Il y a quelques jours, j’ai renversé ma tasse de thé sur mon clavier.

Cela a entraîné la mort de trois touches dont je me sers énormément.

Étant donné que je travaille à mon domicile, et que je passe au bas mot huit heures par jour devant mon ordinateur à clapoter sur mon clavier, il était indispensable que j’en rachète un, et vite.

J’ai reçu mon nouveau clavier ce matin : un Magic Keyboard d’Apple, sans fil, flambant neuf, très beau, et très cher aussi.

J’ai déballé la bête, prenant soin de décoller tous les petits papiers adhésifs avec soin (un de mes passe-temps préférés).

Je l’ai installé.

Et là, blague : trois touches du nouveau clavier ne fonctionnaient pas. C’était pas les mêmes que celles du clavier trempé, mais quand même. Les boules !

J’ai farfouillé autant que je pouvais dans les paramètres de mon ordi, mais rien n’y a fait. Les satanées touches refusaient de fonctionner.

C’est en lisant sur un forum que ce problème technique était dû à la version de mon OS, trop ancienne, que j’ai décidé de passer à High Sierra, mettant ainsi fin à des mois de procrastination à ce sujet.

50 minutes restantes. « Bon, et si j’allais me faire un thé ? » (Sans rancune.)

Et c’est alors, sans crier gare, que le flux de mes pensées a pris possession de moi, me plaquant sur mon fauteuil – m’écrasant, même.

39 minutes restantes. Mes pensées tournaient en boucle dans ma tête. Un truc clochait. J’avais les nerfs en pelote, mal au bide. J’avais envie de pleurer mais rien ne sortait.

Et puis, alors que j’étais en train de me dire que j’en avais marre de ressasser toujours les mêmes trucs, un rayon de soleil a percé par la fenêtre.

La sensation de chaud et de bien-être que j’ai ressenti à ce moment-là m’a donné l’énergie nécessaire pour sortir.

Prendre l’air.

Marcher, prendre des photos, chercher une géocache, n’importe quel prétexte pour mettre enfin le nez dehors et me changer les idées.

C’est fou tous les chouettes trucs qu’on voit quand on décolle enfin le nez de son nombril ordinateur.

Street art de Brez
Street art de Brez.
Ce chat
Ce chat s’appelle Abricot Célestin.

En marchant, beaucoup de nœuds se sont dénoués, les évidences ont afflué, et mon nez s’est enfin débouché. Le bonheur.

Au fond, peut-être est-ce ce thread de Museolepse, lu au réveil, qui m’a motivée à « me bouger le steak », après huit jours d’enfermement et de solitude aussi bien physiques que mentales.

J’ai décidé d’écrire et de publier ce billet après avoir failli supprimer tous mes arcanes cette nuit.

Finalement, j’ai estimé que ce serait bien injuste pour le temps et la ferveur que j’y ai consacré.

Par contre, j’ai pris la décision de ne plus écrire d’arcane à l’avenir.

Si j’ai quelque chose à dire de personnel et de suffisamment important (comme ce billet-ci, par exemple), alors je le publierai publiquement.

Tout d’abord parce que je n’ai plus aussi peur qu’il y a deux ans du jugement des autres à ce sujet. J’aimerais sincèrement leur dire : si vous n’aimez pas, ne lisez pas, et puis c’est tout. Laissez-moi faire ce que j’ai envie de faire, et gardez votre jugement pour vous : il ne m’intéresse pas. (Je pense que c’est pour ça que ce billet m’a autant parlé, d’ailleurs.)

Ensuite parce que je me connais, et je sais que l’épreuve de la publication publique servira de barrière invisible aux pensées trop sauvages qui ne se laisseront jamais domestiquer.

Je les garderai alors pour moi, ou pour des échanges plus intimes, des échanges IRL, puisqu’il semble très compliqué d’avoir « une chambre à soi » sur Internet.

Arrêter les arcanes me libère aussi de l’ingrate tâche de devoir choisir qui a le droit de lire ou pas, et de susciter de potentielles déceptions ou de vains espoirs (y compris pour moi-même).

Enfin, parce que je repense souvent à ce que quelques proches et ami·es m’ont dit quand je leur ai expliqué mon choix de mettre sur pieds un espace simili-privé sur le net :

Mais c’est triste, y’a plein de gens qui vont être privés de tes réflexions !

Moi, je préfère tout dévoiler car ça m’aide à me contenir et à être créative, pour réussir à m’exprimer mais de manière détournée. Mon blog, c’est mon œuvre.

Je n’irai jamais lire tes textes, ça me touche trop, je ne sais pas comment réagir à ce que je lis. Je suis perturbée par ce nouveau contrat de lecture, rien ne m’y a préparé·e.

Ne le prends pas mal, mais je ne me connecterai jamais pour aller lire tout ça. J’ai d’autres chats à fouetter.

ad lib.

Comme d’habitude, ces quelques retours dubitatifs m’ont coupé l’herbe sous le pied, et ont eu raison des réactions positives ou simplement neutres, qui étaient pourtant plus nombreuses.

(Je ne sais pas pourquoi on se focalise davantage sur la petite phrase, le petit doute, la micro-critique, plutôt que sur le tableau en entier, bien plus équilibré. Je n’en peux plus de cet auto-sabotage.)

Toujours est-il que j’ai décidé d’arrêter de publier des arcanes. Mais je continue à tweeter à l’abri, sur mon compte Twitter protégé, bien distinct de mon compte Twitter public, réservé à mon persona professionnel.

Créer de tels espaces safe de publication a été une sorte de « réflexe de survie », pour réussir à continuer à m’exprimer, artistiquement, émotionnellement, et intellectuellement sur le web, tout en me protégeant.

J’ai en effet eu besoin de me protéger, quasiment du jour au lendemain, parce que ma visibilité professionnelle commençait à générer des comportements particulièrement toxiques à mon encontre, émanant de certains confrères. (Le genre et l’accord de ce dernier mot sont importants.)

Outre ça, cela répondait également à un besoin de plus d’intimité, de proximité, et de confiance avec les personnes qui me lisent.

J’étais perdue au milieu de la foule, et très perturbée de réaliser que tant de gens, que je les connaisse ou non, me lisaient.

Encore aujourd’hui, je suis tétanisée quand je vois le nombre de personnes qui suivent mon compte Twitter professionnel. C’est comme si tout ce peuple était amassé dans mon appartement en permanence, et qu’il n’y avait plus la moindre place pour moi.

J’ai donc eu le réflexe de me protéger, de me cloîtrer, même. Un peu comme je l’ai fait ces derniers jours : un besoin intense de solitude, de silence, pour répondre aux pulsions nihilistes et paranoïaques que l’expérience m’a transmises, mais aussi pour soigner une grippe saisonnière dont je me serais bien passée. Du calme et du repos (ou presque).

Au creux de mes arcanes, bien protégée par mon compte Twitter privé, et après m’être enfin libérée d’un regard public et anonyme sur mes photos en protégeant mes comptes Instagram et Twitter, je me sentais, sincèrement et réellement, à l’abri.

Rennes – Prison des femmes, plaque en mémoire des résistantes déportées à Ravensbrück

Mais ce que je n’avais pas anticipé (et qui m’apparaît pourtant aujourd’hui, avec le recul, tellement évident), c’est qu’un autre péril couvait à l’intérieur même de ces alcôves, parmi des personnes que j’aime, que j’estime, et/ou en qui j’ai suffisamment confiance pour leur laisser les clés de ma « chambre à moi » virtuelle.

Je n’avais pas anticipé la menace de tourner en rond, ni celle de l’indifférence.

Mais de toutes, c’est la menace du jugement que j’avais inconsciemment choisie d’ignorer, coûte que coûte. Bien mal m’en a pris.

Alors me voici, aujourd’hui, par ce bel après-midi de printemps, à clapoter sur mon nouveau clavier.

Je fais le vœu, pour moi-même, de m’accrocher à cette pulsion qui me pousse, depuis 18 ans maintenant, à écrire, à créer, et à publier des trucs sur Internet.

Je me souhaite de continuer à écrire et à créer tout court, quoi qu’il m’en coûte.

Même quand je sens le jugement des gens que j’aime.

Même quand je n’ai aucune confiance en moi.

Même quand je considère ce que j’écris et ce que je crée comme la pire nullité du monde.

Je veux continuer à écrire et à créer, pour continuer à m’ouvrir et à me connecter aux celles et ceux que je n’ai pas la chance de fréquenter au quotidien, mais avec qui échanger, imaginer, fabriquer me donne des ailes.

Je veux continuer à contribuer, à mon échelle, à nourrir l’en-dessous poétique, brumeux et un peu cabossé du web.

Je veux continuer à défendre une indépendance éditoriale totale.

Je veux continuer à démontrer que, non, toutes les meufs qui bloguent ne sont pas des quiches. Et que oui, il y a du bon en ce monde, Monsieur Frodon, et il faut se battre pour cela.

Bien sûr, même les meilleures intentions du monde ne garantissent pas que je ne blesserai plus jamais personne, ou que je ne décevrai plus jamais personne, ou que tout le monde comprendra de suite ma démarche, loin de là.

C’est un risque que l’on prend, toutes et tous autant que nous sommes, à partir du moment où nous décidons de partager nos créations avec autrui.

À plus forte raison quand nous sommes soutenu·es de très près par des personnes que nous aimons et dont nous nous sentons proches.

Pour paraphraser quelqu’un que j’apprécie beaucoup, il y a, derrière tout·e « poster child », un être humain rempli de doutes, de blessures et de contradictions.

Je ne sais pas encore comment je vais gérer le fait de me remettre à publier des textes personnels publiquement.

Mon instinct m’encourage à ne pas annoncer la publication de ces textes-là sur les réseaux sociaux, pour commencer : ne les liront que celles et ceux parmi vous qui sont abonné·es pour recevoir des notifications (par RSS ou par email).

Je vais aussi empêcher l’indexation de ces billets-là par les moteurs de recherche. Tant que je pourrai réduire les probabilités qu’une personne totalement étrangère à mon univers découvre mon jardin secret par hasard, je le ferai.

L’essentiel pour moi maintenant est de bien garder en tête qu’il est impossible, techniquement et humainement, de garder quelque chose de simili-secret sur Internet.

Il faut donc là encore que je m’habitude à tourner bien longtemps et avec soin ma langue dans ma bouche, et que je réfrène mes doigts de clapoter plus vite que mon ombre.

Finalement, tout ça, ces choix, c’est de l’auto-censure. Et sincèrement, ça m’emmerde. Ça m’a toujours emmerdée. Mais, foi de designer, de la contrainte naît la créativité. Alors à moi de composer avec.

À part moi, je continue à lutter régulièrement contre l’envie de tout fermer – blogs, Twitter, Instagram, etc. – et de disparaître d’Internet.

Ma mort numérique me hante depuis des années, et plus le temps passe, plus je lis et plus j’observe les autres, plus le moment où cela arrivera me semble inéluctable.

Pour le moment, à chaque fois que mon doigt est sur le point d’appuyer sur le bouton fatidique, une petite voix intérieure réussit à me faire changer d’avis, me faisant culpabiliser de fuir et de détruire près de 20 ans de création.

Alors je tiens bon.

Je tiens bon.

À cause de – ou grâce à – une tasse de thé.

The only thing you have to know is that opening allows energy in, and closing blocks it out. Now you have to decide whether or not you want this energy. How high do you want to get? How much love do you want to feel? How much enthusiasm do you want to have for the things you do? If enjoying a full life means experiencing high energy, love, and enthusiasm all the time, then don’t ever close.

Michael A. Singer

k

Déjà 24 commentaires

  1. fooeleven

    5 mai 2018

    Comme souvent te lire m’émeut en tout cas tes choix seront toujours les bons du moment qu’ils reflètent tes envies,tes pensées et de ton intégrité
    Tiens tu viens de me donner envie de boire un thé qui sait cette tasse aura aussi de bonnes vertus pour moi

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    1. Merci ! 🖤

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  2. De la difficulté de concilier son envie de perfection (au sens très large) à la réalité d’un monde loin d’être parfait (pas toujours pour le pire). Du moins c’est comme ça que je ressens ton billet et qu’il résonne en moi.

    Je n’ose pas demander un accès aux espaces « réservés » de gens que je ne côtoie pas irl quand bien même je trouve leurs réflexions personnelles intéressantes par peur d’entrer dans un monde où l’intime soit trop engageant à la lecture et ma capacité à réagir pas suffisante (compréhension de la vie de la personne tronquée, instantanéité du web sous conditions…). Bref, je suis content de pouvoir lire plus de toi, mais quelque part j’appréhende aussi :) aussi, j’espère que tu ne m’en voudras pas si je me fais plus discret sur ceux-là bien que je les lirai très certainement.

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    1. Merci Mealin ! T’inquiète, je suis déjà contente que tu aies pris la peine de commenter ce billet-là.

      Après, pour ce qui est d’« appréhender » : tu me lis depuis longtemps, je crois ; sincèrement, je ne crois pas que mon style change tant que ça entre un billet escapade et un billet personnel, en vrai.

      J’ai encore du mal à définir dans quelle mesure certains retours qui m’ont été faits à propos des arcanes reflétaient plus un désintérêt global pour ce que j’écris, ou bien un malaise personnel vis-à-vis de moi, plus qu’un véritable problème posé par mes écrits. Quand j’en relis certains, je ne comprends toujours pas ce qui a pu être perçu de manière si vive par certaines personnes. Cela restera un mystère, je crois !

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  3. Tant de tes phrases entrent en résonance avec certaines de mes réflexions, de mes craintes, de mes pulsions « d’auto censure »… Merci pour tout ce que tu crées, partages ici <3. Et non, nous ne sommes pas toutes des quiches, et oui, il reste du beau dans ce monde :). Plein d'ondes amicales.

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    1. Merci Shaya ! 🖤

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  4. Philippe

    6 mai 2018

    Si M. Apple savait ce que pouvait déclencher ses mises à jours obligatoires…

    Peut-être… que dans ta vie numérique, le clavier est ta plume, ta voix… Et d’un coup elle a été contrainte, une contrainte qui a fait écho à une autre, latente, insidieuse, quotidienne. Ce genre de poids qu’on se traîne sur les épaules quasiment tout le temps, jusqu’à ce moment où les kilos deviennent des tonnes…

    Et ta réponse fut belle, tu es sortie, tu t’es imprégnée de la vie, juste pour toi, sans que d’autres le sachent, le suivent, te conseillent ou te critiquent.

    Qui n’a jamais eu de jardin secret, qui n’a jamais regretté qu’une telle personne ou une autre n’en fasse pas partie, ou au contraire : en fasse partie et nous blesse malgré tout, ou malgré elle.

    Je ne peux que te dire ce que je pense, je ne sais pas ce que ça vaut, si j’ai raison ou pas mais comme tu l’as dit : effacer ce que tu as produire serait détruire beaucoup de temps passé.

    Mais je peux comprendre ton besoin de l’enlever d’internet.

    Au pire, imprimes tes billets, avec leurs commentaires, ranges le classeur dans ton placard puis effaces tout. Ou fais toi une sauvegarde et enleves le site, pour un temps ou pour toujours.

    Quoique tu fasses, tu existeras en tant que toi. Un site, même très personnel ne te résumera jamais entièrement, c’est un aperçu de toi (de ce que tu as accepté de nous dévoiler) dans un contexte particulier.

    Je ne dis pas cela pour dénigrer ce que tu as pu produire, non jamais je n’oserai. Je le dis pour dénigrer les critiques émises sur tout cela.

    Ces personnes ne te connaissent pas, bien qu’elles puissent prétendre ce qui est mieux pour toi. Il est normal d’être touché par les critiques et les doutes quand le sujet est important pour nous, mais tu es plus forte que cela. Je vais même te dire : le fait de douter est la preuve que cela te tient encore à cœur.

    Nous avons tous notre lot de questions existentielles : suis-je à ma place ? Suis-je heureux ? Ai-je de vrais regrets ? Pourquoi n’ai-je pas… Et si… Oh oui, on a tous un tiroir qui déborde de « et si… ».

    Ce sont des questions auxquelles je ne pense pas avoir de réponse (je parle pour mon cas), mais je sais que des fois, nous cessons simplement de nous les poser.

    Donc tous ces doutes font probablement partis du jeu. On dit que le courage n’est pas de ne pas avoir peur, mais c’est d’avoir peur et d’y aller quand même.

    Tu es courageuse de faire ce que tu fais depuis toutes ces années, oser t’affirmer, c’est une partie de ta manière exister.

    Je vais oser dire que je t’admire pour cela, car combien d’ébauches de sites, de blogs ai-je fait, combien de textes ne sortiront jamais de leurs dossiers, combien de photos ne seront pas vues. Je ne sais pas si c’est par manque de courage, par flemme, ou si à mi-chemin j’avais tendance à faire la moitié restante dans ma tête seulement et cela semblait m’aller…

    Mais on n’est pas là pour parler de moi.

    Quoique tu décides, fais-le pour toi.

    En soit tu ne nous dois rien, ou plutôt si, tu nous dois une seule chose : reste fidèle à toi même, parce que c’est ça qui nous a fait venir et rester ici ;)

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    1. Merci beaucoup Philippe pour ton long commentaire. Cela m’a apporté du réconfort.

      Peut-être… que dans ta vie numérique, le clavier est ta plume, ta voix… Et d’un coup elle a été contrainte, une contrainte qui a fait écho à une autre, latente, insidieuse, quotidienne. Ce genre de poids qu’on se traîne sur les épaules quasiment tout le temps, jusqu’à ce moment où les kilos deviennent des tonnes…

      Exactement. M’exprimer sur le web a toujours été un véritable soulagement, étant de nature introvertie (si, si), et étant socially awkward de niveau 15. Au fil des années, j’ai noué beaucoup de liens grâce à Internet, en majorité à travers grâce à ce que j’écris.

      Et là, tout à coup, me rendre compte que ce que j’écris peut contribuer à dénouer certains de ses liens, qui plus est avec quelqu’un que j’aime beaucoup, est très douloureux. Retrouver cette sensation d’être incomprise, alors que rien ne peut exprimer mieux ce que je ressens que ce que j’écris, c’est déprimant. Je ne pensais pas revivre ce genre de situation à mon âge ! #mamieMarie

      …c’est une partie de ta manière exister.

      Oui, et je me demande dans quelle mesure cette « fusion » avec le web, cette nécessité de l’utiliser et d’y publier, est positif. Je reste objective, et je sais tout ce que je dois au net. Mais depuis trois ans je prends aussi la mesure de tout le mal que ça peut me faire. Et j’ai parfois du mal à gérer ce paradoxe.

      Quoique tu décides, fais-le pour toi.

      Merci pour ce conseil. En effet, je pense qu’il faut que je me ferme un peu aux critiques et aux doutes de certain·es proches (qui font bien plus mal que celles d’illustres inconnus), et que je fasse plus confiance à mon instinct et à ma créativité.

      Pour le moment, j’accuse encore le coup et je ne sais pas trop quelle tournure tout cela va prendre.

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      1. Philippe

        7 mai 2018

        Au fil des années, j’ai noué beaucoup de liens grâce à Internet, en majorité à travers grâce à ce que j’écris.

        Entre les forums, les BBS, les blogs, j’ai passé une grande partie de ma vie à échanger avec des inconnus… avec qui j’avais pourtant des points communs.
        Certains sont devenus de vrais amis, quelques uns le sont toujours… et font partie de mes plus vieux amis en fait.
        Parfois cela donne un sentiment bizarre, celui d’avoir sa sphère IRL et sa sphère Internet, avec trop peu de gens communs aux 2 et par conséquents trop peu de gens qui me connaissent entièrement…
        Mais ce sont effectivement 2 sphères qui peuvent faire des étincelles quand elles entrent en contact.

        Sinon, c’est le temps qui passe comme on dit, des fois les liens se dénouent comme un nœud qu’on aurait jamais resserré, quand ce n’est pas la corde qui s’use et qui rompt d’un coup.

        c’est déprimant. Je ne pensais pas revivre ce genre de situation à mon âge ! #mamieMarie

        Je ne sais pas s’il y a vraiment un age… C’est sûr que plus jeune, on prend tout à cœur, et tout change très vite mais au final on n’est pas obligé de changer.
        On pourrait devenir plan-plan, avoir une routine pour tout et ne plus prendre de risque, mais on s’enfermerait d’une certaine manière (je sais que c’est une vision clichée, mais c’est simplement pour dire que tu n’y es pour rien). Être toujours capable de s’émerveiller d’un rien, c’est aussi pouvoir être toucher tristement par autre chose. L’âge nous blinde mais avec certaines personnes on décide de baisser le bouclier (car il faut bien le poser de temps en temps), soit par pure confiance, soit parce qu’on accepte le fait d’être un jour blessé par cette personne.

        Bref, je ne vais pas refaire un pavé, sinon tu vas construire un mur avec toute mes briques. Le vieux proverbe dit que si l’eau du lac est agitée, il n’y a rien qu’on puisse faire pour la calmer, il faut juste attendre et on pourra de nouveau voir à travers.
        Il en va de même pour les pensées.
        (Je sais, c’est du kitchoune de niveau 12, mais j’assume ;) )

        :)

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        1. Parfois cela donne un sentiment bizarre, celui d’avoir sa sphère IRL et sa sphère Internet, avec trop peu de gens communs aux 2 et par conséquents trop peu de gens qui me connaissent entièrement…

          Absolument ! En fait je trouve plus bizarre de me rendre compte qu’une personne issue de ma sphère IRL et dont je ne suis pas suffisamment proche pour lui parler ouvertement de LLM découvre quand même mon blog, que rencontrer IRL une personne que j’ai longtemps connue sur le web.

          Cela dit, en ce moment, je me fais la réflexion qu’il est peut-être plus simple de s’éloigner voire de rompre les liens avec des personnes rencontrées sur le net, car elles vivent rarement au même endroit que toi (donc moins de risques de se croiser post-tempête), et puis la distance est inscrite numériquement dans l’ADN de toute relation nouée par ce biais.

          En tout cas, j’aime beaucoup cette métaphore de l’eau troublée. Coïncidence ? Un de mes proverbes préférés est Il faut se méfier de l’eau qui dort. Qui en est le pendant opposé ! Quand c’est trop calme, ce n’est pas toujours bon signe non plus (mais là, c’est ma paranoïa qui parle).

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  5. J’espère que tu arrêteras de créer sur le web le plus tard possible!
    Bisous!

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  6. Abonnement RSS activé ! (mais de toute façon je viens régulièrement vérifier par ici s’il y a du neuf)

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    1. Chouette ! Merci d’avoir activé ce lien invisible entre nous :)

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  7. Yapuka continuer à boire du thé, donc… Ce serait dommage de perdre ces circonvolutions réflexives si joliment illustrées -graphiquement, ce blog est magnifique- et les mines d’informations très intéressantes dont il regorgent si souvent !

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    1. Merci Diablotin ! Cela m’encourage beaucoup :)

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  8. C’est quand même dingue, j’aurais pu écrire la même chose. Certainement pas avec le même talent mais du moins avec les mêmes pensées ; se livrer sur Internet est un exercice très particulier. Tu lâches tes pensées sur une place publique avec le monde qui passe autour de toi et ne fait pas vraiment attention à toi, jusqu’à ce que tu attires l’oeil d’un.e ou deux égaré.e.s.
    J’ai commencé à bloguer « sérieusement » en 2006 et toutes ces années j’ai publié puis effacé bon nombre de textes qui parlaient de moi, ma vie, mon oeuvre. Des choses très personnelles parce que j’avais un cruel besoin de m’exprimer mais je ne savais pas trop comment m’y prendre. L’écriture me semblait cohérente. Je n’ai pas changé d’avis mais je m’auto-censure depuis plusieurs mois désormais, et bien que je m’épanche depuis quelques temps sur un compte Twitter secret avec quelques rares followers trié.e.s sur le volet, ça me manque. Depuis le début de l’année je suis en train de littéralement changer de vie, j’aimerais avoir le courage et la ténacité d’écrire là-dessus, ça me paraît d’utilité publique. Quelle angoisse néanmoins.

    PS : j’aime particulièrement Abricot Célestin et sa posture.

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    1. Merci Lucie !

      Je n’ai pas changé d’avis mais je m’auto-censure depuis plusieurs mois désormais, et bien que je m’épanche depuis quelques temps sur un compte Twitter secret avec quelques rares followers trié.e.s sur le volet, ça me manque. Depuis le début de l’année je suis en train de littéralement changer de vie, j’aimerais avoir le courage et la ténacité d’écrire là-dessus, ça me paraît d’utilité publique. Quelle angoisse néanmoins.

      Y a-t-il eu un évènement particulier qui t’a « coupé les pattes » à ce sujet ? Sinon, à quoi est dû selon toi cette inhibition ? Jusqu’à présent, les cas de copaines bloqué·es à ce sujet l’étaient à cause du lien ténu entre leur identité/pseudonyme numériques, et leur identité professionnelle. Mais je n’ai pas l’impression que ce soit la raison de ton auto-censure à toi (il me semble que tu ne communiques que sous pseudo, et je ne crois pas avoir jamais lu ton véritable nom nulle part).

      Que penses-tu d’avoir un blog privé ou semi-privé, à la façon d’un Twitter privé, dont tu réserverais la lecture à quelques très proches triés sur le volet ? Bon, je serais bien en mal de plaider en la faveur d’une telle possibilité, m’était moi-même cassé les dents à ce sujet. Ceci dit, plus le temps passe plus je me dis que je m’y suis sans doute mal prise, que j’ai mal communiqué auprès des très proches sur le sens de ce que je publiais en privé, etc. En bref : je continue à penser que nourrir un autre niveau de lecture (que ce soit des billets privés, ou carrément un autre blog, voire carrément une autre identité numérique) peut être une solution, si ce qui t’inhibe c’est la peur du jugement de certains « profils » de lecteurs·ices.

      Personnellement, je trouve dans ton blog (que je n’ai découvert qu’il y a quelques mois d’ailleurs, où étais-je tout ce temps) ce que j’adore dans un blog : la spontanéité, la franchise, les choix culturels et musicaux tranchés et argumentés, et énormément de personnalité. Je me rends compte à quel point j’ai moi-même gommé (et continue à gommer) mes « aspérités ». Même si je trouve spontanément refuge dans l’écriture quand j’ai un coup de sang, ou quand une réflexion me colle un peu trop à fleur de peau, quand je relis ces brouillons, je me dis que je m’engage et me dévoile trop, et surtout que ce que j’écris, même si « codé », pourra fort bien être compris par les personnes dont je parle. Et la perspective que cela crée un énième pataquès (qu’il se produise ouvertement ou non) est précisément ce qui m’a fait effacer et continue à me faire effacer tant et tant de lignes.

      Je tiens différents carnets pour continuer à m’épancher (même en quelques mots – d’ailleurs je suis toujours admirative de voir ce que ma mémoire rattache aux choix de certains mots), mais il est vrai que parfois, on aimerait bien pouvoir écrire et publier dans la foulée, laisser son cœur éclater en public, jeter violemment cette énième bouteille à la mer, sinon dans l’espoir que quelqu’un la trouve, du moins pour se consoler soi-même.

      Je pense que l’auto-censure numérique n’est pas uniquement négative ; à titre personnel, elle m’a souvent empêchée de publier des trucs qui étaient tout compte fait un peu trop salés (en les relisant à tête reposée, je suis parfois tellement soulagée d’avoir résisté à la tentation d’appuyer sur le bouton « Publier »). Mon « radar à emmerdes » fonctionne en général très bien, et je laisse toujours une nuit ou plus me porter conseil. Et ça fonctionne bien, surtout quand le prétexte à mon auto-censure concerne le bien-être d’une personne à laquelle je tiens et à laquelle je n’ai pas envie de causer du mal ou de la tristesse.

      Par contre, si je m’auto-censure pour une raison vague et non identifiée, à propos d’un sujet qui me ronge depuis des mois, hé bien c’est beaucoup plus embêtant. Je finis par trouver le courage d’en parler, mais bien plus tard, ma réflexion ayant généralement mûri grâce au temps passé. On en revient une fois encore au courage que demande la création.

      À ce sujet, voici une citation de Brené Brown que je relis parfois quand j’ai envie de parler d’un « sujet qui fâche » qui me touche de près mais que j’hésite :

      The only option with our stories is to own them or telling them. I also believe we share these stories with people who earned the right to hear them. The only stories I share with the public in my writing or in my speaking are stories that I have really processed. Here’s the limit test for me. I really process these stories. And my healing is not contingent on your understanding of these stories. Your healing is not contingent on the public receiving it. (…) When you share your story before processing it in therapy, before you heal, it’s not giving and generous for the people hearing it and receiving it, and it’s really abusive to yourself. You’re not ready. (…) Often people are prescribed to put it out there, in order to get rid of it. you can share the story when the healing doesn’t depend on the response.

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  9. Je trouve ça chouette que tu décides de publier ces billets plus personnels publiquement parce que je suis certaine que ça peut résonner chez certaines personnes.

    Je n’ai jamais trouvé le contenu de tes arcanes dérangeants/violents ou trop crus. C’est une bonne chose de ne pas toujours polir son discours ou ses émotions pour éviter de froisser les gens à mon avis.

    J’aime lire ce genre de billets pas pour rentrer dans l’intimité de la personne qui l’écrit, mais parce qu’ils peuvent me révéler des choses sur ce que je ressens parfois confusément sans arriver à mettre des mots dessus. L’éclairage extérieur est parfois salvateur pour ne pas tourner en rond.

    Longue vie à LLM ! J’espère que tu continueras à écrire et à créer très longtemps :)

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    1. Merci pour ton retour, Llu !

      Je n’ai jamais trouvé le contenu de tes arcanes dérangeants/violents ou trop crus. C’est une bonne chose de ne pas toujours polir son discours ou ses émotions pour éviter de froisser les gens à mon avis.

      En te lisant, je m’aperçois que ce ressenti vis-à-vis des arcanes est très différent d’une personne à l’autre, en fonction des liens différents qui nous unissent… Ces temps-ci, je vis avec la légère inquiétude de m’être affolée à tort à cause du ressenti à fleur de peau d’une ou deux personnes, alors que l’écrasante majorité des autres lecteurices ne se plaignaient pas et trouvaient ça même plutôt chouette.

      Mais c’est mon mode de fonctionnement : tout ou rien… Alors pas de regret. Cette expérience m’a appris plein de choses, c’est tout ce qui compte.

      L’éclairage extérieur est parfois salvateur pour ne pas tourner en rond.

      Alors ça c’est bien vrai ! D’ailleurs c’est la raison même pour laquelle je m’obstine encore, à mon grand âge, à partager mes pensées sur les Internets…

      Longue vie à LLM ! J’espère que tu continueras à écrire et à créer très longtemps :)

      Aww 🖤 Merci !

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  10. Je ne sais pas ce qui nous pousse à rester précisément scotchés devant l’ordi précisément dès qu’un téléchargement ou une installation s’enclenche, mais ça me le fait aussi ! C’est un peu idiot de se laisser absorber si facilement.

    Les comportements évoluent trop sur le net pour ne pas recentrer de temps à autre son point de vue sur son lectorat, sur sa visibilité etc. Quand tu écris Tant que je pourrai réduire les probabilités qu’une personne totalement étrangère à mon univers découvre mon jardin secret par hasard, je le ferai, parles-tu de personnes qui ne te connaissent pas au préalable ou de gens qui n’ont pas de centres d’intérêts communs ? Je me demande car personnellement le premier point ne me gênerait pas (au contraire), le second oui (surtout si la personne galvanisée par l’habitude des réseaux de donner son opinion sur tout me sort un avis-minute… non, merci) (ou alors que son argumentaire ne soit qu’une redite de l’avis qui domine, et qui serait déjà mien s’il me convenait, duh).

    Je suis d’ailleurs assez nostalgique de ce stalking anonyme à des kilomètres de distance, comme autant de micro-fictions à lire. Écrits innocents de l’époque où on ne pensait certainement pas au regard de son entourage, et qu’on n’arrivait pas à être pudique pour d’abstraits inconnus. Peut-être qu’avec bien plus de réserve tes billets post-arcanes se rapprocheront plus de cet esprit. De toutes façons, j’ai toujours déploré l’explosion de verrous de cette dernière décennie — bien que les tiens aient été institués lors d’une vraie démarche, et n’ont rien à voir avec le verrouillage par défaut propagé par Face et autres plateformes de forum. Je vois partout que Book et cie poussent les gens à se recentrer sur leurs familles et amis, en quoi est-ce mieux que le modèle où on nous mélange avec les marchands ? Se retrouver à faire avec les outils numériques la même chose que dans la vraie vie ? Redondant, et quel gaspillage de ressources.

    Je salue ton engagement, car je maudis le démon de l’effacement qui a soustrait de mon regard beaucoup d’espaces auxquels j’étais attachée ! En tout cas mon manque latent de commentaires ne découle pas du tout d’une quelconque indifférence. C’est en réalité bien plus simple : 1) De grandes phases binaires travail-jeu, de longs déplacement déconnectés 2) Je ne suis pas à l’aise sur mon bureau 3) Plusieurs heures me sont nécessaires par commentaires (si celui-ci a l’air décousu, voilà l’explication). Résultat sporadique donc, mais sache que je lis et que je compte toujours écrire (même larguée) !

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    1. Les comportements évoluent trop sur le net pour ne pas recentrer de temps à autre son point de vue sur son lectorat, sur sa visibilité etc.

      Exactement ! Tu mets sur mon ressenti des mots clairs. Ajouté à cela que je suis une véritable éponge : je suis tellement de monde par blogs et réseaux sociaux interposés que je finis par m’imbiber un peu trop des idées et des univers qui ne sont pas les miens. Pour charmants qu’ils soient, ce ne sont pas les miens, et comme tu dis, ce genre de « crise » répond sans doute au besoin de m’isoler un moment pour cogiter et me concentrer à nouveau sur ma propre démarche. Qui est la mienne, pas celle d’autrui – et c’est peut-être la raison pour laquelle il y a eu tant d’incompréhensions de part et d’autre.

      Quand tu écris “Tant que je pourrai réduire les probabilités qu’une personne totalement étrangère à mon univers découvre mon jardin secret par hasard, je le ferai”, parles-tu de personnes qui ne te connaissent pas au préalable ou de gens qui n’ont pas de centres d’intérêts communs ?

      De gens qui n’ont pas de centres d’intérêt communs, ou de sensibilité commune, mais qui, comme tu dis, fourrent leur nez partout alors qu’on ne veut pas de leur avis ! Pour moi, « sentir » si on peut ramener sa fraise ou pas sur tel ou tel sujet, auprès de tel interlocuteur ou telle interlocutrice, cela demande déjà beaucoup de sensibilité personnelle.

      Mais en remettant sur pied LLM (c’était justement une période où je sortais de plusieurs épisodes de trollage intensif), j’ai bien réfléchi, et j’ai décidé que si quelqu’un déboule, met les pieds dans le plat et me prend la tête, je le dégagerai tout simplement. C’est la raison pour laquelle les commentaires sont modérés a priori, je ne veux plus de mauvaise surprise.

      Je suis d’ailleurs assez nostalgique de ce stalking anonyme à des kilomètres de distance, comme autant de micro-fictions à lire. Écrits innocents de l’époque où on ne pensait certainement pas au regard de son entourage, et qu’on n’arrivait pas à être pudique pour d’abstraits inconnus.

      J’y repense souvent aussi… Pour ma part, je réalise que se livrer un peu trop crûment sur le net donne beaucoup trop de pouvoir aux personnes qui nous lisent. Il faut qu’elles méritent de lire ce genre de contenus. Et nous, nous devons prendre soin de nous et ne pas livrer nos émotions en pâture, avant de les avoir bien digérées. Sinon, il se passe ce qui m’arrive régulièrement :

      1. j’écris et publie un texte à chaud, sur un sujet qui me tient énormément à cœur ;
      2. n’importe quelle personne momentanément malveillante vient lâcher sa petite remarque désagréable à ce sujet ;
      3. cela me plonge dans une profonde mélancolie à tendance auto-destructrice.

      Or, être triste, ruminer ou perdre confiance en moi à cause d’Internet, je ne le veux plus ! Donc, je dois (encore) trouver un moyen de concilier l’envie irrépressible d’écrire et de partager, et la préservation de mon équilibre mental.

      Pour que l’avis de parfaits inconnus – mais aussi des personnes auxquelles je tiens, mais qui ne me comprennent pas toujours complètement – ne me blesse plus.

      Je salue ton engagement, car je maudis le démon de l’effacement qui a soustrait de mon regard beaucoup d’espaces auxquels j’étais attachée !

      Tout pareil… Il y a eu quelques blogs géniaux qui ont fermé ces derniers temps, autant de douloureux petits drames dont j’ai du mal à me remettre (et ça, seuls les gens comme toi et moi qui hantent Internet depuis des lustres peuvent le comprendre).

      En tout cas mon manque latent de commentaires ne découle pas du tout d’une quelconque indifférence. C’est en réalité bien plus simple : 1) De grandes phases binaires travail-jeu, de longs déplacement déconnectés 2) Je ne suis pas à l’aise sur mon bureau 3) Plusieurs heures me sont nécessaires par commentaires (si celui-ci a l’air décousu, voilà l’explication). Résultat sporadique donc, mais sache que je lis et que je compte toujours écrire (même larguée) !

      Aww merci pour ces précisions, mais tu sais : je sais ! (Et le temps que ça prend, et le fait de ne pas être toujours disponible pour cela. Cf. le temps que j’ai mis à te répondre cette fois encore.) Et je ne m’inquiète pas ! Donc sois tranquille. :) C’est toujours une grande joie de voir ton nom et tes tartines apparaître, et l’effet de surprise rend la chose encore plus savoureuse !

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  11. 💜

    Je me suis aperçue récemment que certaines proches gère mal émotionnellement certains sujets « introspectifs » (à défaut de trouver un autre mot), qui sont parfois perçus comme invasifs, voire agressifs, car inattendus. De mon expérience, cela peut mener à de l’incompréhension, de l’éloignement, ce qui est douloureux des deux côtés, car on n’a rien fait pour déclencher cela, ci ce n’est « être soi ». J’imagine qu’adopter une écriture plutôt libre et personnelle sur le web peut également déclencher ce type d’incompréhensions (même si j’ai moi aussi tendance à penser « si ça ne vous plait pas, ne lisez pas »).

    Concernant le fait de suivre tes arcanes par flux RSS, je me suis aperçue que je ne parviens plus à suivre les sites, blogs et webzine que j’aime lire par ce biais, je n’ai plus le réflexe d’ouvrir l’application/le service. Je pense que c’est aussi lié à la modification de mon approche de « consommation » du web, et du numérique en général. J’apprécie de plus en plus de lire, travailler, écrire, en mode asynchrone ; l’obsession d’être systématiquement connectée au quotidien, minute par minute, pour ne rien perdre de l’actualité de tou·te·s m’épuise de plus en plus et je n’y vois plus aucun intérêt. Concernant mes lectures hors-boulot, j’aime beaucoup « tomber » sur un site que je n’ai pas consulté depuis un moment et découvrir que plusieurs articles y ont été publiés, et encore mieux, commentés – comme sur La Lume Mauve, donc. Je peux ainsi lire l’article de l’auteur·e & les enrichissements de sa communauté, c’est toujours un joli moment ; d’autant plus qu’ils « tombent » souvent lors de temps de pause ou de flânerie : j’ai le temps de lire, voire de relire, pour m’imprégner des textes et y réfléchir.

    Concernant l’effacement d’univers numériques, j’ai un site en semi-hiatus que je pourrais (devrais ?) supprimer sans pouvoir m’y résoudre. J’ai lu il y’a quelques temps des tweets d’une fanzineuse bordelaise (Tanx) qui se réjouissait de voir des fanzines & fanzineux·ses repointer le bout de leur nez, après des mois, parfois années, sans publications. Et plutôt que de dire que ces fanzines sortait de leur hiatus, ou renaissaient, ou tout autre terminologie impliquant un arrêt temporaire ou définitif, elle disait qu’ils s’agissait simplement d’un nouveau numéro, la régularité n’étant pas de mise dans le fanzinat. Je repense souvent à cette réflexion depuis que je l’ai lue, et je l’aime beaucoup, je la trouve dé-culpabilisante & me sens moins illégitime à envisager de nouvelles choses pour mon webzine dans les mois à venir et à célébrer ses 10 ans, sans me dire « oui mais pendant ces dix ans il y’a eu des périodes creuses blablabla ».

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    1. Merci pour ce beau commentaire !

      Je me suis aperçue récemment que certaines proches gère mal émotionnellement certains sujets « introspectifs » (à défaut de trouver un autre mot), qui sont parfois perçus comme invasifs, voire agressifs, car inattendus. De mon expérience, cela peut mener à de l’incompréhension, de l’éloignement, ce qui est douloureux des deux côtés, car on n’a rien fait pour déclencher cela, ci ce n’est « être soi ».

      Exactement ! Tu as formulé mon ressenti de manière bien plus claire.

      C’est très douloureux quand cette incompréhension émane de personnes qui sont précisément celles censées comprendre. Ça me donne la sensation d’un wagon qui se décroche… 

      L’autre truc qui me vient à l’esprit, à nouveau, c’est cette espèce de tabou autour de l’expression de la tristesse, de la mélancolie, voire pire, sur Internet ; à l’opposé duquel se trouve l’injonction permanente au fun, au léger, au meme, à la déconne, largement véhiculé par les réseaux sociaux (en ça, le format blog appelle quand même plus à des contenus plus conséquents et travaillés).

      Il faut que tout, partout, tout le temps, nous divertisse, nous sorte de notre propre torpeur. Je trouve ça abominable comme idée : même si j’apprécie comme tout le monde de me fendre la gueule, j’apprécie aussi les modulations dans le ton de la voix, la vaste palette des émotions, le fait d’avoir le courage de dévoiler plusieurs facettes de sa personnalité – sortir de son propre cliché, en fait.

      Sinon, se passe ce qui se passe avec plein de blogueuses et de blogueurs : ils et elles finissent par lâcher l’affaire, prisonnier·es de leur propre personnage.

      À titre personnel, cela m’emmerderait royalement d’être cantonnée à ne publier que des billets feel-good ; ou, a contrario, de devoir à tout prix poster des trucs ultra gothiques, pour ne pas nuire à l’image que certain·es se font de moi.

      En réalité, nous sommes des êtres multiples, sensibles, paradoxaux – je ne vois pas bien pourquoi ce qu’on publie devrait suivre une règle unique ?

      En outre, je trouve ça démotivant au possible de m’entendre dire de la part d’une personne proche, à qui je me suis beaucoup confiée, que lire mes confidences arcaniennes représentent un poids pour elle. C’est donc que ce sont mes confidences tout court qui posent problème, pas vraiment le format. On voudrait signifier à quelqu’un la fin d’une amitié que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

      Concernant le fait de suivre tes arcanes par flux RSS, je me suis aperçue que je ne parviens plus à suivre les sites, blogs et webzine que j’aime lire par ce biais, je n’ai plus le réflexe d’ouvrir l’application/le service. Je pense que c’est aussi lié à la modification de mon approche de « consommation » du web, et du numérique en général. J’apprécie de plus en plus de lire, travailler, écrire, en mode asynchrone ; l’obsession d’être systématiquement connectée au quotidien, minute par minute, pour ne rien perdre de l’actualité de tou·te·s m’épuise de plus en plus et je n’y vois plus aucun intérêt.

      Je comprends tellement !

      Concernant mes lectures hors-boulot, j’aime beaucoup « tomber » sur un site que je n’ai pas consulté depuis un moment et découvrir que plusieurs articles y ont été publiés, et encore mieux, commentés – comme sur La Lume Mauve, donc. Je peux ainsi lire l’article de l’auteur·e & les enrichissements de sa communauté, c’est toujours un joli moment ; d’autant plus qu’ils « tombent » souvent lors de temps de pause ou de flânerie : j’ai le temps de lire, voire de relire, pour m’imprégner des textes et y réfléchir.

      Oui, je comprends bien : un temps à soi, dédié au « ne rien faire », juste à lire et à découvrir, flâner, rêver… Bien loin du matraquage des réseaux sociaux.

      Et plutôt que de dire que ces fanzines sortait de leur hiatus, ou renaissaient, ou tout autre terminologie impliquant un arrêt temporaire ou définitif, elle disait qu’ils s’agissait simplement d’un nouveau numéro, la régularité n’étant pas de mise dans le fanzinat. Je repense souvent à cette réflexion depuis que je l’ai lue, et je l’aime beaucoup, je la trouve dé-culpabilisante & me sens moins illégitime à envisager de nouvelles choses pour mon webzine dans les mois à venir et à célébrer ses 10 ans, sans me dire « oui mais pendant ces dix ans il y’a eu des périodes creuses blablabla ».

      Ouais… Là encore, on intériorise beaucoup des injonctions à la régularité (ça me fait penser à la pression concernant l’activité physique, ou des fruits et des légumes, ou de… ad lib.).

      On n’est pas des machines !

      On n’est pas des machines à produire du contenu à la chaîne, à entretenir une espèce de logorrhée sinon narcissique, du moins monomaniaque. Bloggers have feelings, too.

      Et je crois qu’en effet, on devient bien souvent son propre bourreau, faute de pouvoir prendre suffisamment de recul sur « tout ça ».

      Voici les réflexions que je me fais régulièrement en ce moment, alors que je suis déprimée et que j’ai souvent envie de tout arrêter, sont les suivantes :

      • est-ce que mon blog est nécessaire à la survie de l’humanité ? Clairement non ;
      • est-ce que j’ai cette pulsion créative en moi de partager « mes trucs », même si le monde entier s’en tape ou ne comprend pas ce que j’essaie de dire ? Oui.

      Donc voilà où j’en suis : faire ce que je fais avant tout pour moi, parce que cela me procure du plaisir, un objectif, des souvenirs ; et ne rien attendre des autres (ou, en tout cas : en attendre moins).

      Merci encore pour cet échange !

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