Ce que j’aime le plus quand je découvre une ville, c’est d’en faire une visite originale : curiosités, mystères, et endroits secrets désertés par les touristes.

Aussi, quand nous avons décidé de passer une semaine à Édimbourg, ville ô combien énigmatique et ténébreuse, j’ai commencé à me renseigner sur les trésors inhabituels qui nous attendaient là-bas !

Deux livres

Toutefois, mes recherches sur Internet n’ont pas donné grand chose : les différents blogs que j’ai consultés parlaient tous, peu ou prou, des mêmes trucs, déjà vus et revus dans les guides touristiques que nous avions achetés pour préparer notre voyage.

Une fois de plus, la vérité était ailleurs, loin de la blogosphère. Le salut m’est ainsi parvenu sous la forme de deux livres spécialisés, écrits en anglais :

  1. Edinburgh Curiosities de James U. Thomson, paru chez John Donald Publishers Ltd., qui se trouve à moins de 2 € sur le net ;
  2. Secret Edinburgh: an unusual guide, de Hannah Robinson, paru aux excellentes Éditions Jonglez (c’est chez elles aussi qu’est paru ma bible, Londres insolite et secrète). L’ironie du sort a voulu que je ne déniche cet ouvrage que l’avant-dernier jour de notre périple, à Édimbourg même, chamboulant quelques-uns de nos plans à la dernière minute (« Oh, une loge maçonnique à quinze minutes à pied de l’hôtel ! On y va demain ? »).

Si vous devez n’en choisir un, choisissez Secret Edinburgh: an unusual guide, bien illustré, ludique et concis. Edinburgh Curiosities quant à lui est avare en photographies, et les rares qu’il contient sont en noir et blanc. Le texte est intéressant, mais excessivement dense, ce qui rend la lecture quelque peu ardue. Toutefois il contient un tas d’anecdotes historiques que je n’ai lues nulle part ailleurs.

Greyfriars Bobby

Une des plus célèbres curiosités d’Édimbourg est sans conteste la statue de « Greyfriars Bobby », un petit chien, que l’on peut observer juste avant l’entrée du Greyfriars Kirk Cemetery, magnifique cimetière gothique.

Bobby, la mascotte d'Édimbourg

La légende raconte que Bobby était le petit chien Skye terrier d’un policier écossais dénommé John Gray. Tous les midis, Bobby et son maître allaient déjeuner dans un petit restaurant où le chien avait le droit à une brioche et à un os.

John Gray mourut cependant deux ans plus tard, en 1858. À partir de cet instant, le petit chien passa ses journées et ses nuits sur la tombe de feu son maître, enterré au Greyfriars Kirk Cemetery.

Au début, le gardien du cimetière chassa le chien, car les animaux n’y étaient pas autorisés. Mais comme Bobby finissait toujours par revenir et restait tranquillement sur la tombe de John Gray, le gardien finit par avoir pitié de lui et obtint de la mairie une dérogation qui permettait au chien de rester.

Greyfriars Bobby

Le petit chien resta ainsi 14 ans sur la tombe de son maître, ne s’absentant que pour aller manger son os et sa brioche le midi, dans le même restaurant où son maître et lui avaient l’habitude d’aller.

Bobby mourut à son tour en 1872 : il ne fut pourtant pas enterré dans le cimetière, terre consacrée. Mais la même année, une fontaine surmontée de sa statue grandeur nature fut érigée non loin de l’entrée du cimetière ; c’est d’ailleurs toujours la même statue que l’on voit aujourd’hui à cet endroit.

En 1981, une association locale d’aide aux chiens a également fait ériger une pierre tombale en souvenir de Bobby au cimetière de Greyfriars. Cette tombe est régulièrement recouverte de bâtons et de jouets pour chien.

L'histoire de Bobby

Bobby est devenu un symbole de fidélité exemplaire, et est sans doute le chien le plus célèbre d’Écosse. Les chiens ont d’ailleurs la cote à Édimbourg : il n’est pas rare de croiser, sur les devantures de certains restaurants et boutiques, des pancartes précisant que les canidés sont plus que bienvenus dans leurs prémisses.

Le grain de sable : l’histoire de Greyfriars Bobby a été romancée et rendue célèbre par l’autrice Eleanor Atkinson en 1912, et adaptée en film par Walt Disney en 1961.

Les mystères de Old Town

Parmi les différents quartiers d’Édimbourg, Old Town est sans conteste le plus caractéristique. Si les hordes de touristes foulant le Royal Mile vous pèsent, aventurez-vous dans le dédale de venelles et d’escaliers qui en partent, reliant entre eux les différents niveaux de la ville.

Rares en effet sont les touristes qui s’aventurent dans les closes et les wynds, ces allées étroites séparant les vieilles masures entre elles ; pourtant, c’est bien en les explorant qu’on s’imprègne véritablement de l’atmosphère si particulière du vieil Édimbourg.

Milne's Court
Milne's Court

De retour dans High Street, au niveau de Paisley Close, levez la tête : vous vous trouverez nez à nez avec le buste d’un jeune-homme, surmonté de l’énigmatique message Heave awa’ chaps, I’m no’ dead yet.

Have awa' chaps, I'm no dead yet

Ce frontispice commémoratif a été élevé en souvenir de l’écroulement de plusieurs vieux immeubles, du 99 au 107 High Street, survenu le 24 novembre 1861, faisant 35 victimes.

Alors que les secours étaient en train de déblayer le carnage, ils entendirent un jeune-homme, Joseph McIver, crier Heave awa’ lads, I’m no deid yet! (« Continuez à creuser, les gars, je ne suis pas encore mort ! »). Cette phrase célèbre fut plus tard légèrement anglicisée pour être comprise de la bourgeoisie victorienne.

Ce désastre sensibilisa les autorités de l’époque quant à l’état déplorable des bâtiments situés dans les quartiers les plus pauvres de la ville, au point que, quelques années plus tard, un office sanitaire municipal vit le jour, sous la direction du Docteur Henry Littlejohn.

Le grain de sable : si vous demandez à des Écossais de vous indiquer où se trouve Paisley Close, vous ferez probablement un four. Mais si vous leur demandez le chemin jusqu’à Heave Awa’ Close, ils vous répondront instantanément ! (Bon, encore faut-il savoir le prononcer correctement, certes…)

À deux pas de Paisley Close, levez à nouveau le nez pour admirer la façade de la John Knox House, le plus vieux bâtiment d’Édimbourg (1490), qui abrite aujourd’hui un petit musée consacré au protestantisme :

John Knox House

Le mystère des 17 cercueils d’Arthur’s Seat

Toujours du côté de Old Town, c’est au National Museum of Scotland (NMS) que l’on peut admirer huit des 17 cercueils miniatures d’Arthur’s Seat, la colline qui surplombe Édimbourg.

Ces mini cercueils en bois ont été découverts en 1836 par un groupe de jeunes garçons, partis chasser le lapin sur la colline : les petits cercueils se trouvaient dans un creux sous un rocher, disposés sur une pile de morceaux d’ardoise.

Chaque cercueil mesurait environ 10 centimètres, et renfermait une figurine à visage humain, grossièrement taillé dans le bois, et portant des vêtements cousus à la main.

Cercueils miniatures d'Arthur's Seat

Sorcellerie, superstition… Nombreuses sont les théories au sujet de ces mystérieux cercueils, que le NMS présente d’ailleurs brillamment sur son site officiel.

D’après la plus convaincante de ces théories, ces cercueils auraient été fabriqués à la suite des célèbres meurtres commis par Burke et Hare en 18831 et 1832. Les deux compères étaient des bodysnatchers, c’est à dire des voleurs qui déterraient les cadavres dans les cimetières pour les revendre aux anatomistes de la ville.

Cercueils miniatures d'Arthur's Seat

Mais, face à la pénurie de cadavres et à la concurrences des autres bodysnatchers, Burke et Hare s’étaient mis à assassiner des gens, en majorité des femmes, pour fournir leurs clients et continuer leur macabre et fructueux commerce.

Le nombre des cercueils trouvés à Arthur’s Seat correspond au nombre des victimes connues du sinistre duo. Or, à cette époque, on croyait que les âmes des corps disséqués ne pouvaient atteindre le paradis : il se peut donc que quelqu’un ait sculpté ces petits cercueils afin de fournir aux victimes un semblant de sépulture chrétienne.

Le grain de sable : en 2001, l’auteur édimbourgeois Ian Rankin s’est inspiré de cette histoire macabre dans son roman policier La Colline des chagrins (The Falls), qui a été adapté pour la télévision en 2006. Les répliques des cercueils qui ont servi au tournage sont également exposées au NMS.

La première loge maçonnique d’Écosse

Bon, et cette fameuse loge maçonnique, alors ? Elle se trouve dans New Town, au 19 Hill Street.

Avec ses colonnes bleues, son frontispice typographique et son hexalpha gravé sur le mur, difficile de la louper. Et pourtant, je n’aurais jamais eu l’idée de me promener par là si je n’avais pas parcouru Secret Edinburgh la veille !

Masonic Lodge No. 1

Que nous apprennent les différents symboles de cette façade inhabituelle ?

Bien que le bâtiment soit de style géorgien, la loge porte le nom de « Mary’s Chapel » car c’était le nom du précédent lieu où elle était installée, près de Cowgate, dans la vieille ville. Mais la rue où elle se trouvait a été démolie en 1787, d’où ce déménagement.

La loge porte le numéro 1 car il s’agirait de la toute première loge écossaise, et probablement de l’une des plus anciennes loges du monde : il y est fait références dans des documents historiques pour la première fois en 1504.

Au-dessus de la porte est gravé à même la pierre un symbole des plus étranges : une étoile encerclée, autour de laquelle se trouvent de nombreux signes.

  • Les quatre chiffres qui encadrent le cercle forment l’année 1893, date à laquelle le Grand Maître de la loge a proposé de faire graver ce symbole au-dessus de la porte.
  • À l’intérieur du cercle se trouve un hexagramme, c’est à dire une étoile formée de deux triangles équilatéraux. Attention, ici il ne s’agit pas d’un symbole juif : si l’étoile de David est bien un hexagramme, tous les hexagrammes ne sont pas des étoiles de David.
  • Au centre de l’hexagramme, un G majuscule rayonnant représente le Grand Architecte de l’Univers.
  • Le triangle du haut représente l’esprit, et le triangle du bas la matière : ensemble, ils illustrent l’axiome alchimiste As above, so below. Le fait que ces triangles soient entourés par un cercle parfait indique que, grâce au travail de la loge, tout va bien dans le meilleur des mondes.
  • À l’extérieur de l’étoile se trouvent les lettres LEMCN1, qui est tout simplement l’acronyme de Lodge of Edinburgh, Mary’s Chapel No. 1.
  • Les autres runes, au nombre de 16, représentent les membres les plus éminents de la loge à cette époque.

D’autres curiosités à voir à Édimbourg

Cowgate

Littéralement « la porte des vaches », Cowgate est nommée ainsi car c’est par là qu’on faisait circuler le bétail les jours de marchés au Moyen-Âge.

Cowgate
Une tête de vache, non loin de Cowgate

Le château

Ah, l’Écosse, ses lochs et ses châteaux ! Même à Édimbourg, on est tout de suite plongé dans l’ambiance, grâce au château qui domine la ville, du haut de Castle Rock.

À ne pas manquer : le One O’Clock Gun, un coup de canon qui résonne tous les jours à 13 heures (sauf le dimanche, Noël et Vendredi Saint).

Le chateau d'Édimbourg

Le jardin botanique

Situé dans Stockbridge, un charmant quartier, le jardin botanique d’Édimbourg est le lieu idéal pour une bonne promenade. L’entrée est gratuite, seul l’accès aux serres est payant.

Ce jardin est particulièrement célèbre pour sa belle rocaille.

Rocaille
La serre

Et bien plus encore !

D’autres chouettes détails aperçus pendant notre séjour à Édimbourg :

La statue de Sherlock Holmes
La statue de Sherlock Holmes
Une fontaine intriguante
Une fontaine intriguante
Mercat Cross
Mercat Cross
Sur ce site, en 1897, rien ne s'est passé
Sur ce site, en 1897, rien ne s'est passé
Chat perché
Chat perché
Cerf de pierre
Le cerf est une figure récurrente à Édimbourg
La statue de David Hume
La statue de David Hume devant laquelle joue une cornemuseuse

Voilà, j’espère que ce billet vous a plu ! N’hésitez pas à me faire part de vos réactions et de vos éventuelles questions en commentaire !

À bientôt pour la suite de mes bonnes adresses à Édimbourg ! Pensez à vous abonner pour ne rien louper ! :)

Déjà 9 commentaires

  1. Quel tour ! Et en plus c’est joliment illustré.

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    1. Merci Mealin ! :) J’avoue que c’est bien agréable que les photos soient bien mises en valeur par ce nouveau thème. L’inverse me frustrait beaucoup sur mon précédent blog !

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  2. Cowgate est ma rue favorite d’Edinburgh, il y a les meilleurs pubs :) (qui a dit Banshee Labyrinth?)

    Peut-être l’as-tu constaté sur place, la ruelle que tu as prise en photo (avec les deux moitiés de vache) mène aux Caves, superbes cachots où sont organisés divers events, cela va de l’after des conférences de dev aux soirées alternatives en passant par des mariages.

    C’est la porte avec le panneau « Nae Eejits » :)

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    1. Merci Eirwen pour tes bonnes adresses complémentaires ! Ma liste de lieux où aller pour ma prochaine virée édimbourgeoise s’allonge grâce à toi !

      Tu m’avais effectivement parlé du Banshee Labyrinth (ce nom ♥), mais je n’ai pas eu l’occasion d’y aller cette fois-ci pour cause de fracture.

      Quant aux Caves, les photos font rêver ! Surtout s’ils ont une collection conséquente de whiskies. ^.^ Merci encore !

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      1. Oh dommage! Ce sera pour la prochaine fois. Contente que les adresses soient utiles :)

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  3. C’est passionnant de découvrir la ville à travers tes yeux. Les photos sont tout à la fois très pros et en même temps très personnelles.

    Ça donne envie d’aller y faire un tour.

     

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    1. Merci beaucoup ! Je pense que cette ville te plairait :)

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  4. Wahou ! Merci beaucoup pour cet article (et ces photos) dans lequel je me replongerai avec plaisir le jour venu où moi aussi je foulerai les pavés d’Edimbourg.

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    1. Crois bien que ce jour-là, je serai avide de connaître tes impressions (et de voir tes photos !).

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