.

On a donc marché une bonne demie-heure. Ouais, sauf qu’en fait, Google Maps nous faisait miroiter une allée permettant de rejoindre le cimetière qui n’existait pas…

Résultat : nous étions donc situé·es à l’autre bout du cimetière (qui est immense), alors que seule son entrée principale, évidemment tout à l’opposé, était ouverte. 😑

Devant la perspective de devoir revenir sur nos pas puis de marcher à nouveau 30 minutes pour pouvoir gagner la fameuse porte, nous avons préféré jeter l’éponge et aller manger un bon burger. Parfois, il faut revoir son sens des priorités !

Mes spasmes de rage ne m’ont toutefois pas empêchée de prendre quelques photos à travers les grilles infranchissables…

M’en fiche, j’y retournerai, et je prendrai ma revanche sur la technologie !

Pssst ! Si les curiosités d’Édimbourg vous fascinent autant que moi, ne manquez pas mes autres billets Curiosités écossaises à Édimbourg et Édimbourg insolite : ruines, souterrains et hommage aux sorcières.

Marie

Déjà 14 commentaires

  1. Wow j’adore, les tombes avec cages je trouve ça vraiment chouette et puis tes ajouts de gravures et photos pour agrémenter l’histoire des objets ou évènements que tu présentes est un vrai plus :D

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    1. Merci beaucoup Juliette ! Ça me fait plaisir que tu sois venue laisser un mot ici. :)

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  2. Oh, mais ça a l’air super méga intéressant tout ça !!!!! Je note tout pour quand j’irai à Edimbourg (ce qui n’est pas pour demain quand même, les études d’abord) ! J’adore l’histoire de ces « serial-killers », avec le coup des cages à cercueils, je me demande s’il y en a en France (vu que le vol de cadavres est récurrent à une certaine époque dans les pays européens)… Je m’intéresse énormément à l’histoire de l’anatomie et à tout ce qui y touche de près ou de loin, c’est une mine de renseignements de type anthropologie sociale, sur les sociétés, leurs évolutions, etc. Du coup, tout le début de ton article est passionnant !
    Bon, le reste également, hein, cette chapelle a l’air super belle !
    Merci pour ces belles découvertes !
    Belle journée

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    1. Merci à toi, Alexandrine, pour tes commentaires qui me donnent toujours le sourire ! Si tu collectionnes les bonnes adresses pour un futur voyage à Édimbourg, ce que j’ai en stock devrait te plaire.

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  3. Merci pour cette belle balade dans Edimbourg ! J’adore cette ville que j’ai eu l’occasion de visiter il y a bien ahem 16 ans (shit je me sens vieille…) et en gothique qui se respecte j’avais adoré cette architecture sombre. Je me souviens m’être baladée dans ses ruelles, avoir découvert au cours de me pérégrinations un libraire situé près d’une église entourée par un cimetière où les tombes étaient rongées par le lierre et le temps. Cette ville a une âme qui résonne avec les amoureuses du macabre. <3

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    1. Cette ville a une âme qui résonne avec les amoureuses du macabre. <3

      C’est exactement ça ! Cette ville a une âme.

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  4. Ça donne envie d’y aller ! 😊

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  5. Tes récits sont toujours aussi passionnants ! Ça change des contenus ultra convenus qui parlent encore et toujours des mêmes choses… l’Écosse me tente énormément depuis longtemps, mais je me demande si je ne vais pas laisser passer la vague qui semble avoir mis ce pays dans le top 5 des destinations à la mode depuis deux ou trois ans. À moins que je ne craque avant… Je prends bonne note de toit ça pour ce moment là en tout cas !

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    1. Merci beaucoup Irène ! ☺️

      l’Écosse me tente énormément depuis longtemps, mais je me demande si je ne vais pas laisser passer la vague qui semble avoir mis ce pays dans le top 5 des destinations à la mode depuis deux ou trois ans.

      Ahah oui c’est vrai qu’il n’y en a que pour l’Écosse… Faut dire, c’est un diamant brut ! Mais effectivement, en février à Édimbourg j’ai trouvé qu’il y avait énormément de monde, vraiment trop pour moi. Pourtant l’an passé, en janvier, il ne me semblait pas que ça grouillait autant… Bon, le passage par les Highlands désertiques ont sans doute accentué mon ressenti.

      Dans tous les cas, c’est comme Venise ou Paris – de très grosses villes qui attirent du peuple, mais où il est aisé de se perdre dans des coins beaucoup moins connus et fréquentés, et qui sont tout aussi charmants.

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      1. en février à Édimbourg j’ai trouvé qu’il y avait énormément de monde, vraiment trop pour moi. Pourtant l’an passé, en janvier, il ne me semblait pas que ça grouillait autant…

        Peut-être plutôt à cause des vacances scolaires? C’était en plein le mid-term break ici en Écosse, et puis les vacances d’hiver en France (y a toujours la dose de touristes français au Burgh), et probablement dans plein d’autres pays aussi.
        Perso bon je n’y habite pas non plus, mais j’ai toujours trouvé que ça grouille de monde.
        En tout cas pour Édimbourg la vraie période noire à éviter c’est le mois d’août à cause du Fringe.

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  6. Il me semble que l’histoire de Burke et Hare a aussi inspiré R.L. Stevenson pour « Dr. Jekyll et Mr. Hyde », non ? Mon souvenir en est lointain, cela dit…

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    1. Ah possible ! Tu m’apprends un truc. :)

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  7. Ce qui est bien avec La Lune Mauve, c’est qu’on s’attaque aux cimetières par le menu ! Toujours la petite histoire périphérique qui va bien. Je ne me suis jamais penchée sur celle de Burke et Hare, mais en écumant Imdb dans mon éternelle recherche de films ou séries historiques je suis déjà tombée sur un titre s’y rapportant. Mais à ce jour il est encore dans la liste de ceux que je n’ai pas encore regardé (bless les listes imdb btw).
    Je me demande si les cages à cercueil existent ailleurs pour des raisons superstitieuses ?

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    1. Je me demande si les cages à cercueil existent ailleurs pour des raisons superstitieuses ?

      Écoute, je n’ai rien trouvé dans ce sens dans tout ce que j’ai lu à ce sujet. Apparemment, la création des cages à cercueil datent du début du 19e siècle, pour contrer les méfaits des anatomistes et résurrectionnistes. Ces cages étaient placées environ 6 semaines au-dessus de la tombe, jusqu’à ce que le cadavre soit suffisamment pourri pour qu’il ne risque plus rien.

      Je suppose que le fait même d’enterrer un corps de manière religieuse (extrême onction et tout le tintouin) prévenait toute superstition quant à une éventuelle… résurrection.

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