Ce billet fait suite à Émois en photos : année blanche, année noire — 2 : distance.

The uncool kid

Je me surprends parfois à ressentir de la rancœur quand je réalise l’impact très limité de ce que je publie.

J’écris depuis 21 ans de manière bénévole, sans compter mes heures, que ce soit sur La Lune Mauve ou ailleurs.

Je jongle avec mes obligations quotidiennes et cet engagement numérique, que personne ne m’oblige à prendre, certes, mais que je m’impose à moi-même, parce que découvrir des artistes, des œuvres et des endroits fabuleux puis en parler est ma raison de vivre.

C’est un bonheur et un privilège pour moi d’évoluer dans ce Neverwhere, et de me sentir connectée à une petite communauté impliquée et réellement bienveillante.

Mais je ressens parfois de la frustration face aux projets et aux personnalités médiatisées, au-delà desquelles on n’existe tout simplement pas.

J’ai l’impression que ce sont toujours les mêmes personnes qu’on entend, qu’on voit et qu’on lit sur les mêmes sujets : des gens qui ont du talent, c’est certain, mais qui ont surtout un gros réseau.

Dans une autre vie, peut-être que moi aussi, j’aurais pu voir mon travail percer si j’éditais un média plus noble qu’un blog. Par exemple : si j’éditais un livre, une revue ou un podcast.

Pardon, je précise :

  • si j’éditais un livre édité par une maison d’édition réputée, et pas un livre autoédité vendu uniquement au format numérique sur mon site perso ;
  • et/ou si j’éditais une revue ou un podcast et que j’étais une professionnelle ayant le réseau et les ressources pour informer le monde entier que ces projets existent, et pas une revue ou d’un podcast fabriqués avec trois bouts de ficelle.

Je ne pèserai jamais dans le game non plus tant que je n’aurais pas des dizaines de milliers d’abonné·es sur Instagram.

C’est la condition sine qua non pour mériter l’attention des journalistes et des curateurices, semble-t-il.

Pour percer, il faut jouer le jeu médiatique à fond : être partout, tout le temps, en drainant autrui et la planète de leur énergie vitale.

La curation, ce travail ingrat

Je vis le monde du blogging et de la micro-édition indépendante de l’intérieur depuis deux décennies.

J’ai non seulement écrit des kilomètres d’articles culturels et techniques, édité un webzine alternatif co-écrit par une quinzaine de personnes, mais aussi fréquenté de nombreuses personnes qui ont accompli, et accomplissent encore, au moins autant que moi, et souvent bien plus encore.

Pour autant, quelqu’un s’intéresse-t-il à ces décennies de travail de niche et bénévole fourni, en particulier par des femmes et des personnes queers ? Non.

Le temps de parole disponible est déjà occupé par des personnes considérées comme « influentes » et adoubées par d’autres personnes influentes.

Toujours les mêmes personnes à qui l’on demande leur avis, que l’on invite à co-signer des tribunes, que l’on sollicite pour participer aux podcasts tendance. Ce sont elles encore dont on lit les articles dans les nouvelles revues féministes, ou qui préfacent les nouvelles sorties littéraires.

Mais si ces personnes sont influentes, c’est précisément parce qu’elles sont sollicitées par les médias sans arrêt.

Dans son livre Le Génie lesbien – qui est d’une brillance ! Je vous en reparlerai –, Alice Coffin cite cette phrase de Bourdieu : La télévision qui prétend être un instrument d’enregistrement, devient instrument de création de la réalité. (Je surligne.)

C’est toujours vrai aujourd’hui : ce sont les médias qui créent l’influence. L’influence supposée d’une personne ou d’un collectif n’existe pas tant que le « sceau » médiatique de Personne·s Qui Compte·nt© n’a pas été obtenu.

Personnellement, je reçois très peu de signes en ma direction de la part de personnes qui ont de grandes communautés et qui éditent des médias féministes, même si je parle souvent de leurs œuvres et de leurs publications, moi.

Je ne fais même que ça, au fil de ma revue de web et de mes partages réguliers sur les réseaux sociaux.

Or je constate que je ne suis pas assez « influente » pour mériter plus qu’un double-tap : je vaux un « Marquer comme lu », mais rarement un « Merci du fond du cœur, tiens j’en profite pour faire connaître ton travail à ma communauté gigantesque ».

C’est comme si le fait que je partage ce que font les autres allait de soi ; comme si ce n’était pas un effort ni un travail que je fournissais pour les autres.

La curation sur le web est un travail ingrat : on contribue à l’émergence de talents, mais ce travail de recherche, d’écriture et d’édition n’est pas reconnu en tant que tel.

En plus de ça, je milite en faveur d’un féminisme intersectionnel, je suis probablement pan et j’édite un blog personnel : trois tares évidentes.

Qu’importe le fait que La Lune Mauve est l’un des plus vieux blogs alternatifs français. Le fait d’éditer « seulement » un blog est un facteur discriminant sur l’éventuelle reconnaissance que mon travail pourrait récolter.

À plus forte raison parce que je ne bénéficie d’aucun réseau professionnel dans le monde de la presse et de l’édition d’une part, et parce que je refuse de délaisser mon blog au profit des réseaux sociaux d’autre part.

Trampoline pour l’ego

Dans ce contexte, je me délecte de chaque miette de reconnaissance que l’on m’accorde : quand on partage une de mes illustrations dans une story sur Instagram, quand mon dernier billet fait réagir, ou encore quand mes dessins récoltent des cœurs. Ça me fait du bien de sentir que mon travail est « vu » et reconnu.

Mais j’observe que ces partages et ces cœurs émanent rarement des « gros comptes » qui me suivent.

En général, les personnes ayant de grosses communautés ne partagent mon travail qu’à une seule condition : il faut que mon travail parle d’elles, et de leur travail à elles. Et, exclusivement, s’il vous plaît.

Par exemple, si j’ai le malheur de citer un « gros compte » parmi d’autres comptes au sein d’un tweet, je tire alors un trait sur un potentiel retweet de sa part.

Ou bien, lorsque je cite le projet d’une artiste connue dans ma revue de web, le fait que ce soit mélangé à d’autres sujets empêchera souvent cette artiste de partager mon billet. Etc.

Les aristocrates du numérique ne daignent relayer mes publications que lorsque je parle de ce qu’iels vendent.

Si ces personnes estiment qu’une de mes publications fait office de bonne publicité pour leur travail, alors il arrive qu’elles la partagent auprès de leur communauté : deux publicités pour le prix d’une, pourquoi s’en priver ?

La sincérité de leur intérêt pour mon travail se mesure au nombre de fois où je parle de leurs projets.

C’est ça la valeur, dans ce système. On invoque le féminisme et l’adelphité à tout bout de champ, mais ce qui compte en réalité, c’est la visibilité – et souvent, l’argent – que les autres nous rapportent.

Je perçois tout ça comme un manque de gratitude, voire comme une forme d’hypocrisie.

Ce n’est pas de la gratitude que de partager des contenus créés par d’autres s’ils parlent uniquement de soi et de ses projets : non, c’est une énième façon de parler de soi grâce aux autres, relégués au rang de trampolines pour l’ego.

Dans ce système, mon travail n’a pas de valeur en tant que tel : il n’a de valeur que parce qu’il en apporte au travail fourni par d’autres.

Certes, c’est la raison d’être du partage et de la curation. Seulement, quand je valorise des projets qui ont déjà toute la visibilité nécessaire, je n’en valorise pas d’autres qui émergent à peine, et dont les auteurices seraient peut-être plus aptes à exprimer de la gratitude que les Personnes Qui Comptent, sans doute habituées à l’attention qu’elles suscitent.

Atteindre un certain échelon de célébrité donne-t-il la licence d’ignorer le petit peuple qui contribue à notre visibilité ?

Féminismes et gatekeeping

Mais bon, à la rigueur, le manque de reconnaissance de mon blog, ce n’est pas très grave.

En revanche, qu’une initiative comme Polysème Magazine soit sciemment ignorée par les médias et les figures de proue du « féminisme de métier », ça me questionne.

[Note : je me permets d’en parler car je soutiens Polysème depuis 2018, et ai décidé de rejoindre l’asso il y a peu.]

Pour rappel, Polysème est une association et un magazine féministe, artistique et indépendant créé en 2018, et disponible aux formats papier et numérique. Polysème visibilise le travail d’artistes femmes, hommes trans et personnes trans non-binaires.

Ce projet, créé et édité par La Fille Renne et Raphaëla Icguane, est régulièrement « shadow banned » des réseaux sociaux (c’est-à-dire masqué de manière arbitraire par les algorithmes de ces plateformes), mais aussi, et ça m’attriste davantage, invisibilisé au sein même de nos propres réseaux féministes.

Est-ce l’approche intersectionnelle et queer de Polysème qui gêne ? (Question purement rhétorique.)

Reconnaissons-le : les initiatives féministes qui réussissent à capter l’attention des médias relèvent en général d’un féminisme bourgeois, blanc, cisgenre, hétérosexuel, valide et urbain.

Dans ce contexte, Polysème détonne, forcément.

Les messages alternatifs et complémentaires portés à bout de bras par des bénévoles, souvent précaires et méconnu·es, ont du mal à émerger, a fortiori s’ils sont édités en petit nombre et à un rythme digérable, compatible avec l’énergie et les moyens des personnes qui les produisent comme de celles qui les consultent.

J’ai déjà parlé de l’entre-soi considérable qui existe entre les journalistes, auteurices, artistes, chercheuses et chercheurs féministes ayant l’attention des médias, et qui en sont souvent issu·es d’ailleurs.

Iels se connaissent souvent, se relayent les un·es les autres, créant (à leur insu ?) un nouveau plafond de verre contre lequel les petites assos comme Polysème peuvent difficilement lutter.

Qu’importe le nombre de communiqués de presse, de prises de contact, de mentions et de messages sur les réseaux sociaux : depuis trois ans, Polysème continue d’être ignoré par les gardien·nes du temple (gatekeepers).

Par exemple, les articles consacrés aux nouveaux médias féministes, et en particulier aux magazines, ont fleuri depuis un an.

Je pense notamment à Poésie, marges, sororité : 8 revues et zines à découvrir de Manifesto XXI, ou La Déferlante, Gaze, Elle, Marie-Claire : la presse féministe et/ou féminine fait sa révolution paru dans Le Journal du Dimanche.

Pour autant, y croise-t-on Polysème ? Non.

Alors sans doute y a-t-il plusieurs raisons objectives qui pourraient expliquer cette invisibilité :

  • le choix de mettre en avant des artistes femmes, hommes trans et personnes trans non-binaires ;
  • le refus de faire des concessions vis-à-vis de l’intersectionnalité ;
  • le refus d’accepter des contributions d’hommes cisgenres, alors qu’ils ont plus de moyens matériels et relationnels ;
  • le profil des éditeurices de Polysème, qui ne sont pas issu·es du milieu journalistique parisien, etc.

Pendant ce temps, les fourmis de l’underground gèrent leurs doubles vies cahin-caha, sacrifient souvent leur sommeil, leur santé et leurs économies pour contribuer à une contre-culture vaste, fluide et vulnérable.

Et il n’y a pas de récompense à la clé. Pas de révélation du jour au lendemain, pas de coup de pouce tant attendu. Cela n’arrive qu’une fois toutes les cent lunes, et, manque de pot, pas à nous.

Merci à La Fille Renne et à Raphaëla Icguane pour leur relecture.

Marie

Déjà 14 commentaires

  1. Coucou La Lune Mauve,

    Encore un article qui parle beaucoup et qui vient de m’aider à me représenter quelque chose. Au début du web, je pensais voir émerger quelque chose de nouveau dans les médias, peut-être quelque chose de moins consumériste, de plus réfléchi. J’avoue que je pensais aussi pouvoir en faire partie. Au final, j’ai un sentiment assez mitigé, on voit toujours les même vieilles formules adaptés aux nouveaux médias. Et au final ça demande une énergie folle d’aller creuser, de trouver une place où on se sent bien et où l’émulation nous pousse au delà de ce qu’on peut faire seul.

    Merci pour tes billets, ils n’ont pas du être évidents à écrire mais ils font du bien à lire.

    Répondre

  2. Ce triptyque d’articles est formidable et tu le clôtures avec brio. Vraiment bravo!!

    Répondre

  3. Cela résonne en moi cette question de la production peu relayé par d’autres.
    Par contre ce qui m’a apaisé était de me dire que moi-même je ne relaie pas tout ce qui me semble intéressant par peur de me submerger les rares personnes qui me suivent de choses trop hétéroclites. Une sorte de tyrannie de la ligne éditoriale, même dans les choses relayées qui deviennent une sorte « production indirecte ». Trop de choses à voir, à lire, pas assez de temps et l’impression qu’il n’y a pas de hiérarchie pour m’aider à deviner ce qui vaut plus le coup. C’est un calcul froid, surement biaisé dans la sélection par plein d’aspect comme la peur de réduire la croissance de son audience en évoquant des thèmes clivants, de donner l’impression de valider l’entièreté d’un discours sans en connaître les faces moins reluisantes, mais j’arrive à le comprendre. L’amertume reste toujours.

    Un vidéaste, je ne sais plus lequel et la flemme de chercher (sincèrité :p), avait causé longuement il y a quelques temps du fait que penser qu’il faut s’ôter de la tête que l’on « mérite » son audience. C’est un gros mélange de plein de facteurs qui tiennent au moins autant, si ce n’est plus, de l’aléatoire que du simple duo talent/effort. J’avais beau avoir cette idée vaguement dans un coin de ma tête. L’entendre exposer par autrui m’a fait un gros effet et quelque part un peu réconcilier avec mon ambition personnelle quasi inexistante.

    La grosse différence avec ce dont tu parles c’est que je ne concentre pas ma production sur des causes sociales. Il est d’autant plus facile de se résoudre à ce que des sujets « légers » soient peu entendus.

    Courage !
    Et merci de continuer à me donner matière à réflexion.

    PS : ton illustration Dante Gabriel Rossetti est tombée de manière vraiment amusante dans ma vie puisque pour préparer une visite guidée d’une exposition , j’ai un peu explorer le travail de Nancy Webber (photographe mais pas que) qui s’est mise en tête il y a une trentaine d’année de mettre côte à côte une reproduction d’une œuvre d’art comme par exemple Proserpine par Dante Gabriel Rossetti et une portrait d’une personne ressemblante (Elizabeth Mellen, historienne de l’art dans le cas de Proserpine).

    Répondre

  4. Tu soulèves un point important dans le fait de « percer ». Le réseau est une chose magique et maléfique à la fois, mais il me semble certain que toute personne qui « perce » a un bon réseau. C’est le jeu, et il faut aimer s’y prendre si l’on souhaite soi-même emmener son travail plus haut, plus loin : nouer des contacts, aller aux événements, se faire connaître, rencontrer les gens en personne, trouver ceux avec qui on aura des affinités pro et surtout perso, se trouver des atomes crochus avec les bonnes personnes, tout ça, ça fait partie du jeu. À chaque fois que je vois un artiste passer dans des médias réputés, je me dis qu’iel a un bon réseau. Des fois avec admiration, des fois avec amertume (ne me lancez pas sur les « prix » de telle ou telle profession, où l’on ne fait que s’auto-congratuler).

    C’est un jeu épuisant, intéressé et qui remet certaines choses en question (cette amie qui maintenant évolue dans des sphères plus élevées que moi, je continue à la fréquenter parce qu’elle est mon amie ou une apporteuse d’affaire potentielle ? Cet événement, j’ai vraiment envie d’y aller ou j’y vais pour faire des connaissances dans le milieu ?).

    Tu imagines ma déception quand j’ai compris, après 10 années à essayer de faire mon trou dans la traduction littéraire, que beaucoup de choses tenaient au réseau, et que mes centaines de CV envoyés n’y changeront rien (par souci d’honnêteté : je reconnais aussi avoir foiré quelques tests de traduction littéraire en début de carrière, qui auraient peut-être pu me mettre sur les rails). Et que maintenant que j’habite au Canada, il est globalement inutile de persévérer pour obtenir des contrats en France. En revanche, je constate la force d’un réseau à plus petite échelle ici dans ma ville, et ce réseau me suffit. On peut aussi arriver à faire ce que l’on aime, en tirer des revenus, sans forcément « percer », grâce à un réseau plus modeste. Serait-ce le compromis qui pourrait te tirer de ton amertume ? Trouver le réseau de personnes intéressées par ce que tu crées et surtout par toi et ta personnalité, sans forcément être relayée par les plus grands ? Ou rejettes-tu tout simplement l’idée même de réseau (d’entre-soi, finalement) ?

    PS évidemment que ce que tu crées est fantastique ! Je regrette de ne pas avoir plus d’influence pour en faire profiter le monde entier.

    Répondre

  5. J’ai envie de dire amen, encore.

    Je me vois un peu comme une rageuse et je me plains souvent (intérieurement) du manque de visibilité de mon émission de radio (elle existe depuis 2015) disponible en podcast (donc n’importe qui peut l’écouter). Alors je me questionne sur le pourquoi du comment : est-ce dû au fait qu’on soit implantées en Vendée ? Est-ce à cause du community management ? Est-ce qu’on est nulles ? Est-ce parce qu’on est bénévoles et pas de la profession ? Je rage encore plus fort quand je vois des trucs émerger çà et là reprenant des concepts qu’on a déjà poncés et quand, pour ces autres trucs, ça marche du tonnerre dès le départ. Alors oui, sans doute suis-je jalouse. C’est pas grave, c’est humain.

    Le réseau est important, surtout quand on a besoin d’être vu(e), lu(e) et entendu(e), mais n’y a-t-il pas une inertie, finalement ? Question rhétorique puisque tu dis bien que si. Depuis seulement quelques mois, les podcasts de notre émission sont disponibles sur les plateformes de streaming et c’est limite si on n’a pas eu notre petite larme qui a coulé parce que, sans qu’on se l’avoue entre nous, on comprend bien que ça veut dire plus de visibilité et de facilité d’accès. Nous vivons désormais dans une époque où tout doit être prémâché pour son audience, on a carrément la flemme de cliquer sur un lien pour lire un article en entier sur Twitter et on partage/commente sans le faire (et donc des fois on dit n’importe quoi). Moi aussi je suis comme ça, j’avais déjà de gros problèmes de concentration et d’attention, ça ne va pas mieux.

    Alors je ne sais pas jusqu’où ça va aller. Est-ce qu’aujourd’hui on peut vraiment « percer » ? Même si on traîne nos guêtres sur Internet depuis Mathusalem…

    Répondre

  6. Pimprenelle

    16 mars 2021

    Merci merci Marie pour cette série d’articles, et notamment les deux derniers, où je vois formulés beaucoup d’impensés que je retrouve chez moi. On pense être au fait du racisme systémique, de nos privilèges de personnes blanches et cis, on râle quand ce sont les paroles d’hommes reprenant des combats de femmes qui sont les plus entendues… Mais dans notre vie quotidienne de chasse aux infos et de vie sur les réseaux, on constate pourtant et avec amertume une homogénéité certaine. Bref, dissonance cognitive entre ce que l’on croit qu’on sait et ce que l’on fait concrètement.

    Plus je te lis, plus ces choses se rappellent à moi. Alors, non : tu ne parles pas dans le vent (quoique… c’est une jolie image !), car je crois que ceux et celles qui passent par ici, même silencieusement, t’entendent et repartent un peu nourri-es, un peu intrigué-es, et peut-être un peu décidé-es à changer ceci-cela…

    Merci donc de me permettre de m’interroger et de m’attirer en dehors de ces autoroutes où, bien souvent, on se sent attirés comme des papillons de nuit.

    Répondre

  7. Pimprenelle

    16 mars 2021

    (Oh ! et les photos qui parsèment l’article, comme toujours, sont si belles : celle du papillon m’a retenue un petit moment…)

    Répondre

  8. J’ai juste envie de te dire merci de me bousculer et de m’amener à réfléchir… J’ai un minuscule réseau et j’ai plutôt tendance à être silencieuse (timidité? peur du jugement?) donc pas un super relais (même si je recommande ton blog chaleureusement autour de moi). Mais grâce à ton blog en général et à ce post en particulier je vois les choses différemment, je découvre d’autres façons de penser/créer/vivre. Et en m’interpellant et en m’amenant à réfléchir tu m’aides à avancer sur le chemin de l’acceptation de ma différence (ok c’est un peu égoïste là) et à changer mon regard sur le monde, sur son fonctionnement, sur les autres…
    Alors je vais continuer à guetter chacun de tes posts (encore plus facile grâce à Instagram!).

    Répondre

  9. Hello !
    Pour Polysème est-ce qu’il n’y aurait pas un peu de snobisme de notre part aussi, en comparaison avec des revues de reportage et analyse politique revendiquées comme telles… Je m’inclue dedans parce que par ex je l’ai pas cité dans mon article sur les revues papier politique, peut-être parce que je la categorisais pas de cette façon (ceci dit Panthère première par ex ne bénéficie pas non plus d’un gros soutien alors que c’est excellent !)

    Répondre

  10. Alexandrine

    17 mars 2021

    Coucou !
    Cela me semble une éternité que je n’ai pas posté un commentaire sur ton blog, que je suis toujours bien sûr, mais j’ai peu de temps perso à cause du doctorat (j’ai l’impression que la situation sanitaire nous prend plus de temps que nous n’en gagnons… On n’arrête pas de nous dire que « mais siiiii, à distance, c’est plus rapide!!!! »… Ben non, en fait…).
    Bon, ben du coup, je suis fière (un petit peu) d’avoir cité Polysème (et SheGazes) lors d’un séminaire consacré au féminisme et au kitsch (entre autre), et dans lequel je parlais des zines féministes… Même si, bien sûr, j’ai cité Grrrl Zine Fair (dont on parle beaucoup, enfin, chez les anglo-saxons en tout cas) et Shella Quint.
    Je l’avoue un peu platement : je ne suis pas une féministe militante. Mais cela n’empêche pas de partager les opinions des autres. Mais voilà : comme toi, je ne suis pas « influente », donc, ce que je dis passe sans doute à la trappe. Mais bon, comme j’ai de jeunes élèves en face de moi, j’essaie d’ouvrir un peu leurs horizons, en espérant secrètement qu’ils/elles iront voir ce que je leur propose, et peut-être, adhèreront et en parleront (effet boule de neige espéré)…
    Continue de parler de ce que tu aimes, des idées que tu défends. On s’en fout des influences, certes très agaçantes, mais faut faire un peu abstraction apparemment, sinon, on se rend malades…
    Bonne journée (tu es toujours dans ton projet de fanzine ?), bises
    Alexandrine

    Répondre

  11. Spoiler : je reviendrai sans doute commenter dix fois tant les idées de bousculent dans ma tête…
    Déjà bravo pour ce tryptique remarquable. Je suis vraiment admirative du travail que tu as engagé, une fois de plus.
    Déjà 1000% d’accord sur cette mainmise médiatique de certaines personnes sur les sujets du féminisme. Outre la saturation totale de voir toujours les mêmes intervenir à tout propos et sur tout les supports, je dirai qu’en plus, ils contribuent franchement édulcorer les thèmes militants histoire de les rendre plus mainstream. certes, ça permet à la conscience de Monsieur tout le monde d’évoluer progressivement mais je le vois aussi comme une trahison des militants de terrains qui voient leur parole confisquée, atténuée et tronquée et qui sont du même coup invisibilises.
    Ce que tu racontes au sujet des rapports de pouvoir sur le web, tu me relaies, je te relaies (pas) est juste ahurissant. Personnellement, je n’y ai jamais rien compris et je n’ai jamais vraiment su interagir de façon adaptée. Tu es d’ailleurs l’une des rares qui me mets suffisamment à l’aise pour que je puisse échanger de façon sécure. Du coup une question me vient : quid des personnes autistes ou avec des difficultés psychiques dans la sphère militante ? Comment, compte tenu de l’implicite de ces relations et des rapports intéressés que tu as très bien décrit, arriver à valoriser la parole du handicap sachant que le jeu est faussé dès le départ (niveau influence, on ne joue pas du tout dans la même cours) et que pour la politique d’inclusion dans les médias, ont repassera… ? Franchement, ça me désespère…

    Au final, tes billets me donnent encore plus envie de m’investir et d’écrire sur mon blog. Je crois qu’en tant que parole authentique, les « petits » et les « microscopiques » de la blogosphère ont un vrai rôle à tenir.

    Répondre

  12. Véronique

    17 mars 2021

    Waouhhh quel article, qui évoque un aspect peu connu lorsque l’on est du côté lecteur  !!!
    Tes articles m’ont fait connaître des univers que je n’aurais jamais soupçonnés et je sais, par intuition, que les recherches que tu effectues sont considérables.
    Jamais je ne me suis interrogée sur le sujet que tu évoques. Ton blog est très particulier et c’est ce qui fait son attractivité. Je suis peinée que ton travail d’atmosphère « avant-gardiste » (même si je n’aime pas le mot) aille valsé dans les laurières, car pas suffisamment relayé.
    Je ressens et comprends ton amertume. Je ne peux que te dire mon admiration pour le contenu, la présentation, les illustrations, les liens… de ton blog.
    Véronique

    Répondre

  13. Merci pour ce billet, tu dis des choses terriblement vraies… Et avec tout ça on en oublierait presque les photos qui les accompagnent, alors qu’elles les illustrent avec poésie.

    La micro-sphère parisienne, le fait que ça soit toujours les mêmes « pseudo-expert-pour-tout-et-rien » qu’on interroge et non ceux qui maîtrise vraiment le sujet et qui n’ont pas attendu qu’il soit à la mode pour essayer de le récupérer.
    J’y vois le pseudo-monde des « journaleux », qui ne sont bons qu’à retweeter et à oser appeler « article » une page qui ne contient qu’une vidéo (attention, certaines vidéos sont de très grandes qualités, mais on ne les trouve généralement pas sur blog d’actu putaclic mais directement sur des chaines YouTube ou autre aux contenus riches et soignés).

    D’ailleurs je tilte sur ce mot « contenu », François Theurel (connu entre autre pour sa chaine YouTube du fossoyeur de film et plus récemment pour ses Camera Obscura) a beaucoup utilisé ce terme en disant que maintenant, les studios (autant les grands du cinéma que du streaming) voulaient produire du « contenu » et non des oeuvres (film ou série).
    C’est à dire quelque chose qui se consomme, et s’il y a contenu alors il y a contenant : tout la blabla, le matraquage, les teasers parfois plus soignés que le reste, la publicité…

    Et là je reviens à tes propos : aujourd’hui les personnes « connues » sont sur tous les réseaux alors que c’est tellement redondant… Bientôt twitter ne sera qu’une jungle de community manager qui se retweete entre eux (quand ce n’est pas le même CM pour plusieurs marques qui invente une histoire entre ses différents comptes).

    Que ça soit l’édition papier (peut être la sphère la plus ancienne et pire de cette histoire), la télévision, les « influenceurs », c’est toujours donnant avec eux (et bien souvent tu dois donner plus que tu ne reçois).
    Et le pire dans cette histoire c’est que le système est avec eux : ils ont plus facilement d’aides et de sponsors qu’un projet éthique certes moins visible et diffusé (souvent faute de moyen) et qui apporte un petit peu (ou énormément) plus à société qu’eux.

    Dans son commentaire, Pimprenelle parle « d’autoroutes », je trouve ce mot très juste.
    Après tout qu’est-ce qu’une autoroute ? Un chemin à sens unique, où ceux qui ont de grosses voitures vont encore plus vite, où ceux qui ont des voitures plus modestes vont à leur rythme sur la voix de gauche. Où ceux qui s’en fichent des autres restent sur la voix du milieu quoiqu’il en coûte.
    Des stations services à l’essence trop chère et proposant de la mauvaise nourriture, des surplus de livres touristiques et des films sortis directement en DVD et des compiles de musiques commerciales. (Quoique c’est toujours marrant d’aller fouiller dans ce qu’ils proposent).
    Mais oui, dans la grande barrouderie de la vie, l’autoroute c’est le pré-mâché, comme si le hachis parmentier se résumait à un bolino.

    C’est un peu à quoi ressemblent twitter et instagram aujourd’hui : plus de contenus suggérés que nos vrais abonnements, tout est décidé par des algorythmes et l’histoire de « memphis » sur twitter n’est qu’un exemple maladroit montrant à quel point ce support est totalement biaisé et manipulé/manipulable (En résumé : dimanche dernier, toute personne qui avait écrit le prénom « memphis » dans son tweet se voyait suspendre 12h sous le motif de divulguer la vie privée d’autrui. De quoi donner des graines aux moulins des plus folles théories).

    Tu peux te consoler, en étant sûre que si aujourd’hui, des personnes commentent cet article c’est qu’elles aiment la Lune Mauve, sa ligne éditoriale, son éthique et tout le temps que tu y passes peut se convertir en sourire : celui qu’on a quand on reçoit un mail annonçant un nouveau billet.

    PS autoroutier : je suis triste et amer quand je vois, comment il y a un an, nous étions plongés dans le premier confinement et que très vite plein de personnes ont souhaité en profiter pour consommer, penser autrement et comment tout a été mis en plus pour faire revenir tout le monde sur l’autoroute et comment le second confinement a été orchestré de façon perfide et a pris soin de casser la solidarité, le tout pour une efficacité plus que douteuse. Loin de moi le souhait de parler de cela ici, mais j’y retrouve les mêmes mécanismes que ceux que tu as décrit.

    Répondre

  14. Je ne sais pas comment tu fais pour que chacune de tes photos, moulées dans ton article, soit aussi parfaite à l’endroit où elle est : c’est vraiment à cela que je constate que tu as vraiment un sens artistique hors du commun <3
    Tu sais comme j'aime la photographie …

    Pour venir au coeur du sujet, je suis souvent dépitée par le fait que ce soit toujours les mêmes qui soit relayé·es en permanence, quant bien même d'autres ont fait en amont un meilleur travail. Néanmoins, je ne sais pas si c'est de la blasance ou de la sagesse, je me dit que cela a toujours été comme cela (dans la science, les romans, le monde des célébrités etc) : celle ou celui a un gros réseau gagne. Point barre et merci bisous merci.
    Ce que je déplore sincèrement, c'est qu'au lieu d'en profiter pour visibiliser d'autres plus petit·es, iels s'asseoient souvent sur leur trône et, comme tu le soulignes, ne repartagent souvent que leurs publications.

    Ne mettant pas autant de "moi" dans mon propre blog, sauf exception, je tire peu de rancune de cela mais j'entends ton dépit.

    Je t'envoie plein de tendresse <3

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Billets adjacents