Ceci est la suite de mon journal #5.

Lundi : embrasser la nullité

Feel no obligation to post on any schedule. Je relis le billet Guiding principles for my websites de Tracy Durnell, six mois plus tard. Cette phrase me fait du bien, car ces derniers jours j’ai culpabilisé de ne peut-être pas réussir à publier le présent billet à l’heure convenue. (Ridicule. Je sais.)

Dans le même genre : Embrace the void – don’t expect every piece to connect with somebody, dixit Sara Jakša en réponse à Tracy ; mais aussi Embrace the suck. Ça ferait un bon slogan pour un autocollant, ça.

Mardi : pas l’temps d’niaiser

Je suis choquée et même embarrassée de l’admettre, mais avoir une échéance me motive. Avoir une échéance m’aide à faire. Sans échéance, le temps n’a plus de valeur.

Penser à ma propre échéance est aussi un moteur. C’est pour ça que je suis contente d’avoir déplacé mon crâne en raku dans la cuisine, près de la fenêtre. Chaque jour, une piqûre de rappel : memento mori.

Céramique

Céramique crâne en raku et plantes d’intérieur. Je songe à suivre le tuto d’Aline pour ratiboiser ma pilea.

Mercredi : « l’artiste, cet accident »

(…) je trouve ces lignes écrites d’une écriture maladive, et que je vous donne comme les prémisses de mes noirs, de mes ombres – et que je n’écrirais plus aujourd’hui non plus : “J’ai passé par les allées froides et silencieuses du cimetière, et près des tombes désertes. Et j’ai connu le calme d’esprit. Ô mort que tu es large : dans le calme que ta pensée me donne, que de force contre le souci.”

Odilon Redon, Confidence d’artiste. Janvier 1913, Paris, L’Échoppe, collection Envois, 2011, p. 28-29

J’ai trouvé ce petit livre à Pont-Aven, dans les rayonnages d’une librairie-café-cantine végé à forte tonalité féministe dénommée Le Boucan. Un refuge des plus accueillants alors qu’il pleuvait des cordes et qu’il n’était pas encore tout à fait l’heure d’aller manger une crêpe.

À propos de son art, Odilon écrit : Bien que j’en connaisse les défauts et les faiblesses, j’en ai le respect.

Je vois tout à fait ce qu’il a voulu dire, il y a de ça 112 ans. Toutefois, je ne trouve ni défaut ni faiblesse dans ses estampes, dont j’ai retrouvé certaines pendant l’exposition Sorcières, elle-même fantastique.

L’artiste, cet accident, cet être que rien n’attend dans le monde social, sauf l’amour et l’admiration de quelques êtres, au hasard des affinités (…).

Trouver du réconfort dans les réflexions d’autres artistes, même quand ils sont déjà morts depuis longtemps, une sensation étrange.

Jeudi : fermer les robinets

Gros tri dans mon Feedly : je marque des milliers d’articles comme lus, et je me désabonne d’un tas de sites et blogs dont je me sens désormais étrangère. Fermer les robinets. Moins, mais mieux. Réduire permet d’apprécier d’autant plus les blogs qui restent.

J’annule aussi des abonnements payants liés à mon compte Apple, comme A Color Story et OneSec, ainsi que sur Patreon et Tipeee. Ça faisait un moment que ça me démangeait de réduire tout un tas de petites dépenses mensuelles qui, mine de rien, s’accumulent et finissent par peser leur poids à l’échelle d’une année.

Lu la veille, ce billet de Jenn Schiffer m’a sans doute influencée : my « shopping » note keeps me from buying dumb shit all the time.

Sur Tipeee, je continue à soutenir Aude Carbone. J’aime son art, j’aime sa plume, et j’aime l’Imposte, ce courrier trimestriel, sérigraphié par l’artiste.

Enveloppe

Enveloppe sérigraphiée en bleu, mauve et rose. À l’intérieur, une gazette, elle aussi sérigraphiée. Un moment de lecture que je savoure.

Vendredi : des carnets remplis de sirènes

Est-ce que ça vous arrive parfois, de réaliser sans difficulté une tâche pour laquelle vous avez procrastiné comme jamais ?

Moi, souvent. Plus de quatre décennies ici bas, et j’ignore toujours pourquoi je me fais une montagne de choses qui, non seulement sont à ma portée, mais qu’en plus j’aime faire😐

Cette semaine, poursuite de mes recherches pour mon polyptyque macabre à l’eau-forte et échantillonnage de nouvelles aquarelles (oui, encore), entre deux dessins de sirènes.

Carnets de croquis

Mon carnet à tout est déjà plein, alors que je l’ai commencé en juillet à peine. Au lieu de commencer un carnet neuf, je poursuis ma prise de note quotidienne dans un carnet aux mêmes dimensions, lâchement abandonné en 2019. Comme je donne un numéro d’inventaire à chaque carnet et que j’en numérote les pages, c’est facile de m’y retrouver.

J’ai bien aimé découvrir les carnets d’Elsa. J’aurai plein de trucs à dire à propos de mes propres carnets et du livre de Nathalie Sejean que j’ai hâte de recevoir, mais je développe ça dans une note dédiée : Que faire des idées notées dans nos carnets ?.

Plan de travail recouvert de différents outils artistiques

Samedi : paréidolies

Des choses que je veux noter sur mon blog pour ne pas les oublier :

  • dans le Finistère sud, la brocante Les Puces de Riec est ouverte dès 11 heures le dimanche (les autres ouvrent à 14 heures, meh). J’ai trouvé le livre Les êtres de la brume et de la nuit, qui parle de Mélusine comme fée de l’inachevé, par sa nature même de créature entre deux mondes. Énième raison d’être amoureuse de cette figure de la féminité monstrueuse, contrainte de se cacher (de se protéger ?) du regard masculin ;
  • Finistère toujours : à Trégunc, les pierres à paréidolies : tête de morse et tête d’éléphant (on n’a pas vu les animaux pétrifiés) ;
  • à Rochefort-en-Terre, dans le Morbihan, troisième visite du Naïa Museum, et la deuxième cette année. En parlant de sorcières bretonnes et de mort, je guette la sortie du Naïa Zine.
Mégalithe en forme de tête d’éléphant

Vous la voyez, la tête d’éléphant ? Mais si, là, la trompe au milieu et les grandes oreilles. Non ?

Dimanche : nouvelles du jardin

Les pelargoniums installés dans mes jardinières fin août commencent à fleurir. Sur quatre plants, il y en a deux rose pâle, un rouge fluo et un autre à la traîne. Le substrat est sans doute meilleur : on y a mis plus de terre végétale et de compost maison, en plus du terreau. Il y a même un petit plant de tomate qui pousse à leurs côtés.

À part ça, surprise devant la défoliation de notre bouleau pleureur par des hypomeutes. En théorie, il devrait s’en remettre, mais ça fait tout drôle. Les meufs se cambrent dès que tu approches, c’est impressionnant.

Chenilles jaunes et noires

Pour compenser, mon sanguisorba « lilac squirrel » fleurit et les érables virent au rouge. L’automne, ce second printemps, reste ma saison préférée. Je porte en permanence une doudoune sans manche, petit braséro portable.

Autres trucs cool cette semaine

Côté musique, coup de cœur total pour Transcendental, le nouvel album de The Answer Lies In The Black Void. Le doom le plus mélancolique que j’aie écouté depuis belle lurette. Et cette pochette au chat noir, on en parle ?

Chat noir assis sur des troncs d’arbre coupé, sur fond de forêt, avec ciel mélancolique.

Pour lire la suite, c’est par là : journal #7.

Marie

Déjà 16 commentaires

  1. Passion automne ici aussi, et j’ai profité de cette période propice au repli pour passer un sérieux coup de balai numérique: suppression de mon compte Insta car la balance avantages/inconvénients penchait trop vers le négatif (depuis, j’ai hélas recrée un compte pour m’abonner à une page dont il est impossible de suivre les actualités ailleurs, ce que je regrette), suppression de mes données sur des sites que je n’utilisais plus du tout, ratiboisage de mon Feedly pour retirer les blogs que je ne lisais plus, qui avaient été abandonnés depuis 5 ans et plus (!) ou pour m’abonner à leur lettre quand c’était proposé (coucou LLM :D).
    Extrêmement satisfaisant!

    Il y a aussi eu du désencombrement matériel, car je trie peut-être encore plus en automne qu’au printemps, go figure! Quoique c’est finalement logique, vu le temps qu’on passe chez soi en saison froide, autant se concocter un nid agréable pour les six mois à venir! Je suis (très) loin du dépouillement mais je vise au moins la fluidité et un ménage facilité :)

    En pierre à paréidolie, en visitant l’année dernière l’Andalousie et notamment Antequera pour ses dolmens (avis aux amatrices ;) ), j’ai vu à l’horizon le « rocher des amoureux », une petite montagne (881 mètres) qui ressemble à une statue de l’île de Pâques à l’horizontale.

    J’adore tes photos comme toujours, tu as vraiment l’oeil pour saisir le beau et l’étonnant!

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    1. Salut Linda ! Lerci beaucoup pour ton partage et tes compliments sur mes photos.

      Ce que tu dis sur le coup de balai numérique et le désencombrement matériel me parle énormément. Je me surprends à être vraiment tétanisée quand il y a trop de choses autour de moi – ce qui est un comble, car jadis je trouvais plutôt du confort dans l’accumulation. J’observe que mes pensées sont plus claires quand mon bureau est rangé.

      Faire un coup de propre, désencombrer comme tu dis, ce n’est jamais du temps perdu. C’est un vrai soulagement, et je ressens le même à chaque fois que j’ai vidé ma voiture à la déchèterie…

      Je suis touchée et fière que tu aies choisi de conserver mon blog dans ton jardin après ce désherbage numérique.

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  2. Marius Heureux

    15 octobre 2025

    Je crois que les œuvres d’Odillon sont mes préférées de l’exposition !

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    1. Je comprends. Je trouve qu’elles se démarquent beaucoup d’autres représentations plus stéréotypées.

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  3. Oh tellement honorée d’être citée ici dans ce si joli post. <3 Merci, c'est toujours un tel plaisir de te lire !

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    1. Merci à toi Elsa ! J’adore lire ta blog-letter.

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  4. Coeur sur toi pour le lien vers mon petit blog. 💜

    Ma pilea faisait pareil, je l’ai aussi ratiboisée et elle vit sa meilleure vie depuis (bon, l’année dernière elle faisait une sale gueule et j’ai décidé de lui faire passer l’été sur le rebord de la fenêtre extérieure – elle a adoré, depuis elle prospère à l’intérieur).

    « L’automne, ce second printemps » j’adore cette formule ! Quel émerveillement de voir la nature exploser de couleurs à nouveau.

    Moi je vois une tête de phoque dans la roche sur la photo du milieu en bas, juste au dessus de la tête d’éléphant !

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    1. Je t’en prie, plaisir de partager les bons petits blogs de chiroptères ! 🖤 Pour la paréidolie, tu brûles : c’est une tête de morse (décidément).

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  5. Quel plaisir de déguster cet article (comme les autres, même si je ne commente pas toujours), avec un bon café :-)
    J’aime aussi beaucoup la librairie Boucan, le brunch y est délicieux, la libraire passionnée et passionnante, et la sélection de livres ah la la !
    A tout bientôt Marie !

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    1. Merci Claire ! Peut-être qu’un jour on se croisera au Boucan, qui sait ? Ce serait un endroit tout indiqué pour papoter en lieu sûr.

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      1. Oh oui ce serait trop chouette ! Et chez Elizabeth&Jo, ma librairie préférée à Plougastel-Daoulas <3

      2. Ah, je l’avais déjà notée (peut-être me l’avais-tu recommandée par le passé ?), mais je n’ai pas encore eu l’occasion d’y passer. Hâte de la découvrir !

  6. Tout à fait d’accord avec Jennifer, quel bonheur absolu de te lire aussi régulièrement, et d’observer tout ce que tu crées. L’automne semble t’être très propice !
    (et sinon, ce titre de post <3)
    J'aime beaucoup les effets vaporeux grisés de la sirène. Les photos de Bretagne sont splendides (j'adore les chaos granitiques). Merci aussi de satisfaire un grand plaisir : voir le bureau des artistes avec tout le matériel (organisé par couleur *_* !)

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    1. Merci beaucoup, Madeleine ! Oui, l’automne est ma saison préférée, et cette année je me sens particulièrement en forme et inspirée. Les effets autour de la sirène, c’est grâce à mes aquarelles granuleuses Greenleaf & Blueberry ; le mélange bleu + orange donne un gris chaud qui va avec tout. Je suis épatée que tu aies perçu le classement chromatique de mes crayons de couleurs !

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  7. Vraiment, ces posts « journaux » sont mon bonbon matinal avant d’enchainer avec la journée. Et cette sirène tout à droite, dont le torse n’est que squelette, c’est un coup de cœur et j’espère que tu en réaliseras une version magnifique, mais ça, je n’en doute pas vu ton talent !

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    1. Merci beaucoup Jennifer ! Je ne pensais pas que cette petite sirène creepy retiendrait l’attention, mais écoute, défi accepté : je me note l’idée pour un prochain projet.

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