En ce moment, je réorganise mon quotidien pour dessiner et écrire de plus en plus régulièrement.

Malgré tout le plaisir que la création m’apporte, créer chaque jour est loin d’être quelque chose d’évident pour moi. Je me laisse vite submerger par ma charge mentale, parfois je manque d’énergie, quand ce n’est pas de courage.

C’est le bon moment pour préciser que je ne vis pas de mon art : salariée, je travaille en tant que designer dans le secteur numérique.

Le design est un métier créatif, mais c’est très différent de ma pratique artistique. Le dessin, la peinture, la gravure et l’écriture sont des activités que je pratique sur mon temps libre.

Pendant longtemps, je considérais mes créations personnelles comme un simple loisir que je faisais après tout le reste.

Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être en train de passer un cap et de les reconsidérer, au contraire, comme une priorité dans ma vie.

Ma décision de passer moins de temps scotchée sur un écran m’a aidée à me remettre à écrire et à dessiner chaque semaine. Je crois que j’associe moins le fait de créer au fait de montrer ce que je crée. Ce n’est plus l’attention que cela suscite de la part d’autrui qui me motive à créer, et ça change vraiment tout.

Même si j’ai encore du mal à pratiquer chaque jour, certaines astuces et petits « hacks » personnels m’aident à m’y mettre. J’ai envie de les documenter sur mon blog, car je puise moi-même beaucoup d’inspiration et de motivation dans ce type de partages.

Créer chaque jour pour me sentir bien

Créer très régulièrement m’aide à affiner ma pratique artistique, à mieux me servir de mon matériel créatif, à oser plus de choses, mais aussi à découvrir ce que je cherche à exprimer en tant qu’artiste (MA grande question du moment).

J’ai envie de laisser à ma pratique artistique la chance de se développer en lui accordant encore plus de temps et de patience. Plus je crée, plus j’ai envie de créer, plus j’ai d’idées, et plus je me sens bien.

En dessinant plusieurs fois par semaine, j’observe que j’attache de moins en moins d’importance au résultat, et plus à l’acte de faire lui-même.

Plus j’ancre la création dans mes habitudes, plus je suis à l’aise avec le fait de rater des trucs.

Au contraire, moins je crée, plus je projette des attentes sur le résultat, plus je suis déçue et moins j’ai envie de continuer à créer.

Je trouve ça souvent difficile de me libérer complètement du culte de la productivité et de la performance, à plus forte raison après avoir, en quelque sorte, « grandi » sur Internet et pris l’habitude de partager la moindre de mes créations.

Maintenant, je m’autorise à garder certaines choses rien que pour moi, dans le secret de mes carnets, et ça m’aide à avoir moins peur d’échouer et à moins me juger.

Reporter la lessive à plus tard

Pendant longtemps, j’étais convaincue que, si je ne créais pas souvent, c’était parce que je n’avais pas le temps. J’avais même appelé ça « la guerre du temps », tellement le parpaing des corvées était lourd sur la tartelette aux fraises de ma créativité.

Et puis un jour, y’a pas si longtemps, j’ai été choquée de découvrir qu’en fait, j’ai plein de temps libre.

Je travaille 4 jours sur 5, ce qui signifie que j’ai des week-ends de trois jours chaque semaine. En plus de ça, je télétravaille et je n’ai pas d’enfant, ce qui me libère aussi de pas mal d’impératifs et autres temps de transport.

Par exemple, le matin, avant de commencer ma journée de travail, j’ai environ deux heures de temps libre rien que pour moi, dans mon atelier.

Donc, oui, j’ai plein de temps libre. Malgré ce privilège, ça me désole de constater que, souvent, je n’utilise pas ce temps pour dessiner ou écrire.

À la place, je fais des lessives. J’écris des e-mails. Je fais les comptes. Je passe l’aspirateur.

Bref, je procrastine, parce que j’ai peur de ne pas savoir créer, de mal m’y prendre, de n’avoir rien d’intéressant à exprimer.

Je procrastine aussi parce que je me mets la barre trop haut en planifiant trop de choses très ambitieuses en même temps.

Lire et fréquenter des personnes qui créent

Ce qui m’aide à remettre l’art et l’écriture au centre de ma vie quotidienne, c’est lire et écouter ce que d’autres artistes partagent sur leur quotidien créatif et leurs méthodes de travail pour avancer leurs projets chaque jour.

En ce moment, c’est Austin Kleon, Valérie Belmokhtar, Bob Shea et Twyla Tharp.

The pain of not creating is so much more crippling than the pain of creating something you don’t like, comme l’écrit Helen Wells dans son magnifique livre Expressive sketchbooks. Developing Creative Skills, Courage, and Confidence.

Sur Substack, je suis de plus en plus d’illustratrices qui dessinent chaque jour ou presque, comme Helen C. Stark, Lucia Leyfield, Milena Milak, Estée Zales ou encore Wendy MacNaughton.

Bien sûr, ce qui fonctionne pour des personnes qui vivent de leur art n’est pas toujours adapté ni transposable à mon quotidien.

Malgré tout, lire leurs conseils et retours d’expérience m’aide à rester motivée et en prise avec mes propres projets. Ça me fait réfléchir et, souvent, ça me donne le déclic pour essayer quelque chose de nouveau.

Voler la moindre minute de temps libre

Au contact de toutes ces personnes formidables, je crois que je perce enfin le secret : pour dessiner et écrire chaque jour, l’astuce consiste à créer avant tout le reste, et à voler la moindre minute de temps libre.

  • Un appel téléphonique ? Je relie mon iPhone à mon casque Bluetooth, et je peins.
  • On prend l’apéro dehors ? J’emporte mon carnet et mon crayon, et je dessine tout en papotant.
  • 15 minutes à tuer avant de dîner ? J’épingle des idées de choses à dessiner sur Pinterest, ou je trie mes photos à la recherche de déclics créatifs.
  • C’est bientôt l’anniversaire d’une amie ? Je prends 30 minutes pour lui préparer une surprise faite-main et je la poste lors de ma prochaine promenade.
Échantillonnage de peinture aquarelle et croquis.

Chaque petit moment compte, car le temps libre et l’énergie sans limite, ça n’existe pas.

Commencer par observer les moments où j’ai le plus de temps libre et d’énergie au sein de la semaine, ça me permet au fur et à mesure de trouver un rythme qui me convient et que je serai la plus à même d’adopter sur la durée.

Parfois, mon rythme est différent, mais ça m’inquiète moins qu’avant. J’essaie d’accepter mes capacités et contraintes du moment, et de faire avec. C’est essentiel pour ne pas m’épuiser ou me dégoûter.

Me motiver et me mettre à créer

S’inspirer, c’est bien, mais lire des contenus sur la création, ce n’est pas la même chose que créer.

Pour m’y mettre et essayer d’ancrer la création dans mon quotidien, j’utilise différentes astuces qui fonctionnent pour moi :

  • bloquer un créneau chaque jour dans mon agenda pour dessiner et écrire, en général le matin à la fraîche ;
  • relire mon agenda la veille au soir pour me rappeler que la priorité, demain, c’est de dessiner et d’écrire ;
  • noter absolument toutes mes idées, même les plus farfelues, dans un carnet que je trimballe partout avec moi et que je relis régulièrement pour voir si je peux en faire quelque chose ;
  • utiliser le matériel que j’ai déjà (et dont, souvent, je ne me suis jamais servie 🙈) ;
  • coller des autocollants chouettes sur mes carnets de croquis pour me les approprier et avoir envie de les manipuler ;
  • choisir un livre au hasard dans ma bibliothèque et utiliser certaines illustrations comme point de départ pour dessiner ;
  • tracer un carré dans mon bullet journal (bujo) et le cocher après avoir dessiné ou écrit, pour mesurer le chemin parcouru semaine après semaine ;
  • m’aérer, me promener et prendre des photos de choses que je pourrais dessiner, ou dont la forme ou les couleurs m’inspirent ;
  • découper un détail dans un magazine et dessiner autour, ou coller d’autres choses autour ;
  • prévoir du temps et du matériel pour dessiner en vacances ;
  • me fixer des défis : par exemple, peindre ou dessiner avec une seule couleur, avec deux couleurs seulement, ou avec trois couleurs maximum ;
  • préserver mes créneaux de création au moment de convenir d’un rendez-vous, avec qui que ce soit ;
  • garder mon matériel créatif préféré à portée de main, même si j’aime bien donner un coup de propre sur mon bureau la veille au soir pour ne pas procrastiner le lendemain matin en ayant une soudaine envie de tout ranger ;
  • me concentrer sur ce que j’ai envie de faire aujourd’hui et pendant la semaine en cours, et reléguer le reste dans une liste « à faire un jour, peut-être » ;
  • configurer un minuteur visuel pour me motiver à commencer en visualisant le temps qui défile et qui serait perdu si je ne me mets pas à créer (impossible de dire « j’ai pas le temps » avec ça !) ;
  • aménager un plan de travail dédié aux techniques traditionnelles dans mon atelier, sur lequel aucun appareil captant le wifi n’est autorisé (super efficace !), et laisser mon téléphone en mode silence dans une autre pièce.

J’aime aussi regarder des vidéos d’artistes qui dessinent et peignent dans des carnets, comme Marie Boiseau ou Marie Spénale. Quand j’ai un coup de mou, ça me redonne illico envie de dessiner ou de peindre, c’est magique !

Créer avec et pour les autres

Mes proches et ami·es artistes m’apportent aussi énormément de soutien et d’encouragement. Échanger et créer ensemble, par exemple lors de crafternoons, ou en allant aux mêmes cours artistiques, c’est quelque chose qui m’aide à rester motivée et active.

Quand je n’ai vraiment aucune idée, je suis le conseil d’Austin Kleon : je crée quelque chose pour quelqu’un que j’apprécie. L’affection que j’ai pour cette personne transcende en général mes blocages.

Pas besoin de créer quelque chose de compliqué pour faire plaisir : un petit courrier personnalisé – par exemple avec un collage, un croquis ou une estampe réalisée avec une gravure que j’ai déjà en stock – est une façon simple de renouer avec l’acte de faire, tout en prenant soin de relations auxquelles je tiens autrement que par écran interposé.

Faire preuve de douceur envers moi-même

Le plus difficile, je trouve, c’est de faire preuve d’indulgence envers soi-même quand on est face à un obstacle ou à un blocage créatif, que l’on brise la chaîne et que l’on n’arrive plus à créer chaque jour.

Quand ça m’arrive, j’essaie de ne pas rajouter de la honte sur ma pratique créative, qui a déjà assez souffert de l’éducation que j’ai reçue. Mais je n’y arrive pas toujours : avoir longtemps été une artiste fantôme, ça laisse des traces.

Au contraire, quand je crée quelque chose, quoi que ce soit, même si je ne trouve pas ça forcément réussi, je me félicite d’avoir pris ce temps-là pour créer, alors que j’aurais pu trouver tellement de prétextes pour procrastiner.

Le simple fait d’avoir étalé un peu de peinture ou gribouillé 2-3 trucs dans mon carnet est une victoire. Récemment, j’ai aussi commencé à dessiner dans un carnet de voyage, et j’ai trouvé ça très agréable et pas du tout anxiogène, par rapport à mes tentatives par le passé.

Carnet créatif

Carnet créatif commencé le 4 août 2025 et placé sous le haut matronage de Helen Wells : Enjoy the fact you have made anything at all. La référence C25ART2 me permet d’indexer ce carnet et de m’y référer plus facilement dans mes autres carnets et notes. Autocollants de Bymossypine (offert par Luce) et Virginie b..

Noter et apprécier mes progrès

Dessiner ou écrire 30 minutes par jour, ça semble assez peu, dit comme ça. Mais quand ce temps est mis bout à bout, ça représente à peu près une demi-journée à la fin de la semaine, 2 jours à la fin du mois, soit 24 jours par an en théorie. Presque un mois de création par an !

C’est pourquoi cocher la petite case dans mon bujo est si important pour moi : ça m’aide à apprécier le chemin parcouru et à réaliser que, non, je ne fais pas « rien », même si au quotidien j’ai souvent l’impression d’être lente et de ne pas beaucoup avancer.

Pour mes projets les plus importants, je résume en quelques mots ce que j’ai fait à chaque fois que j’avance dessus, un peu comme une chronologie. Parfois, je la relis et ça me rebooste. Je me dis que je n’ai pas fait tout ça pour abandonner en cours de route !

Quel est le projet qui vous tient à cœur et que vous pourriez avancer, si vous commenciez à lui consacrer 15 à 30 minutes chaque jour à partir de maintenant ?

J’adorerais que vous me disiez en commentaire ce qui vous aide à faire preuve de régularité pour créer, quelle que soit votre activité artistique, y compris (et surtout ?) si vous ne travaillez pas comme artiste à plein temps.

Si vous vous sentez bloqué·e, ne vous découragez pas. La créativité fluctue et c’est normal. Tout ce que vous vivez, lisez, écoutez, regardez, ressentez en ce moment pourra vous servir quand l’inspiration et l’énergie seront de retour.

Merci de m’avoir lue, à bientôt !

Marie

21 commentaires

  1. Ah je suis contente du retour de ta newsletter qui me fait découvrir des articles que j’ai loupé. Merci pour cet article, c’est toujours super inspirant je trouve

    1. Hello Julie ! Merci beaucoup pour ton mot. Je suis contente moi aussi du retour de la newsletter, car c’est un chantier qui m’occupe l’esprit depuis plusieurs mois. 😅

      J’en profite pour découvrir ton blog, merci aussi pour ça !

  2. Coucou Marie !
    Merci pour ce bel article, comme toujours plein de pistes intéressantes et d’autres ressources à explorer :-)
    De mon côté je tiens mes astuces principales de la période où mes filles étaient petites, et où j’avais tellement peur de ne plus filer et tisser du tout que je profitais de la moindre occasion pour attraper mon matériel.
    Déjà j’ai besoin que tout soit toujours rangé : si je n’ai que quelques minutes devant moi je ne peux pas les perdre à chercher les perles, les fibres ou l’outil en question. Le temps de s’y mettre et le moment risque de passer ! Et paradoxalement cette histoire de rangement est un super bon déblocage aussi : quand je me sens stagner je sors tout, mais alors tout, je trie, je vois de nouvelles associations et idées apparaître et… je re-range ^_^
    Autre piste, j’ai toujours des paniers à projets à portée de main : un panier tricot, un panier crochet, un panier filage (plusieurs, oupsie), etc… ils sont jolis, ce qui me donne envie de les utiliser, facilement accessibles, tout ce dont j’ai besoin est regroupé dedans donc c’est pratique. Et je peux les trimballer partout, ils peuvent me suivre de pièce en pièce ou au jardin, ou même en week-end.
    Dernière piste à laquelle je pense, j’avais listé un jour tout ce que je pouvais faire en 15-30 minutes, pour m’aider à en prendre conscience. J’avais tendance à me dire que si je n’avais pas au moins 1h / 3h / 1 semaine libre devant moi ça ne servait à rien de s’y mettre, ce qui est faux bien sûr. J’ai encore les petits papiers sur lesquels j’avais noté « filer », « faire du yoga », « lire », etc… un peu basique mais efficace pour conscientiser qu’on a souvent plus de temps qu’on ne le croit ;-)

    1. Coucou Claire ! Merci d’avoir partagé tout ça, j’adore lire tes astuces. Le rangement qui donne naissance à de nouvelles idées et pistes pour associer des éléments, ça me ferait presque moins redouter le moment où je déciderai de trier les énormes boîtes Ikea dans lesquelles je stocke tout un tas de bidules et autres machins depuis des années, « si jamais j’en ai besoin un jour ». 🐿️

      L’idée de la liste des actions réalisables en 15-30 minutes est une merveilleuse idée aussi, pour pouvoir s’y mettre le moment venu.

      Dans le même genre, le soir je relis la liste de ce que j’ai envie de faire le lendemain. J’ai remarqué que ça m’aide à me préparer mentalement à m’y mettre le moment venu, en créant de l’excitation par anticipation. Tous les moyens sont bons !

      1. Pareil, je relis ma liste et anticipe ma liste du lendemain, ça me permet de démarrer la journée avec les idées plus claires :-)

        Et pour le tri / rangement, personnellement j’en ai besoin régulièrement, je dis souvent en rigolant que je range mon cerveau en même temps que le reste.

        J’adore redécouvrir des choses dans les boîtes, et avec le temps j’ai moins d’états d’âme avec le tri, quel que soit le sujet : une pile à garder, une pile j’hésite – je laisse encore une chance, et une pile qui part. Je n’ai pas beaucoup de place alors j’aime me dire que je fais de la place pour ce que j’ai vraiment envie de faire / d’utiliser… Et c’est aussi l’occasion de faire plaisir, de troquer, ou de gagner un peu de sous en revendant certaines choses ^_^

        Une dernière phrase qui m’avait bien aidée mais peut paraître un peu catégorique est « If it is not a big yes, then it is a hell no ».
        Là encore ça rejoint ce dont on parlait sous un autre article avec la consommation de contenus, si je me sens trop encombrée, que l’envie de faire certaines choses se teinte en culpabilité de ne pas utiliser tel ou tel outil, que trop de trucs dorment depuis trop longtemps dans mes placards… ça m’oppresse presque, donc au fil du temps j’aime aussi ne garder que ce que je préfère et qui m’inspire, pas le « mouais », et ça s’applique dans beaucoup de domaines :-)

  3. Je rattrape mon retard de tes dernières notes tout en mangeant mon goûter (que je viens de terminer, me permettant de commenter), où j’ai pu tester la confiture d’abricots que j’ai faite ce matin : et je crois que faire des confitures est un de ces actes de ‘faire’ plutôt que d »aspirer à faire’ que j’ai réussi à intégrer à ma vie ces derniers mois et qui m’apporte beaucoup de joie. Je cherche encore la recette secrète pour créer autant que je le voudrais. Je crois que les pages du matin restent ma boussole absolue (et j’essaie d’être bienveillante avec moi quand je ne parviens pas à les faire un jour ou deux, mais je m’astreins à me remettre en selle tout aussi vite). Ensuite, j’essaie aussi de me nourrir d’inspirations, et de garder du matériel à portée de main pour que l’installation ne soit pas une excuse. Il faudrait d’ailleurs que je range un peu les tiroirs de mon bureau, mais actuellement ils sont plein de matériel de collage si bien que je n’ai aucune excuse pour ne pas en faire un petit là tout de suite quand j’ai un instant devant moi. Comme toi je crois que plus on crée, et bien plus on crée, plus on s’inspire plus on crée aussi. Il faut comme tu le dis réaliser l’importance de la création de notre vie, ne plus jamais la minimiser.

    1. Coucou Elsa ! Merci pour ton commentaire, qui m’a mis l’eau à la bouche. J’ai bien aimé le lien entre ta confiture aux abricots maison et la « recette » pour créer.

      je crois que plus on crée, et bien plus on crée, plus on s’inspire plus on crée aussi.

      Absolument, et les pages du matin aident vraiment à rester en prise avec sa créativité (c’est marrant, j’en parlais justement il y a quelques jours dans mon journal). Simplement y penser, réfléchir dessus, garder ça en tête, c’est d’une grande aide, même si parfois tout ce à quoi on réussit à se dire, c’est « je n’y arrive pas » ou « je n’ai pas le temps ». Je pense qu’énoncer le problème est un pas important vers la solution. Donc noircir la page de tout ce qui bourdonne dans notre tête, c’est une bonne chose. Ça permet d’aérer la pièce.

      Avoir tout ton matériel de collage à portée de main, dans tes tiroirs, est une excellente idée. Ça rejoint ce que partageait Aline à propos de son matériel de crochet. J’aime beaucoup ce concept de disponibilité et d’immédiateté, que tout soit prêt pour quand la mouche de la créativité nous pique. Tout ce qui peut faciliter l’acte de faire est bon à prendre.

      De mon côté, c’est presque en train de devenir un jeu d’observation et de stratégie. J’observe énormément comment j’utilise mon temps, et je teste des trucs.

      J’ai commencé le livre Make your art no matter what de Beth Pickens, et le premier chapitre parle justement de ce sujet ô combien douloureux qu’est notre propre perception du temps et de son manque. Elle conseille carrément de noter tout ce que l’on fait chaque jour, pendant plusieurs jours, par créneaux de 15 minutes, pour avoir une preuve objective à laquelle confronter nos croyances sur la façon dont on passe nos journées. Hâte de lire la suite.

  4. A chaque fois je suis étonnée de voir à quel point nos réflexions, que l’on ne partage pourtant pas quotidiennement ensemble, se croisent et se rejoignent. J’aurai pu écrire mot pour mot certains passages de ton article.

    Je n’ai pas encore réussi à trouver une pratique régulière, mais je culpabilise moins maintenant que j’ai compris les « pain points » comme on dit ; en ce qui me concerne c’est l’espace qui est très limité, je ne peux pas avoir un endroit correct pour m’installer et un coin de table soyons honnêtes 2mn ça va bien un moment, et être parent solo dans un espace très limité c’est encore pire ^^ » Mais je ne perds pas espoir car il y a de belles perspectives l’année prochaine alors en attendant j’amasse, je compile, je réfléchis, je prends de notes, je fais l’écureuil. Bien sûr il y a ce manque de « faire » mais je sais qu’il sera bientôt rattrapé.

    Ca reste toujours extrêmement stimulant de te lire, et c’est marrant je suis tombée sur les mêmes vidéos récemment ! Voir des gens créer continue de faire tourner la petite roue en soi, et quand je sens que je lâche un peu le truc par démotivation je vais sur youtube regarder des gens qui font quelque chose de leur main, peu importe le medium, et ça remet une patate incroyable ; et voir leur atelier (et le tiens cela va sans dire) ohlala c’est juste incroyable, l’impression de rentrer dans un espace magique où tout est possible.

    1. Je trouve ça vraiment super inspirant que tu abordes ces « pain points » avec autant de recul et d’optimisme pour l’avenir. C’est vraiment admirable.

      Je comprends tout à fait ton ras-le-bol de ne pas avoir de place chez toi. Peut-être que cette contrainte de place peut t’inspirer d’autres activités, par exemple sortir pour dessiner en extérieur, dans un lieu calme que tu aimes bien (parc, cimetière, hauteurs…), pour prendre l’air, déconnecter, et rester en contact avec le dessin.

      Dans la vidéo sur la routine créative de Tove Jansson que j’ai partagée dans mon journal, l’autrice de la vidéo prend le bus pour aller dessiner en bord de mer. Bon, en fin de compte il pleut et c’est un peu la schlag, donc elle finit par se réfugier dans un coffee shop. Mais elle a quand même passé du temps avec elle-même, et honoré ce rendez-vous créatif. J’aime bien l’idée 🙂

  5. Cette dernière question est inspirante. L’idée de concevoir un gros projet comme une accumulation de 15-30 minutes par jour est une bonne facon d’atténuer la montagne de travail qu’un nouveau projet représente, d’autant plus lorsqu’il n’est qu’à ses premiers balbutiements. Pour ma part j’aimerais réussir à lancer mon projet de jeu vidéo, ca ne serait pas le premier, mais je n’en ai jamais fait seulement pour moi. Je pense que poser ca comme un réel objectif -dans un temps donné, m’aiderait déjà à y accorder ces quelques dizaines de minutes chaque jours!
    C’est ce que ton article m’inspire, donc merci pour ca!

    1. Hé bien de rien, merci à toi de me confier ton projet (que je trouve super). Ça serait quoi, la toute première étape, la plus facile, pour commencer ?

      Souvent, c’est le fait de faire un tout petit premier pas qui aide à enclencher la machine. L’histoire du timing limité, c’est aussi une ruse. En me donnant 30 minutes pour dessiner ou peindre, par exemple, je me rends compte en faisant que c’est beaucoup trop court, et je continue souvent une bonne heure voire 1 h 30.

      Et les jours où je suis vraiment pas dedans, où je n’ai fait que noter quelques idées et préparer mon matériel pour le lendemain, j’ai quand même consacré 30 minutes à mes prochains projets créatifs. J’accepte un peu mieux ce côté aléatoire de ma créativité. Mais j’essaie vraiment d’être au rendez-vous chaque jour, au moins 30 minutes. Pour l’instant, ça fonctionne.

  6. Madeleine

    7 août 2025

    Encore un super article qui donne envie de se ruer sur ses fournitures… ma technique actuelle pour finir qql chose (un carnet qui sera un cadeau), c’est d’avoir envahi la moitié de la table et des chaises de la cuisine pour stocker le matos (je le vois, je le vois qui me voit, on ne pourra pas s’ignorer longtemps).
    Je souscris aussi à la technique « faire des trucs avec des gens » : j’ai récemment utilisé un kit « marble bear » avec l’enfant d’une amie : ça consistait à laisser couler de la peinture des trois couleurs primaires sur un ours en plastique dur et de voir les teintes se mélanger et se recouvrir jusqu’à envahir toute la surface de l’ours. C’était tellement plaisant et on a tellement aimé faire ça ensemble que j’ai eu envie de racheter des gros tubes de peinture et de « marble bear » tout ce qui est moche ou grisou chez moi.
    Et enfin, j’adore-adore-adore les pages orangées de ton carnet, avec le masque reproduit au calque (très fan aussi de ta technique des petits points). Merci !!

    1. Merci beaucoup pour tes compliments, Madeleine ! J’ai beaucoup ri en lisant cette phrase :

      avoir envahi la moitié de la table et des chaises de la cuisine pour stocker le matos (je le vois, je le vois qui me voit, on ne pourra pas s’ignorer longtemps).

      Ahah, c’est tellement ça… J’aime ce genre de ruse pour se donner envie de faire, se tenter. Rien de tel que le matériel créatif et les fournitures artistiques pour ça. Quand je me sens un peu flagada, je fais un tour dans un magasin de beaux-arts ou de loisirs créatifs et je m’achète quelques trucs : un ou deux feutres, un demi-godet d’aquarelle, un carnet en soldes… Et souvent ça encourage mon prochain geste créatif, un peu comme si je m’étais à nouveau reconnectée à cette irrésistible pulsion de tracer des traits ou d’étaler de la couleur sur une feuille.

      J’adore le concept de l’ours marbré, réalisé avec l’enfant de ton amie. La compagnie d’enfants doit bien aider pour renouer avec sa propre candeur enfantine, sans pression, sans objectif de grandeur, simplement être dans l’instant et patouiller avec de la couleur en se marrant.

      Je te souhaite plein d’autres moments comme ça, y compris avec toi-même. Si j’ai pu te donner envie de te ruer sur tes fournitures, ma mission est accomplie.

  7. Merci pour ce partage de ton expérience et de tes astuces ! Je trouve ta prise de conscience qu’on a le droit de donner la priorité à nos loisirs hyper importante. Ça n’a aucun sens, cette « habitude » de reléguer les activités qui nous font du bien et nous épanouissent après les trucs chiants, le travail, les corvées, quand il nous « reste » du temps, alors qu’on est fatigué·es… Je suis évidemment la première à fonctionner comme ça, mais tu me donnes envie de réfléchir à cette organisation absurde de mes journées.

    J’ai remarqué que pour moi, la « disponibilité » d’une activité fait une grosse différence. Si je dois préparer du matériel, si je sais qu’ensuite il me faudra 30 minutes de rangements et de nettoyages, ça me demande un effort supplémentaire pour m’y mettre et ça me suffit généralement à me décourager. Le crochet est très pratique pour ça. J’aurais envie de me mettre à la couture, mais je sais qu’il vaut mieux que j’attende d’avoir un espace où je pourrais laisser une machine à coudre sans devoir la sortir et la ranger à chaque fois que je veux l’utiliser.

    1. Coucou Aline, merci pour ton partage. Ce que tu dis sur l’immédiateté du matériel, de la possibilité de faire, ça me parle beaucoup. Pour moi aussi, c’est une tannée si je dois passer une plombe à réunir du matériel pour faire quelque chose.

      Ne pas savoir où sont rangées mes affaires est un facteur aggravant. Un truc que j’avais fait et qui m’avait aidée : réunir les outils et consommables qui vont ensemble dans de grosses boîtes (peinture, gravure, etc.).

      J’ai aussi déblayé mon deuxième plan de travail, sur lequel il y a en permanence mes essentiels pour dessiner et peindre, et où les appareils électroniques sont interdits. C’est beaucoup plus facile de m’y mettre maintenant. J’aime bien préparer des choses pour « la moi du futur » (ne serait-ce que pour « la moi de demain »). Ça m’enlève de la charge mentale, et m’aide à m’y remettre comme si de rien n’était le lendemain.

  8. Bonjour Marie,
    C’est toujours un plaisir de lire tes billets.

    Ah, la question de la régularité créative…
    Personnellement, après plusieurs années où l’art (l’illustration, à cette époque-là) a été ma source de revenus, puis plusieurs années où ma maladie et mon handicap m’on tenu à l’écart du monde de l’emploi, j’ai fait le choix (bon gré, mal gré) de retrouver le monde du salariat. Une expérience désastreuse en tant que graphiste dans une asso, qui a bien failli me coûter ma santé mentale, et c’est enfin l’épanouissement professionnel. Je bosse dans un tiers-lieu culturel, format SCOP, avec une micro équipe bienveillante, et une flexibilité folle : un vrai confort.
    L’aspect créatif, le vrai, a toujours été là, la pratique aussi. Cependant, j’ai constaté que mon énergie, indépendamment de ma santé et de ses aléas, est bien plus présente quand ma journée n’a pas été phagocytée par une ambiance toxique et des missions peu motivantes…
    Je dessine tous les jours, ou presque, essentiellement le soir, durant une bonne heure.
    J’en ai besoin, que la journée ait été bonne ou mauvaise, que mes doigts et mes yeux suivent le rythme ou pas. Mes dessins me prennent chacun plusieurs dizaines d’heures (cette technique excessivement chronophage qu’est le pointillisme <3), alors je ne vise pas vraiment une productivité quantitative. Mais je dessine, et c'est ce qui compte. Je le fais pour moi, apaisée, exemptée du regard d'autrui. Je ne suis pas du tout régulière sur les réseaux sociaux (plus de deux ans de publications en retard…), et j'ai appris à dire non : non aux commandes qui ne m'intéressent pas, non aux expos foireuses dans des conditions impossibles. J'ai eu la chance de montrer mon travail artistique un peu partout en France et dans le monde, j'ai eu la chance d'en vivre (maigrement). Maintenant, je veux juste continuer à créer régulièrement, parce que ça me fait du bien parce que c'est ma source d'énergie et mon exutoire aussi.

    Côté astuce, je suis une inconditionnelle absolue des listes : une par jour, une par semaine, une par mois, une pour le matériel à renouveler, pour les lectures, les expos, les spectacles… Ca m'aide depuis 2006 à fragmenter mes journées, à m'organiser, à accorder à chaque chose la place qu'elle mérite : la lessive c'est important, mais c'est pas ça qui me rend heureuse.
    Et puis j'ai toujours une satisfaction presque enfantine à faire une croix devant chaque tâche accomplie, qu'elle soit ménagère, administrative ou artistique.

    Et l'ambiance est importante aussi, comme une sorte de routine : de la musique ou des podcasts, toujours un fond sonore, un thé ou une tisane, ma meilleure loupe et une bonne lumière, et c'est parti !

    Étonnamment, je pense que ma productivité est 'meilleure' à l'heure actuelle, car j'ai appris à connaître ma manière d'être, de travailler, mes limites aussi.
    C'est OK de vouloir gagner de l'argent avec son art, c'est aussi OK de se dire que ce n'est pas ça qui valide ou invalide le statut d'artiste, pro ou pas.

    En gros, pour synthétiser ce pavé : apprendre à se connaître, se décharger de toute forme de culpabilité ou diktat social, être en accord avec ses valeurs, voilà pour moi quelques élément qui me permettent de rester productive sur le plan artistique.

    Ah oui, et aussi faire des listes, énumérer… Mais peut-être l'ai-je déjà mentionné (humour pas fifou…) ?

    Au plaisir de te lire à nouveau, et de découvrir ce qui naît de tes doigts

    1. Bonjour Séverine,
      Je te remercie très sincèrement pour ce partage. Avant tout, je suis désolée que ton expérience dans cette asso ait été aussi destructrice, mais heureuse que tu aies depuis trouvé un poste bien mieux calibré à tes besoins.

      Je travaille en Scop, au sein d’une petite équipe sympa, moi aussi. Sans vouloir faire de généralité, c’est un modèle économique qui tend à remettre l’humain au centre du travail, de manière plus horizontale. Comme toi, je bénéficie d’une organisation très souple, et ça m’a vraiment changé la vie, d’autant plus que je télétravaille. Ces modalités m’offrent un grand espace de liberté pour organiser au mieux mes journées, prendre une pause quand j’en ressens le besoin, caler des tâches plus denses aux moments qui me conviennent le mieux dans la semaine, etc.

      Cela m’a passionnée de lire ta méthode pour dessiner, et ce qui t’aide à la mettre en œuvre jour après jour. Je suis une inconditionnelle des listes aussi ; quel(s) outil(s) utilises-tu pour les créer, les actualiser, les cocher ? Pour ma part, j’utilise un bullet journal simpliste (vue hebdomadaire qui me permet de lister chaque jour les éléments que j’ai envie de réaliser), ainsi que Joplin, un logiciel qui me permet d’avoir une vue un peu plus « macro » (objectifs sur le mois, qui évoluent en cours de route – le numérique me convient mieux pour ça).

      Finalement, ce qui me marque le plus dans ton message, c’est l’importance de s’écouter et de trouver un équilibre personnel. Pas plus tard qu’hier, je me suis justement demandé si les livres de « développement personnel créatif » dont je raffole, dont ceux d’Austin Kleon, ne limitent pas, dans une certaine mesure évidemment, certains de mes choix : à force d’essayer de coller à telle méthode proposée par autrui, dont le quotidien, la personnalité, les capacités, le rythme, etc. peuvent être très différents des miens, est-ce que je ne risque pas de passer à côté de mes propres besoins ?

      C’est de manière très empirique que je vérifie ça : en essayant certaines astuces, en voyant que ça ne fonctionne pas pour moi, et en expérimentant comme ça, par ricochet et tâtonnement, des façons de faire plus adaptées. J’ai parfois l’impression de découvrir l’eau tiède ! 😅 Mais je me sens de mieux en mieux au fur et à mesure que j’avance sur ce chemin créatif et, finalement, très métacognitif aussi.

  9. « reporter la lessive à plus tard » oui oui et re oui, c’est un truc que je dois me remettre en tête tout le temps. Les corvées ménagères peuvent attendre et surtout la création, la lecture, l’écriture, etc, ne sont pas une « récompense » pour avoir bien fait la vaisselle et passé l’aspirateur. -_-

    Les 30 minutes par jour = presque un mois par an, ben oui, vu comme ça. 🤯 Comme toujours te lire remet les idées en place !

    1. Les 30 minutes par jour = presque un mois par an, ben oui, vu comme ça. 🤯

      Oui, et pourtant mon cerveau retors résiste de toutes ses forces, depuis des années. Il a l’impression, fausse évidemment, que 30 minutes ne permettent pas de réaliser quoi que ce soit.

      J’essaie donc tout un tas de ruses pour le tromper. Par exemple : préparer le matériel dont j’aurai besoin le lendemain pour avancer mon projet créatif du moment. C’est plus facile pour moi de m’y mettre si mon espace de travail est praticable (je n’irais pas jusqu’à dire « rangé »), et si mon matériel est à portée de main. Je perds immédiatement le mojo si je dois passer 30 minutes à retourner mes boîtes, tiroirs et placards parce que je ne retrouve plus CE crayon ou CE livre dont j’ai besoin.

      la création, la lecture, l’écriture, etc, ne sont pas une « récompense » pour avoir bien fait la vaisselle et passé l’aspirateur.

      Je n’aurais pas si mieux l’exprimer !

  10. Salut Marie,
    Merci pour cet article, ça donne effectivement envie de retrousser ses manches et de s’y mettre !
    Moi, pour ma couture, ma technique est de bien séparer mentalement le projet en plein de petites étapes. Et de me pousser à faire les étapes plus compliquées en anticipant les étapes finales que je préfère. « Aller si tu fais ça aujourd’hui, peut être demain tu pourras faire les finitions à la main ce sera chouette ! »

    1. Salut Nolwenn,
      J’adore savoir comment tu organises tes projets de couture, merci de partager cela avec nous. Découper un projet en plein de petites étapes et se motiver soi-même avec ses étapes préférées, c’est vraiment bien vu. Je n’ai pas l’habitude de penser mes propres projets créatifs sous forme d’une liste d’étapes, mais peut-être que ça calmerait mon anxiété et ce désagréable sentiment d’être en permanence surmenée et en retard. Je vais méditer là-dessus.

      En ce moment, j’essaie de noter la veille pour le lendemain une liste de 3 choses que j’ai envie de faire, en lien avec mon projet ou mes projets du moment. C’est peut-être un début ?

Les commentaires sur ce billet sont désormais fermés, mais il est toujours possible de m’écrire pour réagir à ce billet !

Billets adjacents