Une fois n’est pas coutume, c’est en parcourant l’Atlas Obscura que j’ai découvert l’existence du Clootie Well.

Le Clootie Well est un lieu de dévotion populaire, situé à Munlochy, sur The Black Isle, une péninsule située à quelques kilomètres d’Inverness, en Écosse. À l’orée d’un petit bois, des centaines d’arbres et des milliers de branches sont recouverts de vêtements, de chaussures et de divers accessoires (chaussures, parapluie, etc.).

Cette tradition païenne serait un héritage des Celtes, qui étaient convaincus que les esprits des eaux et des arbres pouvaient intercéder en leur faveur. Au Clootie Well de Munlochy, on trouve effectivement une petite source, autour de laquelle les haillons sont nombreux, et dont les eaux sont jonchées de pièces de monnaie.

Comme l’explique l’ethnologue Dominique Camus (oui, le même Dominique Camus que j’ai rencontré aux Champs Libres) dans mon livre chouchou Dévotions populaires et tombes guérisseuses en Bretagne :

dans le domaine du magique, et plus largement dans celui de la médecine populaire, prévaut l’idée que l’on peut transférer sur un objet l’état d’une personne, par exemple sa maladie, et puis agir sur ce substrat pour modifier son état.

Dominique Camus, op. cit., p.16

Ainsi, chaque vêtement ou accessoire déposé au Clootie Well a appartenu à la personne à soigner. La tradition veut que l’on plonge d’abord le vêtement dans la source, en insistant tout particulièrement à l’endroit qui a touché l’affection à guérir. Ensuite, on attache ce vêtement autour d’une branche ou d’un arbre. Enfin, on fait trois fois le tour de l’arbre en question pour que le sort puisse effectivement commencer à opérer.

Il est bien entendu déconseillé de détacher, ou même de toucher, le moindre vêtement : outre que cela porterait malheur, cela vous ferait aussi courir le risque d’attraper une dermatose ou autre maladie.

En effet, ces vêtements ont a priori été en contact a minima avec des affections de la peau, qui peuvent être contagieuses ou provoquer des allergies. De plus, la présence de moisissures et de bactéries font de ces guenilles des éléments insalubres.

On ne touche qu’avec les yeux, donc !

De tels endroits exercent sur moi un puissant magnétisme. Comme je le disais dans mon billet consacré à La Tombe à Lénard, visible en Ille-et-Vilaine, j’ai beau être une athée farouche, cela ne m’empêche pas d’être sensible à toute manifestation spirituelle.

Je suis touchée par cette dévotion à l’égard de la nature, en particulier à l’égard des arbres, mais aussi par cette rencontre improbable entre des tas d’individus issus d’horizons divers, qui partagent sans le savoir une conviction profonde, une envie qu’eux-mêmes ou leurs proches aillent mieux.

Imaginer ces gens y réfléchir, s’investir à fond dans une telle démarche, choisir minutieusement le vêtement ou l’accessoire qui sera sacrifié ; penser au fait que certains passent peut-être du temps à enlacer les arbres pour s’imprégner de leur énergie ; deviner la joie des un·es et des autres lorsqu’une demande est exaucée…

Plutôt que céder à la tentation rationaliste, qui voudrait voir en ce type d’endroit une manifestation d’une croyance naïve et vaine, je préfère y voir de la poésie et de l’énergie.

Connaissez-vous des lieux similaires, liés aux arbres ? Je sais qu’il existe de nombreux arbres votifs, comme les arbres à loques et les arbres à clous, un peu partout en France et en Belgique, ainsi que des des wish trees et des coin trees au Royaume-Uni, mais je serais curieuse que vous partagiez avec moi vos propres découvertes insolites liées à la nature.

Rendez-vous demain pour un nouveau billet sur les Highlands !

kReEsTaL

Déjà 15 commentaires

  1. C’est impressionnant !

    Répondre

  2. Impressionnant, je ne connaissais pas. Merci !

    Répondre

  3. Je trouve aussi la démarche touchante, même si je ne parviens pas à la comprendre. Mais… Je sais pas, ça m’embête de voir tous ces arbres enlaidis par des nipes. Je suis un monstre sans coeur :S

    Répondre

    1. Je suis aussi un monstre sans coeur alors ! #team

      Répondre

  4. Merci pour ces photos ! Un des polars de Ian Rankin évoque un autre clootie well et je me demandais vraiment à quoi ça pouvait ressembler en vrai. Me voilà comblé :)

    Répondre

    1. Oh, cool ! En effet il y en a plusieurs au Royaume-Uni, mais j’ignorais qu’il en était question dans un roman.

      Répondre

  5. C’est absolument fascinant comme endroit !

    Répondre

    1. Ouais, j’adore ! J’y retournerais bien, sans neige ça doit être fort joli aussi.

      Répondre

  6. Je ne sais pas si tu as lu « l’homme qui plantait des arbres » de Giono. C’est à peu près le seul bouquin de Giono que j’ai pu vraiment lire et apprécier. L’histoire me rappelle les arbres de ma vie, de mon adolescence. J’ai passé des longs moments à lire dans les chênes, les oliviers, puiser une force en eux, un réconfort. Il y’a quelque chose de puissant en eux qui peut effectivement ébranler nos esprits rationnels ou, au contraire, renforcer la conviction qu’on ne sais pas tout mais que tout peut s’expliquer.

    Je comprends donc pleinement ces ex-votos et ce lieu, il doit être très puissant. Merci du partage.

    Répondre

    1. Non, je n’ai jamais lu Giono. Je ne sais plus qui (Adrien, peut-être ?) me parlait du bouquin La vie secrète des arbres, qui paraît-il est très bien. J’y repense en lisant ton commentaire.

      L’histoire me rappelle les arbres de ma vie, de mon adolescence. J’ai passé des longs moments à lire dans les chênes, les oliviers, puiser une force en eux, un réconfort. Il y’a quelque chose de puissant en eux qui peut effectivement ébranler nos esprits rationnels ou, au contraire, renforcer la conviction qu’on ne sais pas tout mais que tout peut s’expliquer.

      Tout cela est très poétique ! Comme toi, je suis très sensible à la nature. Il y a quelque chose de magnétique et de bienfaiteur. On s’y recharge, comme une pile. Et quel bien-être mental quasi-immédiat !

      Je comprends donc pleinement ces ex-votos et ce lieu, il doit être très puissant.

      C’était en effet très puissant, et captivant. J’ai vraiment dû me faire violence pour repartir. J’y serais bien restée plus longtemps pour méditer.

      Répondre

  7. C’est à la fois poétique, fascinant, magique… et beaucoup de choses en fait. Je ne connaissais pas ce concept, même si je connais l’arbre de Brocéliande qui a plusieurs morceaux de tissus suspendus (mais pour une tout autre vocation – mes souvenirs sont flous).

    Répondre

    1. Je ne connaissais pas ce concept, même si je connais l’arbre de Brocéliande qui a plusieurs morceaux de tissus suspendus (mais pour une tout autre vocation – mes souvenirs sont flous).

      De quel arbre parles-tu ? S’agit-il du chêne à Guillotin ?

      Répondre

      1. Je ne me rappelle plus… Je ne pense pas que c’est le chêne de Guillotin. Mais mes souvenirs sont vraiment flous : je revois juste la photo de l’article. Impossible de me rappeler du nom ! (d’ailleurs, ça ne trouve, ce n’est pas à Brocéliande, mais il me semble que si). Je vais fouiner dans mes revues voir si je ne retombe pas sur l’article en question pour rafraîchir mes souvenirs !

        Répondre

  8. Il y a un côté fantomatique aussi, à ces vêtements vides des corps qu’ils abritaient… Un peu comme les maisons abandonnées où restent encore des meubles et des objets, qui se dégradent peu à peu….

    Répondre

    1. Quelle belle vision ! En effet, maintenant que tu le dis, il y a quelque chose de fantomatique dans ces vêtements et chaussures suspendus… et l’amas d’énergie qui y règne rend cette théorie assez plausible, en réalité !

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Billets adjacents