Ceci est la suite de mon journal #6.
Ambiance
Le trimestre est très chargé et je recommence à me sentir comme du beurre sur une tartine trop grande (vidéo mal sous-titrée).
Je n’avais pas prévu de mettre un mois à publier un nouveau journal, mais plusieurs choses ont freiné la frénésie bloguesque que j’ai amorcée cet été :
- début octobre, je suis allée à Paris pour un congrès d’art macabre, ça a été formidable et j’ai fait de belles rencontres, mais mes batteries cognitives ont mis 10 jours à se recharger. En plus de nécessiter une attention soutenue, ces journées ont puisé en profondeur dans mon réservoir à sociabilité ;
- cette note d’Austin Kleon m’a fait culpabiliser d’écrire et de publier beaucoup. Ce qui est ridicule, je sais. Je m’efforce de remettre cette mesquinerie soudaine en perspective, listant dans ma tête tous les privilèges dont Kleon bénéficie. Ils lui donnent sans doute assez de légitimité pour juger, du haut de son piédestal d’auteur à succès, ce que nous autres, écrivain·es de seconde zone, essayons de faire éclore de nos têtes et de nos mains, en dépit d’un quotidien laborieux ;
- le jeune hérisson qui vivait dans notre jardin est mort et ça m’a rendue triste.
J’ai néanmoins continué à écrire, tellement en fait que j’estime avoir de quoi alimenter plusieurs journaux. Cependant, j’envisage de ralentir leur rythme de publication (tous les 15 jours ? une fois par mois ?) afin d’écrire et publier autre chose que mes seuls journaux et notes hebdo. Ajoutons à cela que mes journées ne sont pas extensibles à l’infini : je dois donc me résoudre à faire des choix.
Le sentiment de culpabilité à l’idée de publier un journal chaque semaine s’est aussi renforcé à partir du moment où j’ai remis en route ma newsletter hebdomadaire. Je ne ressentais pas du tout la même chose tant qu’il y avait seulement mon flux RSS qui fonctionnait.
Est-ce parce que l’e-mail hebdomadaire est un moment un peu plus solennel et personnel qu’une simple notification RSS ? Que ça attire davantage l’attention ? Que j’ai peur de ne publier « plus que » mon journal ?
…Et, en même temps, c’est mon blog et j’y publie bien ce que je veux ? J’ai beau essayer de m’en convaincre, cette pique revient dès que j’y pense.

Capture d’écran de la note cassante d’Austin Kleon sur Substack.
En vrai, je pense que mon cerveau est en train de faire ce qu’il préfère faire au monde, c’est-à-dire surinvestir et rendre compliqué quelque chose de simple : le plaisir d’écrire et publier ce qui me plaît à moi. Me sera-t-il possible de mûrir un jour et de cesser ce genre d’atermoiement ?
Sur le sujet du blogging, deux autres lectures ont résonné, plus doucement cette fois. Je les ai découvertes grâce à JCProbably dont j’aime bien le « postroll » :
- I prefer being in a little corner of the internet : idée de croissance progressive, de ne pas vouloir se retrouver en première page, tout en accueillant avec plaisir de nouvelles lecteurices ;
- Is necessary that I publish this? : questions à se poser, pourquoi ce besoin de publier ses écrits sur Internet ? Pourquoi ne pas les garder pour soi ? LA question au centre de tout, à laquelle j’ai encore du mal à répondre de manière claire, même si je blogue depuis plus de deux décennies (ma meilleure réponse pour l’instant, c’est : créer du lien, au sens propre et figuré).
Quoi qu’il en soit, vive les blogs perso.
Lectures et cogitations créatives
Carnets et palimpsestes de Nathalie Sejean

Aperçu des trackers de Nathalie Sejean (photo qu’elle m’a gentiment envoyée et autorisée à publier).
L’atelier « Carnet d’idées » de Nathalie Sejean a eu lieu il y a quelques jours. J’attendais beaucoup ce moment et je n’ai pas été déçue. L’envie de lire son livre pour compléter l’atelier est d’autant plus forte – il devrait arriver d’un jour à l’autre maintenant.
Parmi les outils qu’elle nous a présentés, je retiens en particulier le palimpseste : c’est ainsi qu’elle appelle une petite note de contexte qu’elle écrit à proximité d’une note qu’elle relit, parfois des années plus tard, pour se signifier à elle-même qu’elle est toujours intéressée par cette note-là et qu’il y a peut-être quelque chose à développer. Par exemple : date, lieu, et petit cœur, écrits au stylo rouge pour les distinguer de la note originale, en général écrite dans une autre couleur.
Selon Nathalie Sejean, revisiter ses carnets d’idées régulièrement est essentiel pour pouvoir bénéficier du compost créatif que le « soi du passé » a préparé en prenant des notes. Avec le recul, on se rend mieux compte des fils rouges, des similitudes, des idées qui nous colle aux basques et que nous pouvons développer aujourd’hui, dans un projet déjà en cours ou bien dans un tout nouveau projet.

Un palimpseste est un manuscrit constitué d’un parchemin déjà utilisé, dont on a fait disparaître les inscriptions pour pouvoir y écrire de nouveau. Ici, le Codex Ephraemi Rescriptus de la Bibliothèque nationale de France (Ve siècle puis XIIe siècle). Domaine public. Source : Wikipédia.
Je suis aussi tentée de m’inscrire à un autre atelier qu’elle propose : Tracker et Index, dont l’objectif est d’apprendre à archiver son quotidien et surtout cataloguer ses notes de lecture (c’est le point qui m’intéresse le plus).
Autres lectures créatives
En parallèle, j’ai commencé à lire La Méthode Boclet de Mohamed Boclet un peu sur un coup de tête. Il y est question de techniques de lecture rapide, d’organisation et de mind mapping, des outils qui pourraient m’aider à avancer certains projets. Même si ma lecture est freinée à cause de phrases et de formules agaçantes au possible, pour l’instant je la poursuis, car ma curiosité prend le dessus.
J’essaie aussi de terminer Make Your Art No Matter What: Moving Beyond Creative Hurdles de Beth Pickens, commencé début septembre. Or, chaque soir, il me tombe des mains. C’est décevant. Comme il est présenté par l’éditeur comme le Libérez votre créativité du 21e siècle
, j’en attendais beaucoup.
Je n’ai toujours pas commencé à chroniquer les autres livres de « développement créatif » lus cet été, alors que je m’étais promis de leur consacrer une note. Même la perspective d’en écrire seulement quelques lignes me tétanise, alors que c’est la philosophie du jardin numérique. Quelque chose bloque encore.
Tech
J’ai remis les mains dans le code de mon thème WordPress et j’ai enfin compris comment utiliser PoEdit sans licence pour traduire mon thème.
- Dans PoEdit, ouvrir le fichier .pot du thème.
- Cliquer sur le bouton « Mettre à jour depuis le code source » puis fermer le fichier .pot.
- Ouvrir le fichier .po du thème, puis aller dans le menu Traduction > Mettre à jour depuis un fichier POT…, puis sélectionner le fichier .pot concerné.
- Compiler le fichier .mo.
Je devrais probablement faire une note dédiée à ce genre de truc, mais bon, pour l’instant, ça a le mérite d’être là.
J’ai aussi débugué le webzine lunemauvien, en voulant revoir les versions successives de mon blog. Tout était cassé à cause d’un malheureux <? sans php. Plein d’images sont manquantes pour une raison que j’ignore*, je corrigerai ça à l’occasion.
(* Indice : « Cet article a déjà 17 ans ».)
Atelier
Linogravure
En un mois, j’ai eu le temps de faire plein de choses. Pour commencer, j’ai profité d’un récent crafternoon avec Rozenn Pakotill pour commencer à graver ma prochaine carte de vœux (il y avait quelques croquis dans mon journal #5).
Je prévois trois matrices :
- une matrice encrée en noir, dans laquelle j’ai creusé des motifs bretons en creux pour qu’ils laissent transparaître le papier recyclé noir fabriqué cet été ;
- une matrice encrée en blanc, sur laquelle je ne grave rien, ça sera simplement un aplat blanc, centré par dessus l’arrière-plan à motifs ;
- une seconde matrice encrée en noir, sur laquelle j’ai commencé à graver le personnage, une bigoudène goth. Je le positionnerai par dessus l’aplat blanc.
Rozenn m’a aussi fait découvrir qu’il est possible de fabriquer du papier recyclé à base d’herbe tondue. Je suis évidemment très tentée d’essayer.
Eau-forte
Côté eau-forte, j’ai enfin dessiné et gravé le dernier squelette à coiffe bretonne pour mon polyptyque. J’ai l’impression d’avoir causé plusieurs petites crevées en laissant la matrice trop longtemps dans le mordant, mais bon, il faudra attendre le tirage d’épreuve pour voir l’étendu des dégâts.
Matrice heureuse de sortir de la trempête.
Estampes toutes fraîches. En bas : le travail de Rozenn ; en haut, le mien.
L’étape suivante a été coton : dessiner des détails de dentelle ou de broderies au vernis, avec un pinceau très fin, directement sur la matrice en zinc. Le genre de moment où, seule dans mon atelier, généralement à l’aube, je me dis : « Purée, c’était vraiment une idée à la con, ça ».
Nevertheless, je persiste. Je suis à la fois impatiente et anxieuse de replonger la matrice dans l’eau-forte : je m’inquiète d’avoir mal avoir posé mon aquatinte, de mal anticiper la durée des bains qui vont être nécessaires, bref de faire de la merde et de devoir tout recommencer, alors que je suis déjà lente et en retard sur le planning que je fantasmais de pouvoir tenir.
Que d’angoisses, pour quelque chose qui est censé être un plaisir !
Gravure du dessin dans le vernis dont j’ai enduit la matrice en zinc
Essuyage au white spirit après bain dans le mordant, moment magique où le dessin gravé se révèle.
Allégorie de savant fou en pleine nécromancie.
Où j’essaie de dessiner de la dentelle bretonne avec du vernis Charbonnel, avant le deuxième passage dans le mordant.
Perfectionnisme maladif
En comparant mon travail à celui d’autres camarades, que ce soit pendant les cours de gravure aux beaux-arts ou en ligne, je me rends bien compte à quel point je suis atteinte d’un perfectionnisme maladif, d’une obsession du micro-détail que personne ne remarquera à part moi, et à quel point j’ai du mal à lâcher prise. Pas étonnant que le moindre de mes projets artistiques prenne une plombe…
Je commence à collectionner des articles sur des artistes, des auteurices extrêmement perfectionnistes, pour relativiser et me rassurer.
Par exemple, j’ai appris que Marcel Proust était décrit par son éditeur comme un homme extrêmement minutieux et susceptible
, et même comme l’homme le plus compliqué de Paris
. J’ai ressenti beaucoup d’empathie pour Proust en lisant l’article : faire preuve de perfectionnisme avec une œuvre aussi gigantesque devait être un véritable fléau, bien que j’en comprenne l’impérieuse nécessité.
Dessins de Martine Bourre, trouvés dans une boîte à livres, collés dans mon carnet de croquis pour inspiration.
Croquis de téléphone inspiré par une pochette d’album de Johanna Kurkela.
Mon atelier en désordre pendant le crafternoon avec Rozenn. Cette photo nous représente si bien.
Escapade
Fragments d’une journée hyperactive à Rennes : rendez-vous annuel pour mes quenottes, passage au magasin d’art pour acheter un pinceau fin, donc (la vendeuse m’a remis le Graal : une carte de réduction -20 %, réservée aux étudiant·es en art, youpi), tea time avec Lucie chez Oh My Biche, puis déjeuner avec l’être aimé.
Ensuite, j’ai filé aux Champs Libres pour voir deux expositions. La première, c’était Gwiskañ d’Aurélie Scouarnec : de très belles photos de coiffes bretonnes, avec une lumière magnifique, qui m’a rappelé certains tableaux anciens.
La seconde, c’était Carnavals, une plongée dans différents carnavals du monde en général et du Grand Ouest en particulier : Douarnenez, Nantes, Guémené-sur-Scorff, Scaër, Granville.

Nombreux masques. Le nightmare fuel est total. Je ne sais quel masque est le pire : le poireau ou l’asperge ?
J’ai adoré le court-métrage sur les Gras de Douarnenez et le Den Paolig, une effigie en papier mâché de plusieurs mètres de haut brûlée à la fin des festivités :
Y’a pas à dire : on sait s’amuser, dans le Finistère.
C’était aussi super intéressant de découvrir la dimension politique du carnaval, dont je n’avais pas assez conscience. Par exemple, des écoliers et collégiens de Plogoff ont défilé devant les forces de l’ordre pour Mardi gras en 1980, déguisés en bidons de déchets radioactifs : c’était une manière de soutenir la lutte contre l’implantation d’une centrale nucléaire sur ce territoire.
La toute première partie de l’expo, consacrée aux costumes et masques du monde entier, vaut elle aussi le coup d’œil.
Masque facial de la mort, Pologne, années 1970
Zombi Baréyo, Cayenne, années 2000
Urtzu, Italie, années 2000
Krampus ou Schiache Percht, Autriche, années 1970
Pendant l’expo, j’ai particulièrement apprécié cette vidéo sous-titrée créée par Anaïs Vaillant, anthropologue. Elle explique en quoi les limites font parties intégrantes des règles du jeu du carnaval et transpose cette réflexion à des sujets hélas toujours d’actualité (appropriation culturelle, racisme, antisémitisme, transphobie…).
Dans la même veine, Les Reines Pédauques s’emparent des pratiques carnavalesques traditionnelles en rejetant ses éléments les plus patriarcaux dans leur livre Carnavale-toi ! Petit guide d’émancipation féministe carnavalesque. Vous pouvez en écouter une courte présentation dans le podcast Carnaval, nouveau mode d’emploi de Céline du Chéné.

Jardin
Les érables ont beau virer au rouge de toutes leurs forces, les branches du cognassier ont beau crouler sous les fruits, les éleagnus ont beau émettre un parfum entêtant, à chaque fois que je vais dans le jardin, mon regard se tourne malgré moi vers les endroits où nous croisions feu Georges, le dit hérisson.
J’essaie de me consoler en me disant que si nous en avons croisé un, il doit y en avoir d’autres. J’espère cependant ne pas les voir, de peur qu’ils soient eux aussi mal en point – même si la présence d’un hérisson en plein jour n’est pas forcément signe que quelque chose va mal (cf. Secourir un hérisson sur le site de la LPO).
Antidotes
- Écouter The Tortured Poets Department au casque
- Corriger des trucs qui m’enquiquinaient depuis des années dans mon thème WordPress
- La pâte de pistache
- support underrated people par Imperfect
- Flâner avec mon ordi au coin du feu, comme un gros chat
- Ces peintures, cette vierge ouvrante (la voici animée) et ces gravures
- Pouvoir à nouveau porter des pulls
- Mon minuteur silencieux, qui m’aide si souvent à me mettre à ce que j’avais prévu de faire même quand je n’en ai plus aucune envie
- Déguster un clafoutis avec les cerises du jardin congelées cet été
- Voir une boîte à crâne puis boire un pumpkin spice latte à Châtelaudren
- Quand mes blogs préf’ sont mis à jour
- Les étals de champignons et de courges
- Une gorgée de thé ou de tisane pile à la bonne température
- How to die de Mike Monteiro
Que le voile se lève.
Pour lire la suite, c’est par là : journal #8.

































Jennifer
14 novembre 2025
Je ne sais plus quoi commenter tant tout a déjà été dit. Mais, encore, merci pour ces bonbons journalistiques que j’aime lire comme une bible, en organisant mon temps pour être seule, sans distraction, juste ton blog et moi. Et à chaque fois, j’ai le sentiment de vouloir ressortir mon blog de sa tanière.
Marie ☽
16 novembre 2025
Moi j’dis : fonce.
Jennifer
17 novembre 2025
Oh je suis si mauvaise en code etc, je ne sais pas si je vais y arriver mais j’y pense fort !!!
Kellya
3 novembre 2025
J’adore les photos de l’expo qui me font penser fort à George de la Tour, mon peintre préféré.
Ca m’énerve que certains puissent se sentir légitimes quoi qu’ils fassent alors que nous sommes là à tenter de garder debout nos vacillantes légitimités déséquilirbées apr le moindre souffle.
Tes bretonnes macabres sont sublimes, et quel travail!
Je n’ai que très peu créé ces derniers mois et ca me manque un peu, mais en meme temps j’ai fait plein d’autres choses, en particulier nourrir mes relations, ce qui me réjouis aussi beaucoup, alors j’essaie de ne pas trop me culpabiliser.
C’est quoi le principe du minuteur silencieux?
Marie ☽
10 novembre 2025
Merci Kellya, ça me fait plaisir de te retrouver par ici ! Tu as raison, il y a une ressemblance certaines avec des toiles de Georges de La Tour.
Le minuteur silencieux, c’est un minuteur à la base conçu pour les enfants, qui aide à visualiser le temps qui passe. L’idée c’est de l’avoir devant toi, pour te libérer d’avoir à regarder l’horloge qui tourne, tout en t’aidant sinon à apprécier, du moins à mieux appréhender, le temps qui passe.
Par exemple, si je règle mon minuteur silencieux pour qu’il décompte une heure, et que j’ai l’intention de créer pendant cette heure, mais que je passe 40 minutes à « doomscroller » sur Instagram, ça amplifie beaucoup le sentiment d’avoir perdu mon temps.
Le minuteur silencieux me fait prendre conscience que j’ai du temps, mais que je ne l’utilise pas à bon escient. Bref, c’est un outil qui m’aide beaucoup, à tel point que j’envisage de m’en acheter un second pour en avoir un dans chaque pièce où je travaille.
Prendre soin de tes relations est très important, tu as raison d’en prendre soin. Je te souhaite de pouvoir très bientôt renouer avec ta pratique, sans culpabilité !
Lucide
3 novembre 2025
J’ai l’impression que le blogging a toujours été une activité marginale, c’était le cas au début des années 2000 (bizarres ces gens qui s’expriment sur Internet) et encore aujourd’hui (bizarres ces gens qui s’expriment sur Internet via un média ringard), même les blogueuses mode à succès se sont fait regarder de travers à la belle époque (sexisme et tutti quanti). Il faudrait probablement suivre les tendances et, donc, traiter du bon sujet selon les bons médias (mais selon qui ?). Perso j’ai toujours eu un petit malaise au fond de moi à l’idée de bloguer mais c’est parce que je ne me suis jamais affranchie du regard des autres. Et puis, au delà de tout ça, il n’est pas rare de se faire traverser par un bon gros « what the point anyway ». Cependant, toi Marie, tu as su fédérer une communauté autour du blogging et des sujets que tu traites. Je n’aurais peut-être pas autant envie de continuer à écrire sur Internet sans toi. Je ne veux pas te mettre la pression mais je crois que tu aides pas mal de gens.
Austin Kleon est très intéressant à bien des égards mais bon, c’est un homme.
Marie ☽
10 novembre 2025
Merci beaucoup pour tes mots, qui me vont droit au cœur.
Tu as raison de rappeler que bloguer – et, par extension, avoir un site web à soi – n’a jamais été une activité considérée de manière positive. En ce moment, je lis Internet Phone Book, qui est une pépite. Dans un essai mémorable, la chercheuse Olia Lialina rappelle cette citation méprisante de Tim Berners-Lee, l’inventeur du web :
Ça date de 1996, qui était soi-disant l’âge d’or des sites perso. En fait, non : c’était déjà la honte d’avoir une page web, même si on a globalement lâché les fonds noirs clignotants entre temps.
Le regard d’autrui sur nos publications est loin d’être anodin. Plus on a d’ancienneté sur le net, plus ça peut avoir modelé certains de nos usages ou réflexes.
Cependant, il existe des solutions pour maîtriser l’impact de ce regard : par exemple, en rendant nos espaces de publication moins publics et/ou plus disséminés – entre plusieurs blogs et une newsletter, comme tu le fais déjà.
Mais, pour moi, ça ne change rien : même au sein d’un cercle limité, une personne peut faire irruption et ébranler ta confiance, que cette personne soit mal intentionnée ou non (perso, je trouve que ça fait d’autant plus mal quand ça vient d’une bonne intention). Il suffit bien souvent qu’une seule personne trouve à redire pour que ça nous casse dans notre élan, en faisant abstraction des neuf autres qui étaient enthousiastes et soutenantes, elles.
C’est pourquoi, à mes yeux, c’est important d’écrire son blog pour soi, en remettant en perspective l’avis d’autrui : oui, il y a sans doute des gens quelque part sur Internet qui détestent mes textes, mes créations, mon apparence physique, mon style, mes choix, etc. Et alors ?
C’est leur choix, et ça m’atteint moins maintenant que j’ai acquis des outils pour consolider ma confiance en moi. Je réalise à quel point ça m’aide d’être ma propre « personne sûre » pour faire face à l’incompréhension voire au dénigrement.
Ce n’est pas facile (en vrai, ça m’a pris des années) ; bien souvent, j’ai des rechutes, me réveillant certains matins en me disant : what’s the point anyway? Mais très vite, je me rappelle que le point, c’est de m’amuser et de faire ce qui me fait plaisir à moi. C’est une raison suffisante.
Maintenant que je l’ai compris, je savoure d’autant plus le fait d’écrire et de partager ce que j’aime sur mon blog. Quand je doute, j’essaie d’écrire le blog que j’aimerais lire. Ça fonctionne souvent.
Si quelqu’un pense que nos blogs sont d’horribles gnomes, ce n’est pas notre problème. Notre problème, c’est de laisser s’exprimer cette furieuse envie de partager, qui nous démange depuis si longtemps. Quiconque nous reproche cela a tort, même Austin Kleon en effet.
Linda
3 novembre 2025
Bonjour Marie,
J’ai un sérieux retard de commentaires causé par ds semaines de boulot fatigantes et une loooongue pause Internet depuis cet été. Pas une coupure totale mais un éloignement, une saturation de voir partout (sur les réseaux sociaux, pas chez toi hein!) le même style de posts, les mêmes mises en scène au pseudo-naturel hyper travaillé, les mêmes intonations…les grosses ficelles de la course aux vues m’ont écoeurée un temps de la toile en général.
Pour en venir au sujet de ton article du jour, commençons par Austin Kleon, attention rant incoming.
Bon déjà, déclaration de conflit d’intérêts, je ne suis pas une grande connaisseuse/amatrice de la littérature américaine en général, mais j’ai une aversion absolue de la littérature américaine du XXIème siècle biberonnée aux cours de creative writing.
Le creative writing, pourquoi pas sur le principe, pour donner des pistes, faire découvrir de nouvelles idées, ouvrir des possibilités, bref pour INSPIRER, mais pas si ça devient un enfermement, un dogme, une rationalisation de la création à grands coups de slogans, « show don’t tell » (ça encore admettons), « edit edit edit », « mort aux adverbes » (pourquoi tant de haine?), etc. L’art n’est pas une science exacte bon sang.
Et pardon, mais les Etats-Unis ont commencé à écrire avant-hier au regard de l’histoire occidentale, donc pour qui il se prend ce type? Who died and made Austin Kleon the new Aristote?
Bref, écris ce que tu veux, comme tu le veux, autant que tu le veux. Si tu grimaces demain en te relisant c’est que tu auras évolué et peaufiné ta technique, et tant mieux, c’est cool aussi de pouvoir observer concrètement sa progression. Il n’y a pas de fin au travail d’écriture (et de tout art), that’s the fun of it.
Fin du rant :D
Tes eaux-fortes sont trop stylées et tes escapades créatives donnent très envie, mais comment entends-tu parler de choses pareilles? Je ne suis abonnée à aucune lettre culturelle et du coup j’apprends après coup, des semaines ou des mois après, qu’il y a eu une expo à Paris ou ailleurs que j’aurais adoré aller voir. Mais je ne veux pas non plus que ma boîte soit envahie de lettres d’infos de cinquante musées qui ne m’intéresseront qu’une ou deux fois par an à tout casser :/
Marie ☽
10 novembre 2025
Bonjour Linda,
Je comprends tout à fait ta lassitude et ton écœurement numérique et me réjouis que tu aies pu écouter ce besoin profond de faire une pause. Au sein de ce paysage saturé, je trouve ça trop cool que mon vieux blog puisse continuer à t’accueillir.
Par ricochet, ton rant sur l’écriture créative et Austin Kleon m’a fait du bien. Cette haine des adverbes, je l’avais découverte chez Stephen King et ça m’avait prise de cours, car je n’y avais jamais réfléchi. Paradoxalement, Austin Kleon n’est pas du genre à donner de telles leçons. Au contraire, dans ses trois livres, il réussit l’exploit d’esquisser des chemins, sans en imposer aucun.
Toutefois, en lisant ses publications quotidiennes sur Substack, je crois deviner une personne à cheval sur tout un tas de principes que je trouve souvent limitants. Mais qui suis-je pour écrire cela ? Je suis moi-même atteinte d’un sens moral et d’un rigorisme on ne peut plus morbides.
Pour répondre à ta question :
Je suis beaucoup de personnes ayant les mêmes centres d’intérêt que moi, dont une bonne part vit dans des zones géographiques qui m’intéressent, et qui partagent elles aussi leurs trouvailles sur le net.
Je consulte aussi mon agrégateur RSS chaque jour ou presque. Je m’abonne autant à des blogs, qu’à des sites institutionnels (certains musées ou assos spécialisées par exemple) ou à des newsletters. Je range tous ces flux dans des catégories thématiques que je consulte tour à tour.
À travers les commentaires qui sont publiés à la fin de mes billets, je fais aussi plein de découvertes, par rebond. Mon blog n’est pas qu’une expérience d’écriture pour moi, c’est aussi un lieu de partage sur des sujets très spécifiques, comme une respiration.
La cerise sur le kouign aman, c’est quand des proches ou des potes m’envoient des liens vers des trucs qui peuvent m’intéresser : tel podcast, telle expo, telle lecture…
Bref, pour résumer : je fais des fixettes très très intenses sur des sujets bizarres, j’en parle autour de moi dès que j’en ai l’occasion et je passe mon temps sur Internet depuis plus de 20 ans. À ce stade, ma curation se fait toute seule ou presque. Je n’ai qu’à lancer mon navigateur web pour crouler sous les idées et les tentations.
A
3 novembre 2025
Chère Marie,
C’est un plaisir sans nom de te suivre.
Nous ne nous connaissons pas.
Nous ne nous rencontrerons peut-être jamais.
Mais je suis touchée, émerveillée, intéressée par tes partages, par ton cheminement créatif, par la beauté de tes créations et de tes découvertes, par les difficultés et les joies dont tu parles en toute sincérité.
Tu crées et tu maintiens un lien d’humanité invisible mais réel entre nous.
Que je reçois avec gratitude et discrétion.
Cette légitimité-là, que tu te donnes et que je te reconnais est nourrissante et joyeuse.
Je te remercie pour cela, et j’espère que tu auras encore longtemps l’énergie et l’envie de poursuivre sur ce chemin.
Bon épanouissement créatif, et soutien quand la vie bouscule.
Marie ☽
10 novembre 2025
Chère A, merci beaucoup pour ce message extrêmement doux ! De la joie, de la gratitude, de l’émotion : je ressens tout cela en te lisant moi aussi, émerveillée par cette sérendipité propre à Internet grâce à qui nous devons cet instant partagé.
anda
1er novembre 2025
Regarding Austin Kleon: his wife if a professional editor. He even said she edits all his Friday newsletters. So it’s easy for him to suggest more editing when he’s been living with and learning from and using a professioanl editor for so many years.
(I came here from an insta story shared by @nathaliesejean and ended up reading a few of your posts. Your energy is contagious <3)
Marie ☽
3 novembre 2025
Welcome anda ! Thank you so much for your kind words. I didn’t know Kleon’s wife is an editor. It explains a lot and makes his note even more pettier.
Sempra
31 octobre 2025
La note d’Austin Kleon m’a énervée, ça pue vraiment le mépris. 🙄 C’est humain de vouloir partager ce qu’on écrit et ce qu’on vit, tout simplement. Comme tu le dis, créer du lien. C’est un peu le propre de l’expérience humaine. Personne n’a de légitimité pour dire que c’est trop, en fait.
L’expo Gwiskañ est sublime, on dirait vraiment des peintures, je suis subjuguée. Je passe sur l’HORREUR qu’est cet Astérix démesuré – nervermind le poireau et l’asperge 😂.
Pensée pour Georges. Je ne doute pas que si lui avait trouvé le chemin de votre jardin, tous ses copains doivent aussi le visiter une fois la nuit tombée. 🖤🕯️
Marie ☽
2 novembre 2025
J’avoue, l’Astérix est immonde. 🥲
Pour Kleon : avec le recul, aujourd’hui ça ne me touche plus tant que ça, mais quand j’ai lu ça sur le moment, ça m’a vraiment fait drôle, à plus forte raison parce que ses textes sont si soutenants et motivants d’ordinaire.
Merci pour tes mots doux en tout cas, ça a fait une vraie différence !
Mina
31 octobre 2025
Si je peux lire des texte s’interrogeant sur le bien fondé de telles ou telle façon d’envisager sa créativité je me garde bien de le sentir attaquée quand je ne réponds pas aux critères. En vérité je lis très peu sur le processus des autres, y compris en matière de publication.
J’ai toujours ce picotement dans la nuque quand il y des injonctions, cachées ou non. On a envie de partager parfois, d’autres fois non, et ça peut revenir. Quelle importance. Suis ton instinct. Fais ce qui t’apporte de la joie: ce sont les clefs de l’équilibre et il n’est pas le même pour chacunE
Marie ☽
2 novembre 2025
Tu parles d’or, chère Mina ! Merci de me prêter ton regard sur tout ça quelques instants, ça m’aide.
Fa_danslesbois
31 octobre 2025
Ma chère Marie, dont je ne commente pas vraiment souvent les billets doux-amers (voire pas du tout), mais que j’ai le privilège de suivre depuis … 2004 (beat this fellows !), je me fends d’un mot trop rapide pour te dire que :
tes processus créatifs sont les * tiens *.Et c’est tout, dans le fond, la forme, le rythme, les modalités, les pauses, les doutes et les explorations. Je suis * outrée * qu’un sombre guguss (et peu importe qui est-ce, vraiment) se permette de clamer qui écrit trop ou pas assez.
En fait …what ? Non seulement cette position est remarquablement stupide et déplacée, du haut d’un probable gros privilège en effet, mais en plus la particularité de chaque artiste réside justement et foncièrement dans son processus propre.
Un Proust synthétique et bâclant le taf n’aurait pas juste été transmuté dans un uchronique metaverse en un néo-Proust ubérisé de la startup nation sous perfusion IA, ce n’aurait pas été Proust * du tout * … c’est précisément son schème très personnel qui a fait son œuvre unique, et c’est valable pour toute création. Donc bon, restons zen et reprenons du pumpkin douce latte au coin du feu (tu m’as donné envie).
Et au final, tant mieux si certains se croient permis de dicter les règles de la grande box mondiale, cela nous permet de vérifier clairement qu’on est bel et bien, encore et pour toujours, avec fierté et joie, out-of-the-box. (Emoji poing levé et cheveux au vent voilà)
J’adore tes petites dames bretonnes osseuses. Coucou à Rozenn, plein de bises de Samonios :*
Marie ☽
2 novembre 2025
Ma chère Fa, merci beaucoup pour ton message, qui a agi tel un précieux levain de forêt sur mon sentiment de légitimité vacillant ! Tu as raison, quel que soit le « guguss » (meilleur mot 😂), osef.
Je me laisse encore trop influencer par les personnes que je mets sur un piédestal, et les commentaires que j’ai la chance de lire en réaction à ce billet est un reality check fort bienvenu.
Fa_danslesbois
4 novembre 2025
(Héhé Guguss Killers on air by there ;) )
Ambre
31 octobre 2025
Je plussoie Delphine M.
Amusant parce que justement, hier, je suis tombée sur cette vidéo (un TedX) qui dit totalement l’inverse et m’a fait un bien fou (là où je me posais la question de la pertinence d’être créative dans ce monde déréglé et en feu).
Marie ☽
2 novembre 2025
Coucou Ambre ! Merci pour ce partage ! En effet, cette vidéo est d’utilité publique.
Mon muscle de la légitimité est encore un peu faiblard, aussi je doute très souvent. Parfois, l’avis négatif de quelqu’un que l’on admire peut faire particulièrement du mal. De l’eau a coulé sous les ponts depuis que j’ai lu la note d’Austin Kleon ; je la trouve toujours aussi cynique, mais je réussis mieux à la mettre à distance maintenant.
Paradoxalement, au-dessus de mon bureau, j’ai accroché plusieurs citations de Kleon, dont celle-ci, qui est en quelque sorte le contre-pied de son petit caca sur Substack, où il s’est un peu oublié, je crois 🥲 :
Delphine M.
31 octobre 2025
Je suis triste d’apprendre que ce commentaire d’Austin Kleon ait réussi à faire son chemin jusqu’à te toucher. Personne ne peut dire à quelqu’un d’autre « tu écris trop », comme je n’accepterais pas que quelqu’un me dise « tu dessines trop ». Cela revient à dire « tu t’exprimes trop » et donc « tu existes trop ».
Continue à écrire exactement comme tu le ressens ! Ça ne peut pas être trop, ni pas assez. C’est juste le bon volume puisque c’est le tien.
De même, publie ce que tu veux, tant que tu veux, et dans la limite que tu veux. Tu es chez toi ici.
Et je ne suis pas la seule, loin de là, à aimer te lire. Je ne voudrais pas qu’un donneur de leçon lointain (tout « légitime » qu’il soit), vienne m’en priver.
Ta façon d’écrire, y compris le volume, c’est TA façon d’écrire, c’est ce qui te fait toi. Et c’est toi qu’on vient lire.
Et les gens que ça dérange, et bien qu’ils ne lisent pas.
Marie ☽
2 novembre 2025
Merci Delphine, ça m’a fait super chaud au cœur de lire ton message ! Je l’ai lu quelques instants à peine après avoir terminé d’écrire et de publier cette tartine, et ça a fait une vraie différence dans la façon dont j’ai abordé ma journée ensuite. Donc, vraiment, merci.
Delphine M.
3 novembre 2025
Ohh ! j’en suis ravie <3